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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Un r&#233;cit de l'Occident : du &#171; postmodernisme &#187; revisit&#233; au g&#233;nocide de Gaza</title>
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		<dc:creator>Mehmet Aydin</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans Le diff&#233;rend, Jean-Fran&#231;ois Lyotard essaie d'approfondir sa r&#233;flexion sur les &#171; jeux de langage &#187;, les &#171; petits r&#233;cits &#187; et la &#171; postmodernit&#233; &#187;, r&#233;flexion entreprise &#224; partir de Au juste (1975) et de La condition postmoderne (1979). Le philosophe cherche sa voie entre ces deux courants majeurs de la philosophie contemporaine &#8211; la tradition de la philosophie analytique de langue anglo-saxonne, influenc&#233;e par Wittgenstein, et celle de la philosophie &#171; continentale &#187; inspir&#233;e par la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=111" rel="tag"&gt;a_la_une&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le diff&#233;rend&lt;/i&gt;, Jean-Fran&#231;ois Lyotard essaie d'approfondir sa r&#233;flexion sur les &#171; jeux de langage &#187;, les &#171; petits r&#233;cits &#187; et la &#171; postmodernit&#233; &#187;, r&#233;flexion entreprise &#224; partir de &lt;i&gt;Au juste&lt;/i&gt; (1975) et de &lt;i&gt;La condition postmoderne&lt;/i&gt; (1979). Le philosophe cherche sa voie entre ces deux courants majeurs de la philosophie contemporaine &#8211; la tradition de la philosophie analytique de langue anglo-saxonne, influenc&#233;e par Wittgenstein, et celle de la philosophie &#171; continentale &#187; inspir&#233;e par la ph&#233;nom&#233;nologie et l'ontologie heidegg&#233;rienne. &lt;i&gt;Le diff&#233;rend&lt;/i&gt; est centr&#233; sur l'analyse des &#171; actes de langage &#187; &#233;l&#233;mentaires que Lyotard nomme &#171; phrases &#187; et de leurs modes d'encha&#238;nement :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; tournant langagier &#187; de la philosophie occidentale (les derni&#232;res &#339;uvres de Heidegger, la p&#233;n&#233;tration des philosophies anglo-am&#233;ricaines dans la pens&#233;e europ&#233;enne, le d&#233;veloppement des technologies du langage) ; corr&#233;lativement, le d&#233;clin des discours universalistes (les doctrines m&#233;taphysiques des temps modernes ; les r&#233;cits du progr&#232;s, du socialisme, de l'abondance, du savoir). La lassitude &#224; l'&#233;gard de &#171; la th&#233;orie &#187;, et le pauvre rel&#226;chement qui l'accompagne (nouveau ceci, nouveau cela, post-ceci, post-cela, etc.)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, Le diff&#233;rend, Minuit, 1983, p. 11.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au fil de cette d&#233;marche, il annonce la fin des grands m&#233;tar&#233;cits modernes englobants, qui conf&#232;rent une l&#233;gitimit&#233; &#224; des exp&#233;riences, des &#233;v&#233;nements et leur donnent leur signification. D&#233;sormais, toute tentative de comprendre l'histoire de l'Occident depuis l'&#233;poque des Lumi&#232;res et de lui donner un sens rel&#232;ve de l'illusion. Car le langage n'est pas un instrument de communication servant &#224; transmettre des messages entre des sujets constitu&#233;s. C'est l'une des th&#232;ses fondamentales du &lt;i&gt;Diff&#233;rend&lt;/i&gt; que l'auteur partage avec Wittgenstein : &#171; il n'y a pas de m&#233;talangage &#187; : pas de r&#232;gle unique pr&#233;sidant &#224; l'ensemble des encha&#238;nements ; pas de &#171; genre supr&#234;me &#187; qui saurait &#233;noncer la loi de tous les genres de r&#233;cits. Il s'agit ici d'une illusion selon laquelle la modernit&#233; occidentale se l&#233;gitime par un &#171; grand r&#233;cit &#187; d'&#233;mancipation dont le sujet se pr&#233;sente sous l'apparence d'un &#171; nous &#187; homog&#232;ne &#8211; l'humanit&#233;, le peuple, le prol&#233;tariat&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon cette perspective, le &#171; tort &#187; caus&#233; ne peut donc &#234;tre r&#233;par&#233; avec justice, faute d'une r&#232;gle commune, d'une instance de jugement acceptable par les deux parties ; ce qui r&#233;v&#232;le l'inconsistance du m&#233;talangage, la dispersion irr&#233;ductible de phrases, est la faillite historique du &#171; m&#233;tar&#233;cit &#187; moderne, dans ses variantes historico-politiques (lib&#233;rale ou marxiste) comme dans sa dimension proprement sp&#233;culative (celle du Savoir absolu h&#233;g&#233;lien). Ce dilemme est valable pour la cr&#233;ation artistique. Par exemple, plusieurs caract&#233;ristiques conf&#232;rent &#224; l'art un caract&#232;re postmoderne : le recyclage de styles et de th&#232;mes anciens dans un contexte contemporain, le bricolage, l'utilisation du texte comme probl&#233;matique centrale, le collage, la simplification, l'appropriation, qui entra&#238;ne la disparition des barri&#232;res. L'ironie, le pastiche, les flashbacks, la non-lin&#233;arit&#233; et une structure de narration complexe sont parmi les caract&#233;ristiques du style postmoderne. Lyotard s'explique : &#171; Tu comprendras ce que je veux dire par la distribution caricaturale de quelques noms sur l'&#233;chiquier de l'histoire de l'avant-gardisme : du c&#244;t&#233; de la m&#233;lancolie, les expressionnistes allemands ; du c&#244;t&#233; novatio, Braque et Picasso. Du premier c&#244;t&#233; Malevitch, et du second Lissitzky ; de l'un Chirico ; de l'autre Duchamp&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, Le postmoderne expliqu&#233; aux enfants. Correspondance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une diff&#233;rence paradoxale entre les deux moments constitutifs, entre le moderne et le postmoderne. Moderne et postmoderne sont &#171; antimodernes &#187; en ce qu'ils s'opposent tous deux &#224; l'h&#233;ritage &#171; cart&#233;sien &#187;, &#171; illuministe &#187; et rationaliste. On peut m&#234;me dire que le postmoderne est plus &#171; moderniste &#187;, plus &#171; d&#233;constructif &#187; que l'art moderne. Le &#171; post- &#187; n'a pas de signification chronologique : &#171; Qu'est-ce donc alors, le postmoderne ? [&#8230;] Une &#339;uvre ne peut devenir moderne que si elle est d'abord postmoderne. Le postmodernisme ainsi entendu n'est pas le modernisme &#224; sa fin, mais &#224; l'&#233;tat naissant, et cet &#233;tat est constant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 23-24.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, on pourrait d&#233;sormais faire l'&#233;conomie du nouveau et renoncer d&#233;finitivement &#224; l'originalit&#233; et l'inventivit&#233; dans l'art pour se contenter de r&#233;activer, en les m&#233;langeant, des traditions pass&#233;es. L'ironie est que ce terme &#171; postmodernisme &#187; s'est r&#233;pandu comme un ph&#233;nom&#232;ne quasi mondial comme s'il annon&#231;ait une nouvelle &#233;poque. L'id&#233;e est que, depuis la chute du mur de Berlin, qui a ouvert la voie &#224; une nouvelle phase de mondialisation par la globalisation &#233;conomique et financi&#232;re, l'&#233;poque serait marqu&#233;e par la fin des grands r&#233;cits ; cette id&#233;e est aujourd'hui largement r&#233;pandue, devenue un lieu commun. Un effet surprise de la mondialisation plan&#233;taire du terme &lt;i&gt;postmoderne&lt;/i&gt; ? De son succ&#232;s suppos&#233;, je voudrais donner un exemple tragi-comique : un pronunciamiento militaire du 28 f&#233;vrier 1997 en Turquie a &#233;galement &#233;t&#233; appel&#233; &#171; &lt;i&gt;darbe postmodern&lt;/i&gt; &#187; (&#171; coup d'&#201;tat postmoderne &#187;). Il fait r&#233;f&#233;rence &#224; un pronunciamiento dans lequel des d&#233;cisions prises par la direction militaire turque lors d'une r&#233;union du Conseil de s&#233;curit&#233; nationale (MGK) ont conduit &#224; la d&#233;mission du Premier ministre et &#224; la fin de son gouvernement de coalition. Cette qualification de &#171; postmoderne &#187; a &#233;t&#233; propos&#233;e par un amiral, l'homme fort du Conseil alors. Ledit amiral ne se r&#233;f&#232;re pas au philosophe fran&#231;ais Lyotard, bien que son fameux livre ait &#233;t&#233; traduit, et le terme mis en circulation en Turquie. Voici un autre exemple int&#233;ressant &#224; ce sujet : au Portugal tout comme en Anatolie, en Turquie, il y a des caf&#233;s qui se nomment &#171; Postmoderne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'ils soient nourris d'une source d'inspiration g&#233;n&#233;alogique, il existe diff&#233;rentes acceptions philosophiques, litt&#233;raires, artistiques postmodernes, contradictoires mais foisonnantes. Le terme m&#234;me &#171; postmoderne &#187;, connu depuis le milieu des ann&#233;es 1980, reste toujours ambigu, tout comme le terme &#171; moderne &#187; lui-m&#234;me ; le pr&#233;fixe &#171; post- &#187; avant &#171; modernit&#233; &#187; conduit &#224; interroger ce qu'il y a &#171; apr&#232;s la modernit&#233; &#187;, sans qu'on sache clairement &#224; quelle &#233;poque et en quel lieu se situer. Mais pour Lyotard, ce terme est avant tout un concept ; ce qui caract&#233;rise la modernit&#233; c'est la fascination du progr&#232;s techno-scientifique port&#233; par des &#171; grands r&#233;cits &#187; englobants qui ont tout particuli&#232;rement permis de l&#233;gitimer le progr&#232;s : celui des Lumi&#232;res &#8211; l'&#233;mancipation par la connaissance &#8211; et, en philosophie, l'av&#232;nement de l'Esprit absolu et universel de Hegel. Il y a un diff&#233;rend insurmontable entre qu&#234;te de justice sociale, aspiration libertaire et le r&#233;el : c'est la fin des grands r&#233;cits d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'&#224; ces constats des &#233;checs des grands r&#233;cits modernes doit en &#234;tre ajout&#233; un autre, celui du r&#233;cit de la relation entre l'humanit&#233; et le monde naturel, &#224; commencer par la projection de la philosophie m&#233;caniste de Descartes sur la nature. Car la nature est un concept-cl&#233; de la philosophie occidentale. Elle est souvent con&#231;ue en partant d'une opposition entre nature, culture et libert&#233; humaine qu'il conviendrait de d&#233;passer, comme si la nature se situait en dehors de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es qui ont suivi le g&#233;nocide des juifs europ&#233;ens par le r&#233;gime nazi, les 6 et 9 ao&#251;t 1945, les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki ont repr&#233;sent&#233; un tournant de l'histoire du XX&#7497; si&#232;cle. L'utilisation de la Bombe n'&#233;tait pas n&#233;cessaire &#224; la capitulation de Tokyo. Les &#201;tats-Unis pr&#233;voyaient m&#234;me d'envoyer une troisi&#232;me bombe atomique sur le Japon ; Hiroshima et Nagasaki sont le symbole des catastrophes &#233;cologiques &#224; venir comme r&#233;sultat d'un &#233;v&#233;nement d&#251; &#224; l'activit&#233; humaine, fond&#233; sur l'emploi d'un outil technique qui porte atteinte &#224; l'int&#233;grit&#233; de l'&#233;cosyst&#232;me mais aussi aux vivants sur la plan&#232;te. Tout se passe comme si l'homme entretenait une relation complice avec la nature et que le futur &#233;tait per&#231;u comme la menace d'un temps de catastrophe apocalyptique. Le machinisme, symbole de la transformation de la nature, est-il donc une illusion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, dans &lt;i&gt;Les deux sources de la religion et de la morale&lt;/i&gt;, Bergson pensait que le &#171; machinisme &#187; issu de la civilisation n&#233;e en Europe est le compl&#233;ment m&#234;me de la spiritualit&#233;, gr&#226;ce auquel l'humanit&#233;, lib&#233;r&#233;e des servitudes mat&#233;rielles par l'organisation de la vie &#233;conomique et sociale, serait mise en mesure de r&#233;aliser la &#171; fonction essentielle de l'univers &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'incr&#233;dulit&#233; envers les m&#233;tar&#233;cits &#187; que Lyotard argumente abondamment est une description g&#233;n&#233;rale, une hypoth&#232;se. Cela ne proc&#232;de pas d'une analyse historique de la soci&#233;t&#233; occidentale. Si toute connaissance est relative, comme il le souligne avec tant d'insistance, alors son &#171; postmodernisme &#187; reste un contre-r&#233;cit parmi d'autres. Bien plus qu'une position relativiste ou nihiliste, le &#171; postmodernisme &#187; permettrait de justifier tout et son contraire. Son diagnostic de la fin des grands r&#233;cits reste largement compris &#224; l'int&#233;rieur du monde occidental, sur un mode autor&#233;f&#233;rentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le philosophe, cette fin, comme d'autres fins annonc&#233;es, est celle de la philosophie, de l'art, de l'histoire, des id&#233;ologies, etc. La &#171; fin &#187; des grands r&#233;cits nous invite-t-elle &#224; d&#233;battre aussi sur ce th&#232;me crucial : l'eschatologie ? Car cette &#171; fin &#187; suppos&#233;e signifie aussi un &#233;chec eschatologique : c'est l&#224; un sujet capital. Le th&#232;me eschatologique aurait &#233;t&#233; s&#233;cularis&#233; en une philosophie id&#233;aliste de l'histoire dans la philosophie occidentale moderne par Kant et Hegel, puis par Nietzsche et Heidegger. Ce dernier infl&#233;chissait l'eschatologie vers le terrain ontologique. Cette tendance aurait &#233;t&#233; suivie au XX&#7497; si&#232;cle par Schmitt, L&#246;with, Benjamin, pour ne citer que les plus connus. Ils ont s&#233;cularis&#233; l'eschatologie avec leur th&#233;ologie philosophique. Levinas et Derrida ont repris ce th&#232;me. Je pense que Lyotard est inscrit dans cette tradition ; il essaie d'argumenter l'&#233;puisement des grands r&#233;cits en soulignant leurs faillites eschatologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe et historien Jacob Taubes a &#233;crit un livre tr&#232;s int&#233;ressant mais peu lu, &lt;i&gt;Abendl&#228;ndische Eschatologie&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Eschatologie occidentale&lt;/i&gt;, 1947) : une religion n&#233;e dans la sph&#232;re biblique et porteuse d'une esp&#233;rance eschatologique &#233;tait ainsi dot&#233;e d'une subversion r&#233;volutionnaire capable d'&#233;branler l'univers de l'Empire romain de l'&#233;poque mais aussi le monde &#171; chr&#233;tien bourgeois &#187;. Dans ce processus, Jacob Taubes rel&#232;ve une dynamique anachronique en faveur du &#171; culte &#187;, oppos&#233; &#224; une &#171; culture &#187; fig&#233;e par d&#233;finition. Ainsi, avec la religion chr&#233;tienne, l'homme crut se d&#233;barrasser non seulement des C&#233;sars de ses semblables, mais surtout de l'obsession de sa finitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici qu'une promesse eschatologique prend son sens. Et auparavant, le juda&#239;sme, surtout par ses proph&#232;tes, proposait une vision de la fin du monde et de l'histoire universelle. Sur cette base, l'esp&#233;rance eschatologique aurait &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e pour soutenir l'espoir des chr&#233;tiens pers&#233;cut&#233;s. La victoire annonc&#233;e du bien sur le mal, de la lumi&#232;re sur les t&#233;n&#232;bres, la victoire de Dieu sur Terre et donc la fin des temps. Ult&#233;rieurement, les bouleversements scientifiques annonc&#232;rent un monde d&#233;sacralis&#233;. Avant Copernic, Dieu a un lieu assign&#233; dans des cieux surplombant une terre immobile. Mais, quand le Ciel se vide de sens, Dieu s'installe au-del&#224; du temps. Dans le sillage de Nietzsche, Jacob Taubes avait beaucoup r&#233;fl&#233;chi sur la mort de Dieu dans la culture occidentale. &#192; la suite de deux de ses inspirateurs, Hans Jonas et Karl L&#246;with, il d&#233;finit la mort de Dieu comme &#171; la Gnose &#187; : une gnose eschatologique. Une conception dont les comparaisons s'&#233;tendent bien au-del&#224; des h&#233;r&#233;sies chr&#233;tiennes propres aux premiers si&#232;cles de notre &#232;re. Il essaie m&#234;me de montrer la parent&#233; profonde et &#233;trange entre la dialectique h&#233;g&#233;lienne et la Gnose. Il essaie de reconstituer une g&#233;n&#233;alogie au cours des si&#232;cles port&#233;e par les &#171; fanatiques de l'Apocalypse &#187; : le christianisme primitif et les gnostiques, Joachim de Flore&#8230; Par exemple, en plein Moyen &#194;ge, il y a la croyance en l'av&#232;nement terrestre du royaume de Dieu, et Thomas M&#252;nzer, grand rebelle de la &#171; guerre des paysans &#187;, et son rival Luther &#8211; tous rel&#232;vent d'une tendance, n&#233;e de la Bible, au refus du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que le fil rouge d'une Gnose subversive conduit jusqu'&#224; Kierkegaard et Marx et aux r&#233;volutions modernes&#8230; &#171; &lt;i&gt;&#201;pilogue&lt;/i&gt; : Avec Hegel d'un c&#244;t&#233;, Marx et Kierkegaard de l'autre, le cercle de ces &#233;tudes ne se referme pas de mani&#232;re accidentelle, mais il est dans son essence achev&#233;. Car dans le conflit entre le haut (Hegel) et le bas (Marx, Kierkegaard), dans le d&#233;chirement de l'int&#233;riorit&#233; (Kierkegaard) et de l'ext&#233;riorit&#233; (Marx), nous avons d&#233;crit dans toute son envergure l'espace dans lequel se d&#233;ploie l'existence de l'Occident. [&#8230;] Hegel, en achevant le monde antique-chr&#233;tien, une &#233;poque de deux mill&#233;naires et demi, met effectivement un terme &#224; l'histoire de l'esprit occidental. Une nouvelle &#233;poque commence, qui introduit un nouvel &lt;i&gt;&#233;on&lt;/i&gt; et qui est, en un sens plus profond que celui du calendrier, &lt;i&gt;post Christum&lt;/i&gt;. Cette &#233;poque dans laquelle le seuil de l'histoire occidentale est franchi, se sait d'abord comme le d&#233;j&#224;-plus de ce qui est pass&#233; et le pas-encore de ce qui vient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, PUF, 1932 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Taubes