Les temps funestes : censure, exclusion, stigmatisation

, par Sophie Tregan


D’abord il y a eu la sidération, la tristesse et l’incompréhension face à la mort d’un professeur tué par un extrémiste - soi-disant - au nom de l’islam. Déséquilibré sociopathe qui n’avait certainement pas lu le verset 32 de la sourate 5 :

« Celui qui a tué un homme qui lui-même n’a pas tué, ou qui n’a pas commis des violences sur terre, est considéré comme s’il avait tué tous les hommes ; et celui qui sauve un seul homme est considéré comme s’il avait sauvé tous les hommes. »

Puis vint très vite la haine. On aurait pu croire que cette haine serait dirigée contre l’auteur du crime. Mais non. Elle tomba sur 4 millions d’innocents. 4 millions de Musulmans parce qu’un détraqué a prétendu tuer au nom de leur religion. Pourquoi leur demander de s’excuser pour ce crime qu’ils n’ont pas commis ?
Lorsqu’un suprémaciste blanc tue, me demande-t-on à moi, blanche, de m’excuser pour ces crimes ? Non. Je pense aux attentats de Christchurch, Bayonne, Oslo, Munich... Le nombre d’attentats commis par l’extrême-droite a triplé en 5 ans. (https://www.un.org/sc/ctc/news/2020/04/01/cted-launches-trends-alert-extreme-right-wing-terrorism/)

Le meurtre de Samuel Paty a ramené la liberté d’expression au cœur des débats. Mais ceux qui prônent cette liberté comme valeur absolue voudraient faire taire des millions du Musulmans en France. Ici, on a le droit de publier des caricatures du prophète et on a aussi le droit de ne pas les aimer. On a le droit d’exprimer son désaccord. Et des millions de Musulmans expriment ce désaccord sans aucune violence, sans tuer.

Politiques, médias, fachosphère, islamophobes sont mobilisés, un bloc uni pour éradiquer de l’espace public ceux et celles qui ont le malheur de ne pas correspondre à l’image étriquée et moisie de ce que devrait être un « bon français ».
Les politiques de tous bords se jettent comme des morts-la-faim sur la loi contre le séparatisme et la loi Avia. Une loi ségrégationniste et stigmatisante, et une loi liberticide retoquée par le Conseil constitutionnel. Les médias donnent plus que jamais la parole aux vrais séparatistes, ceux qui écartent de tout débat, ceux qui musèlent, ceux qui stigmatisent des millions de Musulmans pratiquant leur religion dans la paix. Sur les réseaux sociaux fleurissent les statuts et tweets ouvertement islamophobes et racistes, montrant à l’évidence que certains jouissent et tirent parti de cette tragédie pour faire valoir leur projet xénophobe et identitaire.

Médias et politiques qui ont ignoré, ridiculisé le corps enseignant pendant le confinement et durant leur mobilisation décorent leurs statuts et tweets d’un #jesuisprof . Mais ils « n’étaient pas prof » quand les enseignants dénonçaient le manque de moyens face à la crise sanitaire, quand une directrice s’est suicidée ou qu’un étudiant s’est immolé par le feu. Cette instrumentalisation du meurtre de Samuel Paty ne sert qu’à alimenter leur croisade mortifère à l’encontre des Musulmans.

Un homme fut assassiné pour un cours sur la liberté d’expression et la laïcité, et la réponse du gouvernement n’est autre que le musèlement et l’exclusion de 4 millions de citoyens de confession musulmane. C’est donc la censure et la discrimination qui ont gagné.

Sophie Tregan