retrace les origines arch&#233;ologiques modernes d'un m&#233;tar&#233;cit, d'une croyance eschatologique capable de transformer la soci&#233;t&#233;, d'une esp&#233;rance d'un monde juste et d'une attente d'&#233;mancipation. La lecture de Jacob Taubes nous fait mieux comprendre ceci : ces r&#233;cits sont fond&#233;s sur un recours syst&#233;matique au pass&#233; et sont porteurs d'une eschatologie nouvelle, puis ils s'effondrent &#224; leur tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bergson, dans &lt;i&gt;Les deux sources de la morale et de la religion&lt;/i&gt;, son dernier ouvrage paru en 1932, propose un m&#233;tar&#233;cit futuriste, face &#224; un Occident chaotique. Philosophe de la &#171; Belle &#201;poque &#187;, grand dreyfusard, et en 1914, au d&#233;but de la Grande Guerre, il prend parti pour son pays, emport&#233; par l'&#233;lan patriotique. Il est all&#233; en ambassade aux &#201;tats-Unis pour susciter leur intervention militaire dans le conflit. Apr&#232;s la guerre, dans une perspective universaliste, il participera &#224; la Soci&#233;t&#233; des Nations. Entre les deux grandes guerres, le fascisme italien puis le national-socialisme allemand ont pris le pouvoir. La menace fasciste &#233;merge aussi en France. &#192; une &#233;poque o&#249; Bergson voit monter l'antis&#233;mitisme et la pers&#233;cution des juifs par le r&#233;gime de Vichy, il porte l'&#233;toile jaune et refuse le statut d'&#171; aryen d'honneur &#187; que lui proposait le r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son grand m&#233;rite pour la philosophie consiste en son opposition au positivisme pr&#233;gnant &#224; son &#233;poque. C'est dans cette perspective que &lt;i&gt;Les deux sources&lt;/i&gt; est m&#233;dit&#233; et &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bergson y souligne le r&#244;le &#233;minemment social de la religion, en insistant sur deux dimensions oppos&#233;es : cl&#244;ture et ouverture. Face &#224; la violence et &#224; la haine dans la soci&#233;t&#233; close, il oppose une ouverture d&#233;mocratique d&#233;finie par la &#171; fraternit&#233; humaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 206.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Il fait appel &#224; l'humanit&#233; globale ; une nouvelle esp&#233;rance eschatologique. Il forge la notion de &#171; fonction fabulatrice &#187;, dans laquelle il voit la pratique du langage comme capacit&#233; de &#171; faire des fables &#187;, une force qui impose aux individus de croire &#224; certaines repr&#233;sentations. &#171; Cette exigence a fait surgir la facult&#233; de fabulation ; la fonction fabulatrice se d&#233;duit ainsi des conditions d'existence de l'esp&#232;ce humaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, Le postmoderne expliqu&#233; aux enfants, op. cit., p. 33.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; &#187; Cette fonction s'illustre surtout dans l'&#233;laboration de religions dites statiques. La fonction fabulatrice g&#233;n&#232;re une repr&#233;sentation illusoire, &#171; un dieu protecteur &#187; dans la Cit&#233;, et que la Cit&#233; d&#233;fendra farouchement. Bergson fait aussi une critique de la morale abstraite ; par exemple l'&#171; obligation morale &#187; de Durkheim et &#171; l'Imp&#233;ratif de la Raison &#187; de Kant ; il s'agit pour lui d'une pression tacite de la soci&#233;t&#233; sur les individus. Les soci&#233;t&#233;s closes, repli&#233;es sur elles-m&#234;mes, model&#233;es par l'hostilit&#233;, du clan &#224; la cit&#233; et &#224; la nation, cela pourrait mener &#224; la guerre totale. Et au-del&#224; du ph&#233;nom&#232;ne de soci&#233;t&#233; close, il discerne les deux sources de la morale : un syst&#232;me d'&#171; ordres &#187; dict&#233;s par des exigences sociales &#171; impersonnelles &#187;, et un ensemble d'&#171; appels &#187; lanc&#233;s &#224; la conscience de chacun de nous par des &#171; personnes &#187;, qui repr&#233;sentent ce qu'il y eut de meilleur dans l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; close, dans la s&#233;curit&#233; morale, la coh&#233;rence de la soci&#233;t&#233; est pr&#233;serv&#233;e. S'il s'ouvre &#224; la &#171; religion dynamique &#187;, l'individu retrouvera la confiance qui lui manque. Ainsi, il brisera l'habitude consentante que la soci&#233;t&#233; lui a impos&#233;e. La distinction entre religion statique et religion dynamique rend aussi compte du paradoxe qui a fait que le mot &#171; religion &#187; a &#233;t&#233; associ&#233; au cours de l'histoire &#224; la violence intol&#233;rante. Mais la soci&#233;t&#233; ouverte, r&#233;v&#233;l&#233;e dans l'exp&#233;rience spirituelle, replace chaque vivant sous l'&#233;clairage total, qui en fait une r&#233;ponse &#224; la demande cr&#233;atrice. Si dans la perspective de Lyotard, le m&#233;tar&#233;cit narratif comme projection prometteuse est d&#233;sormais impensable, l'appel narratif &#224; l'&#171; &#233;lan vital &#187; de Bergson &#233;tait con&#231;u, lui, comme une projection eschatologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le g&#233;nocide &#224; Gaza&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Lyotard, une des raisons de l'&#233;chec des &#171; grands r&#233;cits &#187; se trouvait &#224; &#171; Auschwitz &#187;, o&#249; &#171; on a d&#233;truit physiquement un souverain moderne : tout un peuple. On a essay&#233; de le d&#233;truire. C'est le crime qui ouvre la postmodernit&#233;, crime de l&#232;se-souverainet&#233;, non plus r&#233;gicide, mais populicide (distinct des ethnocides)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, L'enthousiasme. La critique kantienne de l'histoire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Auschwitz, catastrophe d&#233;coulant du meurtre technicis&#233;, la cr&#233;dibilit&#233; des grands r&#233;cits s'efface ; le &#171; postmodernisme &#187; est bien un r&#233;sultat d'Auschwitz. Le g&#233;nocide des juifs europ&#233;ens est un &#233;v&#233;nement fondamental pour la compr&#233;hension de la civilisation occidentale moderne, de l'&#201;tat-nation, de la soci&#233;t&#233; bureaucratique moderne, voire de la nature humaine. Mais si &#171; c'est le crime qui ouvre la postmodernit&#233; &#187;, est-ce par son relativisme ou par son &#233;chec ? Le nom d'Auschwitz, mais aussi ceux de la Kolyma ou de Budapest 1956&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, L'inhumain. Causeries sur le temps, Galil&#233;e, 1988, p. 36.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sont les indices d'un tort radical, o&#249; s'atteste l'&#233;chec des id&#233;aux &#233;mancipateurs des Lumi&#232;res, l'imposture du &#171; progr&#232;s dialectique de l'Esprit &#187;. Cette situation appelle l'imp&#233;ratif d'une &#233;thique ou d'une politique des phrases consistant &#224; &#171; faire droit au diff&#233;rend &#187; et &#224; inventer un nouveau langage, de nouvelles r&#232;gles d'encha&#238;nement &#171; pour que le tort trouve &#224; s'exprimer et que le plaignant cesse d'&#234;tre une nouvelle victime &#187;. Nous entrons alors dans l'&#232;re postmoderne. Lyotard a lanc&#233; un d&#233;bat qui reste toujours ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il possible de &#171; r&#233;parer &#187; en le phrasant un tort vraiment radical ? C'est bien l'aboutissement de sa d&#233;marche. Peut-on consid&#233;rer Auschwitz et la Kolyma comme &#171; tort &#187; commis ? Le g&#233;nocide des juifs europ&#233;ens par le r&#233;gime nazi est un Grand Tournant dans l'histoire occidentale qui cl&#244;ture une longue p&#233;riode, s'&#233;tendant depuis les Lumi&#232;res, comme le philosophe l'argumente longuement. Auschwitz est le symbole du premier g&#233;nocide d&#233;fini et accept&#233; en Occident. Les autres suivront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a beaucoup d'Auschwitz, si ce n'est que ce nom &#233;voque le lieu d'un g&#233;nocide. Ce nom nous renvoie directement &#224; l'histoire europ&#233;enne : &#171; Il est fr&#233;quent que &#8216;r&#233;&#233;crire la modernit&#233;' s'entende en ce sens-l&#224;, celui de la rem&#233;moration, comme s'il s'agissait de rep&#233;rer et d'identifier les crimes, les p&#233;ch&#233;s, les calamit&#233;s engendr&#233;s par le dispositif moderne &#8211; et finalement de r&#233;v&#233;ler le destin qu'un oracle, du d&#233;but de la modernit&#233;, aurait pr&#233;par&#233; et accompli dans notre histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacob Taubes, Eschatologie occidentale, &#201;ditions de l'&#233;clat, 2009 [1re &#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; &#187; Finalement, les Auschwitz comme grands r&#233;cits de trag&#233;dies sont des r&#233;sultats d&#233;coulant du processus europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plus jamais &#231;a ! &#187; Ce slogan antifasciste est scand&#233; par les prisonniers lib&#233;r&#233;s du camp de concentration de Buchenwald. Il est charg&#233; du message universaliste destin&#233; &#224; pr&#233;venir toutes les formes de g&#233;nocide dans le futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malheur est qu'apr&#232;s les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, on continue &#224; commettre des g&#233;nocides. Le XX&#7497; si&#232;cle fut un si&#232;cle des g&#233;nocides. Ce si&#232;cle a commenc&#233; avec l'&#233;radication des populations arm&#233;niennes de l'Empire ottoman : le g&#233;nocide des Arm&#233;niens. Dans le m&#234;me si&#232;cle, le &#171; nettoyage ethnique &#187; en l'ex-Yougoslavie a &#233;t&#233; reconnu comme g&#233;nocide, o&#249; plus de 8 000 hommes et enfants musulmans bosniaques ont &#233;t&#233; tu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'extermination des Tutsis du Rwanda en Afrique, le ph&#233;nom&#232;ne g&#233;nocidaire est devenu extra-occidental. D&#233;pla&#231;ons-nous de l'Europe vers le Cambodge, en Asie du Sud-Est, car dans le m&#234;me si&#232;cle, &#224; plus d'un demi-si&#232;cle d'intervalle, un autre g&#233;nocide a eu lieu, apr&#232;s Auschwitz. Il a fallu beaucoup de temps pour d&#233;chiffrer l'&#233;nigme de ce g&#233;nocide oriental, qui n'a rien pourtant de myst&#233;rieux. Le r&#233;gime de Pol Pot causa la mort de quelque 1 700 000 personnes, soit plus de 20 % de la population du Cambodge. Le g&#233;nocide au Cambodge fut intriqu&#233; avec certains imp&#233;ratifs g&#233;ostrat&#233;giques ; les &#201;tats-Unis et la Chine firent que les auteurs du g&#233;nocide, apr&#232;s leur chute, ne furent pas jug&#233;s, mais soutenus contre le Vi&#234;t Nam. L'Asie mineure (l'Anatolie), l'Afrique et l'Asie orientale : les g&#233;nocides ne sont pas rest&#233;s confin&#233;s dans l'espace europ&#233;en, ils sont devenus d&#233;sormais un ph&#233;nom&#232;ne mondial. Rappelons-nous ici aussi les fondements juridiques et historiques qui d&#233;finissent le &#171; crime des crimes &#187;, fond&#233;s sur l'extermination des juifs europ&#233;ens, forg&#233;s par le juriste am&#233;ricain Raphael Lemkin. Le mot &#171; g&#233;nocide &#187; est un n&#233;ologisme form&#233; &#224; partir du grec &lt;i&gt;genos&lt;/i&gt;, qui signifie &#171; origine &#187; ou &#171; race &#187;, et du suffixe &#171; -cide &#187; issu du verbe latin &lt;i&gt;coedere&lt;/i&gt;, &#171; tuer &#187;. Bien que le mot soit utilis&#233; d&#232;s octobre 1945 dans l'acte d'accusation du tribunal de Nuremberg, la notion n'est int&#233;gr&#233;e par le droit international que le 9 d&#233;cembre 1948, lorsque l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'ONU adopta la Convention pour la pr&#233;vention et la r&#233;pression du crime de g&#233;nocide. Occidentaux ou non, tous les g&#233;nocides sont consid&#233;r&#233;s et sanctionn&#233;s selon ces crit&#232;res juridiques. Les destructions des populations civiles continuent &#224; &#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne massif au XXI&#7497; si&#232;cle comme au si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent. Comment qualifier par exemple la r&#233;pression meurtri&#232;re des manifestations orchestr&#233;e en Iran par le r&#233;gime th&#233;ocratique islamique &#8211; un r&#233;gime plus qu'autoritaire, semi-dictatorial &#8211;, une r&#233;pression ordonn&#233;e par l'ayatollah Khamenei ? Ce r&#233;gime a tu&#233; plus de 30 000 de ses propres citoyens. Il ne s'agissait ni d'une &#233;meute ni d'une insurrection, mais d'une protestation massive contre le r&#233;gime massacreur. Et &#224; Gaza, nous continuons &#224; assister au premier g&#233;nocide du XXI&#7497; si&#232;cle, toujours en cours. Apr&#232;s dix-huit mois de massacres de civils et une banalisation des discours g&#233;nocidaires au sommet de l'&#201;tat isra&#233;lien, les puissances occidentales n'ont rien fait pour l'emp&#234;cher. La contribution de l'Am&#233;rique de Trump &#224; ce g&#233;nocide est telle qu'il faut le qualifier plut&#244;t de g&#233;nocide &lt;i&gt;isr&#233;alo-&#233;tats-unien&lt;/i&gt;. Selon une commission d'enqu&#234;te du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, l'&#201;tat h&#233;breu est accus&#233; d'avoir commis des actions entrant dans quatre des cinq cat&#233;gories de faits qui d&#233;finissent le g&#233;nocide, conform&#233;ment &#224; la Convention de 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat d'Isra&#235;l a &#233;t&#233; fond&#233; en mai 1948 par les rescap&#233;s du g&#233;nocide. Cet &#201;tat pouvait difficilement perp&#233;tuer son existence sans un puissant soutien de l'Occident. Et c'est ce m&#234;me &#201;tat d'Isra&#235;l qui rappelle sans rel&#226;che &#224; l'Occident ses propres crimes &#224; l'&#233;gard des juifs europ&#233;ens&#8230; Est-ce l&#224; une ironie de l'histoire ? Isra&#235;l est-il une d&#233;mocratie ? Cet &#201;tat se d&#233;finit comme &#201;tat h&#233;breu (cf. la loi &#171; Isra&#235;l, l'&#201;tat-nation du peuple juif &#187;, adopt&#233;e le 19 juillet 2018 par la Knesset). Cet &#201;tat a &#233;t&#233; qualifi&#233; d'ethnocratie par des chercheurs tels qu'Alexandre Kedar, Shlomo Sand, Oren Yiftachel, Assad Ghanem, Haim Yakobi, Nur Masalha et Hannah Naveh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce un r&#233;gime d'apartheid ? L'organisation Amnesty International d&#233;clare dans son rapport du 1er f&#233;vrier 2022 que l'&#201;tat d'Isra&#235;l pratique un r&#233;gime d'apartheid contre les Palestiniens : &#171; Les autorit&#233;s isra&#233;liennes doivent rendre des comptes pour le crime d'apartheid commis contre la population palestinienne&#8230; &#187;. Sur la question palestinienne, il est devenu courant en Occident d'accuser les Arabes et les musulmans d'antis&#233;mitisme. L'antis&#233;mitisme en Occident que l'on r&#233;prouve aujourd'hui est plus ancien que celui de la premi&#232;re moiti&#233; du XX&#7497; si&#232;cle, notamment celui qu'a promu le nazisme. Il existait dans tous les pays d'Europe. La version nazie de l'antis&#233;mitisme conjuguait toutefois les trois variantes de base de la croyance antis&#233;mite : l'antis&#233;mitisme chr&#233;tien traditionnel, une vague d'opposition &#233;conomique et nationale &#224; l'&#233;mancipation et l'int&#233;gration sociale des juifs, qui s'est d&#233;velopp&#233;e dans les soci&#233;t&#233;s occidentales, et un antis&#233;mitisme racial fond&#233; sur des conceptions du &#171; sang &#187;. Les &#201;tats-nations europ&#233;ens du XIX&#7497; si&#232;cle ont pers&#233;cut&#233; et chass&#233; les juifs en vertu d'un antis&#233;mitisme qui est un produit occidental. L'antijuda&#239;sme ancien s'est mu&#233; en antis&#233;mitisme sous l'effet de l'id&#233;ologie biologiste nazie. Et bien avant le nazisme, la raciologie fut enseign&#233;e aux &#201;tats-Unis et des lois eug&#233;nistes ont vu le jour en Scandinavie ou en Suisse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Primo Levi, Si c'est un homme (1958), trad. Martine Schruoffeneger, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#234;me Occident est complice du g&#233;nocide en cours &#224; Gaza : un g&#233;nocide commis sous les yeux de l'Occident. Pendant que l'arm&#233;e isra&#233;lienne massacre le peuple palestinien, le Premier ministre Benyamin N&#233;tanyahou affirme qu'il d&#233;fend la &#171; civilisation jud&#233;o-chr&#233;tienne &#187; &#224; Gaza. Mais quelle est la place des valeurs de la civilisation &#171; jud&#233;o-chr&#233;tienne &#187; dans l'Occident ? Sophie Bessis, historienne, dans son essai critique &lt;i&gt;La civilisation jud&#233;o-chr&#233;tienne. Anatomie d'une imposture&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Les liens qui lib&#232;rent&lt;/i&gt;, 2025), lance un d&#233;bat autour de ce bin&#244;me &#171; jud&#233;o-chr&#233;tien &#187; ; elle montre qu'il s'agit d'une notion invent&#233;e au d&#233;but du XIX&#7497; si&#232;cle. Comme concept, il n'est pas neutre et, depuis un demi-si&#232;cle, il est tr&#232;s influent dans toute l'aire culturelle de l'Europe et de l'Am&#233;rique du Nord, comme s'il certifiait l'identit&#233; de l'Occident et constituait une r&#233;f&#233;rence historique incontournable. Et comme r&#233;f&#233;rence, cette notion est r&#233;cup&#233;r&#233;e souvent par des id&#233;ologues et historiens nationalistes, n&#233;gationnistes, pour r&#233;&#233;crire l'histoire de l'Europe, occulter deux mill&#233;naires de pers&#233;cutions antis&#233;mites, et nier l'apport de l'Orient dans son pass&#233; et, bien s&#251;r, exclure l'islam de ses r&#233;f&#233;rences culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, quatre-vingts ann&#233;es apr&#232;s le premier g&#233;nocide attest&#233; du XX&#7497; si&#232;cle, perp&#233;tr&#233; contre le peuple juif, l'&#201;tat d'Isra&#235;l commet un g&#233;nocide contre le peuple palestinien sur une terre qu'il a colonis&#233;e depuis sa fondation. Ce g&#233;nocide est perp&#233;tr&#233; sous l'&#233;gide du gouvernement N&#233;tanyahou, form&#233; &#224; l'issue des &#233;lections l&#233;gislatives, compos&#233; initialement de six partis de droite et d'extr&#234;me droite ouvertement racistes qui justifient le g&#233;nocide. L'ironie est que la r&#233;alit&#233; de cette entreprise en cours nous renvoie &#224; un t&#233;moignage tragique &#8211; celui de Primo Levi, rescap&#233; du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz pendant la Seconde Guerre mondiale. Il t&#233;moigne de sa condition concentrationnaire quotidienne dans &lt;i&gt;Si c'est un homme&lt;/i&gt; : &#171; &#8230; Ici, la lutte pour la vie est implacable car chacun est d&#233;sesp&#233;r&#233;ment et f&#233;rocement seul. Si un quelconque &lt;i&gt;Null-Achtzehn&lt;/i&gt; vacille, il ne trouvera personne pour lui tendre la main, mais bien quelqu'un qui lui donnera le coup de gr&#226;ce, parce qu'ici personne n'a int&#233;r&#234;t &#224; ce qu'un &#171; musulman &#187; de plus se tra&#238;ne chaque jour au travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Jaspers, Die Schuldfrage (1946), trad. fr. La Culpabilit&#233; allemande, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; &#187; Et qui est ce &lt;i&gt;musulman&lt;/i&gt; ? Une note explicative : &#171; 1. Muselmann &#187; : c'est ainsi que les anciens du camp surnommaient, j'ignore pourquoi, les faibles, les inapt&#233;s, ceux qui &#233;taient vou&#233;s &#224; la s&#233;lection [N.d.A.]. Et que symbolise &lt;i&gt;Null-Achtzehn&lt;/i&gt; ? Cette &#171; masse anonyme, continuellement renouvel&#233;e et toujours identique &#187; est incarn&#233;e par &lt;i&gt;Null-Achtzehn&lt;/i&gt;, le d&#233;port&#233; Z&#233;ro-dix-huit : &#171; On ne lui conna&#238;t pas d'autre nom que les trois derniers chiffres de son matricule, comme si chacun s'&#233;tait rendu compte que seul un homme est digne de porter un nom, et que &lt;i&gt;Null-Achtzehn&lt;/i&gt; n'est plus un homme. &#187; Les &#171; musulmans &#187;, ces &lt;i&gt;Null-Achtzehn&lt;/i&gt;, au corps d&#233;charn&#233;, d&#233;truits par la faim et le travail, &#233;taient de v&#233;ritables cadavres ambulants qui se trouvaient entre la vie et la mort. Ces &#171; morts-vivants &#187;, trop affaiblis pour travailler, &#233;taient pour cette raison battus et punis par les Kapos, et souvent abandonn&#233;s de leurs camarades, qui leur manifestaient de l'indiff&#233;rence, voire du m&#233;pris, probablement parce qu'ils devaient eux-m&#234;mes lutter de toutes leurs forces pour survivre et qu'ils avaient devant eux l'image de ce qu'ils deviendraient et de la mort qui les attendait. Ces &lt;i&gt;Muselmann&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Musulmans&lt;/i&gt;), &lt;i&gt;Null-Achtzehn&lt;/i&gt;, dont Primo Levi nous parle, sont les Palestiniens &#224; Gaza, objets d'un g&#233;nocide qui s'est d&#233;roul&#233; dans le silence sous les yeux de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la d&#233;faite du r&#233;gime nazi, l'heure est venue de comprendre la grande catastrophe occidentale. Karl Jaspers, &#224; Heidelberg, hostile au nazisme, &#233;tait interdit d'enseignement. Tr&#232;s malade, il a v&#233;cu sous la menace d'une arrestation. Apr&#232;s la capitulation de l'Allemagne, il reprend sa place &#224; l'Universit&#233; de Heidelberg, qui est en zone d'occupation am&#233;ricaine, et y donne un cours intitul&#233; &#171; La situation morale et spirituelle dans l'Allemagne d'aujourd'hui &#187;. Une partie de ce cours, qui traite de la culpabilit&#233;, est publi&#233;e en 1946, Die &lt;i&gt;Schuldfrage&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Nicolas Weill, Heidegger et les Cahiers noirs. Mystique du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le philosophe distingue quatre notions de culpabilit&#233; : criminelle, politique, morale et m&#233;taphysique. La culpabilit&#233; criminelle rel&#232;ve du tribunal et concerne les actes consid&#233;r&#233;s comme des crimes au regard de la loi. Ce type de culpabilit&#233; concerne celui qui a commis de tels actes. La culpabilit&#233; politique vient de la responsabilit&#233; de tout ressortissant d'un &#201;tat quant aux actes r&#233;alis&#233;s par cet &#201;tat. En ce sens, tous les Allemands ont une part de responsabilit&#233; dans les actes du gouvernement nazi. La culpabilit&#233; morale d&#233;pend de la conscience de tout individu. Elle est li&#233;e &#224; la libert&#233; : toute personne est responsable de ses actes et doit les assumer ; l'expression &#171; un ordre est un ordre &#187; ne peut jamais constituer une excuse valable. Pour le g&#233;nocide actuel en cours &#224; Gaza, &#224; qui incombe la responsabilit&#233; principale ? Pouvons-nous appliquer les consid&#233;rations de Jaspers &#224; la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne ? Le d&#233;bat est ouvert. Certes il y a la Cour p&#233;nale internationale, cr&#233;&#233;e par le Statut de Rome reconnu par la majeure partie des &#201;tats. Plus de 70 &#201;tats l'ont sign&#233; mais pas ratifi&#233; (&#201;tats-Unis, Isra&#235;l, Russie), ni sign&#233; ni ratifi&#233; (Chine, Turquie), car ils y voient une atteinte &#224; leur souverainet&#233; et une menace pour leurs ressortissants susceptibles d'&#234;tre jug&#233;s en dehors de toute juridiction nationale&#8230; La CPI ne peut fonctionner que si ses objectifs co&#239;ncident avec les int&#233;r&#234;ts des &#201;tats. Sa future disparition est m&#234;me pr&#233;visible, car en dehors des int&#233;r&#234;ts des &#201;tats on n'y trouve aucun int&#233;r&#234;t. Si Auschwitz a constitu&#233; un paradigme du g&#233;nocide auquel tous les g&#233;nocides suivants se sont r&#233;f&#233;r&#233;s, il y a un g&#233;nocide en cours &#224; Gaza. Et sa non-reconnaissance comme g&#233;nocide est un n&#233;gationnisme pur et simple. Une invitation &#224; d'autres tentatives de g&#233;nocide futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'Occident en d&#233;clin &#187; comme r&#233;cit ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Gibbon, Sorel, Bergson, Spengler, Val&#233;ry et Toynbee, plusieurs centaines d'autres pol&#233;mistes l'ont annonc&#233; sans rel&#226;che : l'Occident est &#233;puis&#233;, les barbares vont le submerger, comme s'il n'en avait plus pour longtemps. L'id&#233;e du d&#233;clin et de la fin existait d&#233;j&#224; chez les P&#232;res de l'&#201;glise et Augustin. Le livre monumental d'Edward Gibbon, &lt;i&gt;History of the Decline and Fall of the Roman Empire (1776-1779)&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Histoire de la d&#233;cadence et de la chute de l'Empire romain.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a fait date ; on raconte &#224; son sujet que la vocation m&#233;lancolique de cet historien aristocrate (membre du Parlement de Grande-Bretagne) s'est d&#233;cid&#233;e &#224; Rome. Un jour d'octobre 1764, il a &#233;t&#233; saisi par une r&#234;verie au milieu des ruines du Capitole. Rome, matrice de l'Europe, a &#233;t&#233; affaiblie par le Christianisme et abattue par les Barbares. La contemplation des vestiges lui fait &#233;prouver le sentiment de fragilit&#233; de la civilisation europ&#233;enne. D&#233;sormais, il est convaincu qu'une menace semblable p&#232;se sur elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par son livre, il influencera bien des r&#233;flexions et sp&#233;culations ult&#233;rieures. Son &#339;uvre est un mod&#232;le des m&#233;taphores organicistes : les individus vieillissent, les esp&#232;ces d&#233;g&#233;n&#232;rent, les &#201;tats p&#233;riclitent, apr&#232;s un certain degr&#233; de m&#251;rissement les civilisations aussi d&#233;p&#233;rissent. Ainsi va le monde. Le &#171; d&#233;clinisme &#187; a toujours exist&#233; en Europe et il est tr&#232;s &#224; la mode actuellement. En France, des auteurs comme Michel Onfray dans &lt;i&gt;D&#233;cadence&lt;/i&gt; (2017), &#201;ric Zemmour dans &lt;i&gt;Le suicide fran&#231;ais&lt;/i&gt; (2014) et Renaud Camus dans &lt;i&gt;Le Grand Remplacement&lt;/i&gt; (2011) vocif&#232;rent et propagent le &#171; d&#233;clinisme &#187;. Leur ma&#238;tre &#224; penser est Oswald Spengler. Son fameux livre, &lt;i&gt;Le d&#233;clin de l'Occident&lt;/i&gt;, est le livre de chevet des ultras conservateurs, dans lequel il annonce la fin de l'h&#233;g&#233;monie de l'Occident, suppos&#233;e min&#233;e de l'int&#233;rieur comme de l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spengler avait choisi comme titre pour son bestseller de l'imm&#233;diate apr&#232;s-guerre l'image du coucher de soleil (&lt;i&gt;Untergang&lt;/i&gt;) ; l'Occident est le pays du soleil qui se couche, le &#171; pays du soir &#187; (&lt;i&gt;Abend-land&lt;/i&gt;). Dans sa g&#233;n&#233;ration il a eu beaucoup d'admirateurs. Heidegger pronon&#231;a en avril 1920, &#224; Wiesbaden, une conf&#233;rence sur le livre. Il partageait l'id&#233;e du &#171; destin &#187; que Spengler accordait &#224; l'Occident : &#171; Pour lui [Heidegger], l'Occident signifie l'Europe, et celle-ci est incarn&#233;e par l'Allemagne seule : &#8220;l'Occident&#8221; signifie l'Europe &#8211; &#8220;l'Europe&#8221; est un concept plan&#233;taire qui inclut le Couchant, et le Levant, l'Ouest et l'Est et qui, en fait, transf&#232;re m&#234;me tout le poids sur l'Orient : &#034;L'Occident&#034; est un concept historique [&lt;i&gt;geschichtlicher Begriff&lt;/i&gt;] qui d&#233;termine l'essence de l'histoire des Allemands autant que leur provenance &#224; partir de la confrontation avec l'Orient, laquelle confrontation cependant ne d&#233;g&#233;n&#232;re pas en occidentalisation. &#034;L'Europe&#034; est la r&#233;alisation du D&#233;clin de l'Occident. Il n'y a pas la moindre raison d'ouvrir un front contre l'&#233;crivain Oswald Spengler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Val&#233;ry, Regards sur le monde actuel, Gallimard, 1945, p. 24.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au d&#233;clinisme &#224; la fran&#231;aise, il a ses sources aussi. &lt;i&gt;La R&#233;forme intellectuelle et morale de la France&lt;/i&gt; (1871) de Renan en est un exemple. Renan essayait de justifier une position aristocratique concernant la profonde crise que conna&#238;t la France depuis le Second Empire ; la d&#233;faite fran&#231;aise contre la Prusse &#224; Sedan, la chute du Second Empire, la Commune de Paris, la proclamation de la Troisi&#232;me R&#233;publique sont pour Renan des confirmations de ses craintes quant &#224; l'av&#232;nement de la d&#233;mocratie et sur la m&#233;diocrit&#233; suppos&#233;e de la formation intellectuelle des &#233;lites. Comme solution, il promeut un aristocratisme politique. Ce livre est marqu&#233; par le d&#233;clinisme. Il a connu un grand succ&#232;s et ses id&#233;es ont &#233;t&#233; reprises par une partie des &#233;lites fran&#231;aises conservatrices, comme Claude Digeon l'explique dans &lt;i&gt;La crise allemande de la pens&#233;e fran&#231;aise (1870-1914)&lt;/i&gt;, PUF, 1959).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis arrive la Premi&#232;re Guerre mondiale, qui est l'exp&#233;rience d'une violence de masse in&#233;dite avec quatre-vingts millions d'hommes au combat et des soci&#233;t&#233;s presque totalement mobilis&#233;es &#224; l'arri&#232;re. Les effets d&#233;vastateurs de la guerre ont aliment&#233; les grandes inqui&#233;tudes de l'intelligentsia europ&#233;enne. L'id&#233;e de d&#233;cadence, ou d'un d&#233;clin futur, les hantait. Paul Val&#233;ry, qui n'&#233;tait ni nationaliste ni catholique, &#233;crivait dans l'incipit de &lt;i&gt;La crise de l'esprit&lt;/i&gt; (1919) ces phrases fameuses : &#171; Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. &#187; Le po&#232;te souffre d'une possible d&#233;cadence : &#171; Le r&#233;sultat imm&#233;diat de la Grande Guerre fut ce qu'il devait &#234;tre : il n'a fait qu'accuser et pr&#233;cipiter le mouvement de d&#233;cadence de l'Europe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain (&#201;mile Chartier), Journal in&#233;dit 1937-1950, &#233;d. &#233;tablie et pr&#233;sent&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les deux guerres, la France a v&#233;cu un r&#233;gime collaborationniste, le p&#233;tainisme. Pour les intellectuels vichystes de l'&#233;poque, l'hitl&#233;risme &#233;tait un recours historique contre l'avenir suppos&#233;ment &#171; d&#233;cadent &#187; de l'Europe ; ainsi Emile Chartier, alias le philosophe Alain, l'auteur des &lt;i&gt;Propos&lt;/i&gt;, styliste de l'&#233;criture concise, ma&#238;tre &#224; penser de g&#233;n&#233;rations de lyc&#233;ens (Henri-IV en particulier), kh&#226;gneux et &#233;l&#232;ves de l'&#201;cole normale sup&#233;rieure. Comme il lisait l'allemand, il suivit attentivement la mont&#233;e du nazisme. Dans son &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt;, il s'exprime, dans son style concis, sur les Juifs, Hitler, l'Occupation et sur sa lecture de &lt;i&gt;Mein Kampf&lt;/i&gt; : &#171; Almanach. &#8211; 21 juillet (1940). Apr&#232;s-midi tranquille et heureuse par la venue de Bouch&#233; ; il nous apporte &lt;i&gt;Mein Kampf&lt;/i&gt; que j'ai commenc&#233; &#224; lire. Tr&#232;s int&#233;ressant. Confirme ce qu'on pouvait penser d'Hitler comme chef d'organisation. Question d'antis&#233;mitisme bien justifi&#233;e. (&#8230;) Le 24 juillet 1940 (&#8230;) On voit s'avancer en bon ordre les id&#233;es hitl&#233;riennes qui ont si profond&#233;ment travaill&#233; le sol europ&#233;en&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edmund Husserl, La Crise de l'humanit&#233; europ&#233;enne et la philosophie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin Heidegger a &#233;t&#233; membre du parti nazi dans les ann&#233;es 1930 et 1940, et E. Husserl, juif, a &#233;t&#233; chass&#233; de l'Universit&#233; en 1933 par le nazisme. Husserl a prononc&#233; sa c&#233;l&#232;bre conf&#233;rence &#224; Vienne (1935) au &lt;i&gt;Kulturbund&lt;/i&gt; (centre culturel) : &lt;i&gt;Die Krisis des europ&#228;ischen Menschentums und die Philosophie&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;La crise de l'humanit&#233; europ&#233;enne et la philosophie&lt;/i&gt;). Pour lui, les expressions &#171; humanit&#233; europ&#233;enne &#187;, &#171; conscience europ&#233;enne &#187;, &#171; sciences europ&#233;ennes &#187; et &#171; raison europ&#233;enne &#187; sont analogiques. Mais, remarquait-il aussit&#244;t ironiquement, l'Europe est pour l'Orient &#171; un motif de s'europ&#233;aniser (&lt;i&gt;europ&#228;isieren&lt;/i&gt;) mais nous ne cherchons pas &#224; nous indianiser (&lt;i&gt;indianisieren&lt;/i&gt;) &#187;. Face &#224; la mont&#233;e du nazisme, sa d&#233;marche historico-t&#233;l&#233;ologique n'en comportait pas moins une inqui&#233;tude quasi-apocalyptique. Ce risque n'est pas uniquement ext&#233;rieur : il est endog&#232;ne au processus de civilisation : &#171; La crise de l'existence europ&#233;enne n'a que deux issues : soit la d&#233;cadence de l'Europe devenant &#233;trang&#232;re &#224; son propre sens vital et rationnel, la chute dans l'hostilit&#233; &#224; l'esprit et dans la barbarie ; soit la renaissance de l'Europe &#224; partir de l'esprit de la philosophie, gr&#226;ce &#224; l'h&#233;ro&#239;sme de la raison qui surmonte d&#233;finitivement le naturalisme. Le plus grand danger pour l'Europe est la lassitude. Luttons avec tout notre z&#232;le contre ce danger des dangers, en bons Europ&#233;ens que n'effraie pas m&#234;me un combat infini et, de l'embrasement an&#233;antissant de l'incroyance, du feu se consumant du d&#233;sespoir devant la mission humanitaire de l'Occident, des cendres de la grande lassitude, le ph&#233;nix d'une int&#233;riorit&#233; de vie et d'une spiritualit&#233; nouvelle renaitra, gage d'un avenir humain grand et lointain : car seul l'esprit est immortel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicolas Beaupr&#233; et Florian Louis (dir.), Histoire mondiale du XXe si&#232;cle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clinisme est en train de devenir un r&#233;cit partag&#233; en Occident ; les Occidentaux craignent que l'Occident ait virtuellement perdu son h&#233;g&#233;monie mondiale. L'extr&#234;me droite occidentale popularise ce sentiment, en le transformant en un &#171; r&#233;cit occidental &#187;, proposant m&#234;me des solutions : Elon Musk, le 20 janvier 2025, pendant le discours qu'il prononce au meeting qui suit la seconde investiture de Trump, se tape sur la poitrine et tend son bras vers la foule, dans ce qui ressemble &#224; un salut nazi, puis r&#233;p&#232;te le geste. Il ajoute aussit&#244;t : &#171; Je suis de tout c&#339;ur avec vous. C'est gr&#226;ce &#224; vous que l'avenir de la civilisation est assur&#233;. &#187; Il est alors d&#233;j&#224; connu par ses sorties antis&#233;mites et ses r&#233;f&#233;rences au supr&#233;macisme blanc. Le vice-pr&#233;sident am&#233;ricain JD Vance a, lui, fustig&#233; &#224; Munich le &#171; cordon sanitaire &#187; destin&#233; &#224; emp&#234;cher l'extr&#234;me droite d'acc&#233;der au pouvoir en Europe. Il a d&#233;clar&#233; que l'immigration de masse est le probl&#232;me le &#171; plus urgent &#187; auquel sont confront&#233;s les pays europ&#233;ens, alors qu'&#224; Washington &#171; il y a un nouveau sh&#233;rif en ville &#187;. Ces gens-l&#224; pratiquent les techniques de la provocation pour choquer en semant le doute. En Europe, l'extr&#234;me droite essaie d'acqu&#233;rir une h&#233;g&#233;monie culturelle, en France notamment, en reprenant &#224; son compte et en les d&#233;voyant des sujets tels la R&#233;publique, la la&#239;cit&#233;, les mesures sociales. Si un Jean-Marie Le Pen ne pouvait pas poser le pied en Isra&#235;l, l'actuel pr&#233;sident du RN Bardella participe &#224; une conf&#233;rence sur l'antis&#233;mitisme o&#249; &#233;taient pr&#233;sents Benyamin N&#233;tanyahou et de nombreux soutiens de Donald Trump. Concernant Gaza, il affiche son soutien &#224; Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe conqu&#233;rante des deux si&#232;cles derniers commence-t-elle &#224; perdre sa puissance ? Ses ambitions d&#233;passent d&#233;sormais ses moyens &#233;conomiques, militaires et politiques. Dans l'Ancien Monde comme dans le Nouveau, les forces de l'Occident d&#233;clinent-elles ? Colonialiste ou imp&#233;rialiste, l'aventure occidentale des deux derniers si&#232;cles semble d&#233;sormais termin&#233;e&#8230; Depuis la Premi&#232;re Guerre mondiale, son d&#233;veloppement industriel et sa ma&#238;trise des techniques lui permettaient d'exercer une nette domination sur les autres continents. Cette domination rev&#234;tait une forme multiple : culturelle, &#233;conomique, d&#233;mographique et coloniale. Mais un certain &#171; d&#233;clin &#187; commence : &#171; Un monde d&#233;seurop&#233;anis&#233; &#224; l'&#233;chelle globale &#8211; l'un des &#233;l&#233;ments qui distinguent le XX&#7497; si&#232;cle de ceux qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233; est le processus de d&#233;prise d'une domination europ&#233;enne sur le monde construite strate par strate depuis le XV&#7497; si&#232;cle et qui avait connu son apog&#233;e &#224; l'or&#233;e du XX&#7497; si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ga&#239;dz Minassian, Les Sentiers de la victoire. Peut-on encore gagner une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; M&#234;me en dehors des milieux conservateurs, ces id&#233;es sont r&#233;pandues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#233;clin &#187; ou pas, il existe un autre aspect important sans lequel cette histoire reste incompr&#233;hensible : &#224; l'&#233;poque o&#249; la puissance occidentale devient mondiale, elle est contest&#233;e &#224; son int&#233;rieur m&#234;me. Le mouvement ouvrier europ&#233;en commence &#224; se manifester &#224; partir de l'&#233;poque de la r&#233;volution industrielle, avec l'objectif d'am&#233;liorer les conditions d'existence de la classe ouvri&#232;re. Ce processus inclut principalement le syndicalisme, mais aussi les partis politiques et autres organisations socialistes, communistes, conseillistes, anarcho-communistes. Au XIX&#7497; si&#232;cle, la mouvance socialiste, qui adopte dans une partie des pays europ&#233;ens l'appellation social-d&#233;mocrate, devient la principale force de lutte du mouvement ouvrier europ&#233;en. La R&#233;volution d'Octobre de 1917 en Russie constitue un v&#233;ritable tournant dans le d&#233;roulement de la Grande Guerre ; en proposant la paix, elle jette le trouble parmi les puissances europ&#233;ennes. Les anarchistes, par leurs id&#233;es et par leurs actions, faisaient partie aussi du monde ouvrier, avec notamment l'anarcho-syndicalisme. Marx a &#233;t&#233; l'un des penseurs les plus influents de cette &#233;poque, peut-&#234;tre le plus influent. Le nazisme, en liquidant le mouvement ouvrier allemand, pensait liquider l'influence de Marx. Le mouvement ouvrier europ&#233;en avec son univers symbolique a n&#233;anmoins continu&#233; &#224; exister apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Il a fait son temps, en achevant son r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, l'Am&#233;rique est devenue le mod&#232;le d'une hypermodernit&#233; capitaliste lib&#233;rale, comme si on y vivait dans une actualit&#233; perp&#233;tuelle, et son actualit&#233; quasi quotidienne concerne le monde entier, en particulier l'Europe. Son influence d&#233;passe largement le cadre des relations diplomatiques et &#233;conomiques. D&#232;s les ann&#233;es 1950, le mod&#232;le capitaliste am&#233;ricain s'exporte en Europe. La croyance en une mission providentielle a fa&#231;onn&#233; son identit&#233;. Son r&#244;le de &#171; sauveurs du monde &#187; messianique nourrit &#224; la fois sa puissance imp&#233;riale et son symbolisme culturel. Ce r&#233;cit touche &#224; sa fin bien avant que ne surgisse la vision isolationniste de Trump. Ce dernier ne se revendique pas d'une mission de messianisme d&#233;mocratique comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Son credo est d'abord l'Am&#233;rique. &#171; Isolationniste &#187; ou &#171; d&#233;cadent &#187;, pour le comprendre, il faut lire &lt;i&gt;Mardi&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Moby Dick&lt;/i&gt; de Melville ; ce grand &#233;crivain &#233;tait tr&#232;s pessimiste quant &#224; l'avenir de son pays. D&#233;j&#224;, il pr&#233;voyait un avenir tr&#232;s conflictuel, tourment&#233; et impr&#233;visible &#224; la jeune nation am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, s'il y a un &#171; d&#233;clin &#187;, c'est celui de &#171; l'Am&#233;rique en tant que terre de l'avenir (&lt;i&gt;das Land der Zukunft&lt;/i&gt;) &#187; et celui de la &#171; vieille Europe &#187; de Hegel. Cette &#171; fin &#187; r&#233;elle ou suppos&#233;e de l'Occident semble conforter ceux qui voulaient d&#233;nier la position de force de l'Occident dans le monde ; sont-ils inspir&#233;s par l'esprit de revanche ? Certains milieux extra-occidentaux ont &#233;labor&#233; leurs grands r&#233;cits en ce sens. Ces r&#233;cits alternatifs constituent-ils des inversions narratives des grands r&#233;cits occidentaux ? Des grands r&#233;cits alternatifs sont de plus en plus mis en &#339;uvre au fil d'un processus de d&#233;centrement, dans le prolongement de la th&#232;se de la fin des grands r&#233;cits de l'Occident. On voit appara&#238;tre des r&#233;cits alternatifs relay&#233;s par une puissance montante comme la Chine par exemple. Dans les espaces non occidentaux, les intellectuels ou publicistes locaux r&#233;inventent de nouveaux r&#233;cits ou leurs propres historiographies, comme si nous entrions d&#233;sormais dans un monde de guerre des r&#233;cits. Et certains de ces r&#233;cits font m&#234;me &#233;cho aux th&#232;ses de Lyotard. Le postmodernisme n'annonce-t-il pas aussi une &#171; fin &#187; de la position de l'Occident sous l'&#233;gide de la postmodernit&#233; ? Un r&#233;cit d&#233;cadentiste, anti-universaliste ou alternatif pourrait trouver une justification ou des arguments chez lui, au besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, le syst&#232;me international &#233;tait con&#231;u comme un syst&#232;me inter&#233;tatique ; c'est l'h&#233;ritage du syst&#232;me westphalien du XVII&#7497; si&#232;cle : &#171; l'ordre westphalien &#187;, issu du trait&#233; de Westphalie (1648), ent&#233;rinait plusieurs trait&#233;s n&#233;goci&#233;s par les &#201;tats europ&#233;ens. La paix de Westphalie met fin &#224; la guerre de Trente Ans qui ravagea les &#201;tats allemands et &#224; la guerre d'ind&#233;pendance des Pays-Bas espagnols. Dans le syst&#232;me westphalien, les &#201;tats europ&#233;ens se reconnaissent mutuellement comme seuls interlocuteurs l&#233;gitimes et d&#233;finissent les trait&#233;s mutuels reconnaissant les souverainet&#233;s et les fronti&#232;res. Ces relations entre &#201;tats se sont ensuite d&#233;velopp&#233;es, jusqu'au XX&#7497; si&#232;cle, sur cette base. Ce syst&#232;me a &#233;t&#233; impos&#233; hors d'Europe lors de la colonisation : &#171; Sur presque trois si&#232;cles, l'Europe westphalienne impose son syst&#232;me de domination &#224; l'&#233;chelle du globe. Sa supr&#233;matie est gourmande, elle excelle dans les domaines politique, militaire, &#233;conomique, culturel, intellectuel et religieux. L'Europe-monde s'installe dans la dur&#233;e et rythme les relations internationales en s'ouvrant peu &#224; peu aux non-Occidentaux et non-chr&#233;tiens tout en cultivant une mise &#224; distance et un sentiment de sup&#233;riorit&#233; &#224; leur &#233;gard. (&#8230;) si l'&#233;quation westphalienne est un exemple d'&#233;quilibre de puissances, elle n'en contient pas moins les germes de la guerre, de l'exclusion et d'un eurocentrisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Johann Chapoutot, Comprendre le nazisme, Tallandier, 2018 (r&#233;&#233;d. 2020).&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adjectif &lt;i&gt;post-westphalien&lt;/i&gt; est apparu dans les ann&#233;es 1970 dans un contexte de guerre froide pour d&#233;signer l'effacement des &#201;tats derri&#232;re deux blocs supranationaux, et ult&#233;rieurement dans le cadre de la mondialisation pour d&#233;signer l'effacement partiel des fronti&#232;res, l'affaiblissement relatif des pouvoirs r&#233;galiens de l'&#201;tat, l'acc&#233;l&#233;ration des &#233;changes &#233;conomiques et culturels, et la construction d'ensembles supranationaux. Mais le malheur est qu'apr&#232;s la disparition du syst&#232;me sovi&#233;tique, la d&#233;mocratie lib&#233;rale occidentale comme mod&#232;le n'est pas devenue un mod&#232;le en dehors de l'Occident, comme le souhaitait Fukuyama.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Norbert Elias, dans &lt;i&gt;La civilisation des m&#339;urs&lt;/i&gt; (1939), a d&#233;crit l'histoire d'un long processus de raffinement des comportements et de discipline des conduites conduisant, dans le monde occidental, &#224; un refoulement des manifestations de perte de contr&#244;le. Ce processus a un volet psychique : les normes de comportement sont int&#233;rioris&#233;es sur le mode de l'autodiscipline. Il a aussi un volet socio-politique ; l'&#201;tat et les institutions qui en d&#233;pendent jouent un r&#244;le d&#233;terminant. Elias insiste en particulier sur l'exacerbation des logiques civilisatrices &#224; la cour des monarques absolus (qu'il nomme &lt;i&gt;curialisation&lt;/i&gt;), ou encore sur le monopole de la violence l&#233;gitime revendiqu&#233; avec succ&#232;s par l'&#201;tat, qui impose aux individus le renoncement &#224; la brutalit&#233;. Il s'inspirait aussi du Malaise dans la civilisation (1930) de Freud, qui soulignait comment le processus de civilisation exacerbe la &#171; pulsion de mort &#187; qu'il cherche &#224; endiguer. Elias parle aussi d'&lt;i&gt;Entzivilisierung&lt;/i&gt;, de &#171; d&#233;civilisation &#187; : la civilisation porte en elle un risque de d&#233;civilisation. Si un jour cette tension pulsionnelle en venait &#224; se conjuguer avec un effondrement des institutions normatives et r&#233;gulatrices, avec l'&#233;branlement des routines et des rep&#232;res habituels, la d&#233;flagration serait potentiellement d&#233;vastatrice. Elias sait tr&#232;s bien de quoi il parle, parce qu'il l'a v&#233;cu lui-m&#234;me, dans sa chair, avec sa trag&#233;die familiale : l'&#233;chec de la R&#233;publique de Weimar (1918-1933) et sa dissolution qui a conduit au nazisme et &#224; la &#171; Solution finale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la fin de la derni&#232;re Guerre mondiale, l'Occident a pacifi&#233; son espace g&#233;ographique. Les soci&#233;t&#233;s occidentales ont connu leurs p&#233;riodes les plus pacifiques. Durant les grands conflits comme les guerres et r&#233;volutions coloniales, la guerre du Vi&#234;t Nam, jusqu'aux guerres en Irak et &#224; l'intervention militaire en Afghanistan, l'Empire am&#233;ricain a cr&#233;&#233; et entretenu ces conflits loin de son espace g&#233;ographique. Il a &#233;t&#233; oblig&#233; de quitter l'Afghanistan car il n'&#233;tait pas capable d'emp&#234;cher les progr&#232;s des Talibans et pas davantage d'y &#171; instaurer la d&#233;mocratie &#187;. Les guerres en Irak ont laiss&#233; derri&#232;re elles un chaos grandissant, facteur potentiel de conflits sanglants. On pensait que l'empire am&#233;ricain avait atteint la limite interventionniste de sa superpuissance militaire. Certains pensaient que la guerre actuelle d&#233;clench&#233;e par les &#201;tats-Unis et Isra&#235;l en Iran montre les signes de la d&#233;cadence de l'imp&#233;rialisme occidental. Dans la perspective d'Elias, un grand risque de &#171; d&#233;civilisation &#187; susceptible de survenir est endog&#232;ne au processus de civilisation occidentale. Ce risque n'existe-t-il pas aussi en dehors de l'espace europ&#233;en ? Le syst&#232;me post-westphalien commence &#224; s'effacer. Apr&#232;s la derni&#232;re grande guerre, ce syst&#232;me &#171; r&#233;gulait &#187; et &#171; endiguait &#187; une possible violence g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; l'&#233;chelle mondiale, bien qu'on ait ferm&#233; les yeux sur les nouveaux g&#233;nocides. Les grandes puissances nucl&#233;aires s'engageaient m&#234;me &#224; placer leurs armes sous contr&#244;le devant l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'ONU. Mais le syst&#232;me post-westphalien commence &#224; s'effacer, avec toutes ses institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette nouvelle situation mondiale que commence le g&#233;nocide &#224; Gaza. Les &#201;tats-Unis de Trump sont devenus les complices actifs de ce crime. Et les m&#233;dias ont occult&#233; et continuent encore &#224; occulter les informations. En revanche, la guerre de Gaza d&#233;clenche de grandes protestations, des manifestations, surtout en Occident. Bien entendu, la complicit&#233; &#224; l'&#233;gard du g&#233;nocide ne se limite pas &#224; l'Occident. Et sous le masque de la solidarit&#233; avec la cause palestinienne, le commerce isra&#233;lo-turc continue toujours. La Turquie d'Erdogan ne rompt pas avec ses relations avec l'&#201;tat d'Isra&#235;l. L'Azerba&#239;djan, un pays turcophone, est, apr&#232;s les &#201;tats-Unis, l'un des alli&#233;s les plus fid&#232;les d'Isra&#235;l. Son p&#233;trole continue d'&#234;tre achemin&#233; en Isra&#235;l via la Turquie malgr&#233; la soi-disant suspension de tout commerce entre Ankara et J&#233;rusalem. La Turquie est membre de l'OTAN depuis 1952, elle a une base militaire &#233;tats-unienne sur son sol et continue &#224; fournir des renseignements logistiques &#224; l'aviation isra&#233;lienne. &#192; l'image de l'Arabie saoudite en t&#234;te, qui est une monarchie absolue, un r&#233;gime th&#233;ocratique gouvern&#233; par le roi et selon la charia, aucun pays arabe n'a port&#233; secours &#224; Gaza. Aucun d'entre eux n'a engag&#233; la moindre initiative diplomatique d'envergure pour emp&#234;cher le g&#233;nocide. La Turquie comprise. Entre la Turquie, les pays arabes et Isra&#235;l, il y a toujours un compromis tacite sur la question palestinienne. Ils renforcent toujours leurs coop&#233;rations &#233;conomiques et militaires avec Tel-Aviv et Washington, et l'Afrique du Sud est la premi&#232;re &#224; avoir accus&#233; Isra&#235;l de g&#233;nocide devant la Cour internationale de Justice (CIJ)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mehmet Aydin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, &lt;i&gt;Le diff&#233;rend&lt;/i&gt;, Minuit, 1983, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, &lt;i&gt;Le postmoderne expliqu&#233; aux enfants. Correspondance 1982-1985&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, 1988, p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 23-24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Bergson, &lt;i&gt;Les deux sources de la morale et de la religion&lt;/i&gt;, PUF, 1932 (r&#233;&#233;d. &#171; Quadrige &#187;, 2008), p. 159.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 206.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, &lt;i&gt;Le postmoderne expliqu&#233; aux enfants&lt;/i&gt;, op. cit., p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, &lt;i&gt;L'enthousiasme. La critique kantienne de l'histoire&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, &lt;i&gt;L'inhumain. Causeries sur le temps&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, 1988, p. 36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacob Taubes, &lt;i&gt;Eschatologie occidentale&lt;/i&gt;, &#201;ditions de l'&#233;clat, 2009 [1re &#233;d. &lt;i&gt;Abendl&#228;ndische Eschatologie&lt;/i&gt;, Berne, 1947], p. 239-242.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Primo Levi, &lt;i&gt;Si c'est un homme&lt;/i&gt; (1958), trad. Martine Schruoffeneger, Julliard, 1987, p. 135 et p. 60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Jaspers, &lt;i&gt;Die Schuldfrage&lt;/i&gt; (1946), trad. fr. &lt;i&gt;La Culpabilit&#233; allemande&lt;/i&gt;, Minuit, 1948.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Nicolas Weill, &lt;i&gt;Heidegger et les Cahiers noirs. Mystique du ressentiment&lt;/i&gt;, CNRS &#201;ditions, 2018, p. 147 (GA 96, &lt;i&gt;R&#233;flexions XV&lt;/i&gt;, p. 37-38).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Histoire de la d&#233;cadence et de la chute de l'Empire romain&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Val&#233;ry, &lt;i&gt;Regards sur le monde actuel&lt;/i&gt;, Gallimard, 1945, p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain (&#201;mile Chartier), &lt;i&gt;Journal in&#233;dit 1937-1950&lt;/i&gt;, &#233;d. &#233;tablie et pr&#233;sent&#233;e par Emmanuel Blondel, &#201;quateurs, 2018, p. 416-423.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edmund Husserl, &lt;i&gt;La Crise de l'humanit&#233; europ&#233;enne et la philosophie&lt;/i&gt; (conf&#233;rence de Vienne, 1935), trad. G&#233;rard Granel, Aubier, 1977, p. 78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicolas Beaupr&#233; et Florian Louis (dir.), &lt;i&gt;Histoire mondiale du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, PUF, 2022, p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ga&#239;dz Minassian, &lt;i&gt;Les Sentiers de la victoire. Peut-on encore gagner une guerre ?&lt;/i&gt;, Alpha, coll. &#171; Histoire &#187;, 2020, p. 115.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Johann Chapoutot, &lt;i&gt;Comprendre le nazisme&lt;/i&gt;, Tallandier, 2018 (r&#233;&#233;d. 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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