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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>B&#234;te &#224; bouffer des glands ({La Dolce Via})</title>
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		<dc:creator>G&#233;rald Bourbi&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>a_la_une</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait un de ces jours froids et tristes o&#249; les c&#339;urs se serrent, o&#249; les esprits s'irritent, o&#249; l'&#226;me est sombre, o&#249; la main ne s'ouvre ni pour donner ni pour secourir &#187; (Guy de Maupassant, Le gueux (1884) &lt;br class='autobr' /&gt;
1- Les Albanais sont un peuple qui doit sa r&#233;putation &#224; son aptitude &#224; chasser les intrus. Aucun autre peuple ne lui arrive &#224; la cheville en la mati&#232;re &#8211; Ottomans, Serbes, Italiens, Allemands, Sovi&#233;tiques, Chinois... On serait port&#233; &#224; penser que c'est cette capacit&#233; de vomir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=111" rel="tag"&gt;a_la_une&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L150xH100/547f9aea-625e-4981-9f94-9668a3d6e77b-ac75c.png?1773057981' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait un de ces jours froids et tristes o&#249; les c&#339;urs se serrent, o&#249; les esprits s'irritent, o&#249; l'&#226;me est sombre, o&#249; la main ne s'ouvre ni pour donner ni pour secourir&lt;/i&gt; &#187; (Guy de Maupassant, &lt;i&gt;Le gueux&lt;/i&gt; (1884)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;1- Les Albanais sont un peuple qui doit sa r&#233;putation &#224; son aptitude &#224; chasser les intrus. Aucun autre peuple ne lui arrive &#224; la cheville en la mati&#232;re &#8211; Ottomans, Serbes, Italiens, Allemands, Sovi&#233;tiques, Chinois... On serait port&#233; &#224; penser que c'est cette capacit&#233; de vomir l'envahisseur ou l'ind&#233;sirable qui constitue le ciment le plus solide de leur identit&#233; collective... Et puis voici qu'aujourd'hui ils semblent pr&#234;ts &#224; vendre le meilleur de leur c&#244;tes maritimes aux proches de Trump (pour y construire des horreurs de marinas de style floridien), apr&#232;s avoir c&#233;d&#233; des portions de terre ferme &#224; Meloni, en vue d'y installer des centres de r&#233;tention... On tombe de haut &#8211; &lt;i&gt;depuis quand l'Albanie est-elle &#224; vendre &#224; la d&#233;coupe&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Paul L&#233;autaud (1872-1956), &#233;pris des animaux, vivant entour&#233; de dizaines de chats et de chiens et consacrant &#224; l'achat de leur nourriture l'essentiel de ses ressources, &#233;tait convaincu que la rage &#233;tait une &lt;i&gt;pure et simple invention&lt;/i&gt; de Louis Pasteur, exclusivement destin&#233;e &#224; nuire &#224; ses ami.e.s les b&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- &lt;i&gt;Souvenir d'enfance&lt;/i&gt; : apr&#232;s avoir mang&#233; un artichaud, il &#233;tait recommand&#233; de boire un grand verre d'eau. L'eau avait alors une saveur rare, d&#233;licieuse. Impossible de retrouver cette sensation aujourd'hui ; alors de deux choses l'une : soit les artichautds ne sont plus ce qu'ils &#233;taient, soit l'eau est trop pollu&#233;e &#8211; &#224; moins que l'un ne se combine &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- On peut imaginer qu'avec la g&#233;n&#233;ralisation du traitement de texte, &#224; la fin du si&#232;cle dernier, M. Tipp-ex en aurait &#233;t&#233; r&#233;duit &#224; se tirer une balle dans la t&#234;te, direct. Pas du tout, il vend d&#233;sormais des souris, appell&#233;es &lt;i&gt;Tipp-ex mini pocket mouse&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- &lt;i&gt;De l'inconv&#233;nient de faire des blagues quand on a affaire &#224; des incultes&lt;/i&gt; : Lorsque M&#233;lenchon, dans un discours o&#249; il &#233;voque l'affaire Epstein, se laisse aller &#224; gloser sur la prononciation du patronyme du pr&#233;dateur sexuel, il est bien &#233;vident pour quiconque aime le cin&#233;ma qu'il a en m&#233;moire un gag c&#233;l&#232;bre, issu d'un film lui-m&#234;me ultra-c&#233;l&#232;bre &#8211; &lt;i&gt;Frankenstein junior&lt;/i&gt; de Mel Brooks (1974), l&#224; o&#249; l'arri&#232;re-petit fils du docteur Frankenstein &#233;migr&#233; aux &#201;tats-Unis corrige son interlocuteur qui prononce son nom &#224; l'allemande, lui opposant la prononciation &#224; l'am&#233;ricaine. Une blague int&#233;gralement juive, soit dit en passant, ayant en arri&#232;re-plan l'assimilation des Juifs est-europ&#233;ens dans le Nouveau Monde, une blague yiddish, &#224; propos d'un personnage litt&#233;raire qui, lui, n'est pas sp&#233;cialement juif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- &#201;videmment, la blague de M&#233;lenchon, incrust&#233;e dans le gag du film de Mel Brooks, lui-m&#234;me aussi juif qu'il est permis, n'est pas plus antis&#233;mite que ce film et son auteur. Juste de l'intertexte. Mais de cela, les terroristes intellectuels qui nous r&#233;gentent n'ont cure &#8211; ce sont des tueurs froids qui font fl&#232;che de tout bois. Ou bien alors, au mieux, des petits soldats de l'id&#233;ologie tellement ineptes qu'ils n'ont m&#234;me pas vu le film de Mel Brooks. Ce qui v&#233;rifie l'adage selon lequel on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui ; ou bien, si l'on pr&#233;f&#232;re, offrir de bonnes blagues aux mafaisants, c'est vraiment donner de la confiture aux cochons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- En revanche, la reprise de la blague &#224; propos de Rapha&#235;l Gluckmann est, elle, carr&#233;ment de trop. On peut tout reprocher &#224; cet &#233;nergum&#232;ne, sauf son nom. &lt;i&gt;Bis repetita non placent&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- &lt;i&gt;Pour une politique des cadeaux&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;offre et acceptation&lt;/i&gt;) : se demander, quand on re&#231;oit un cadeau, combien de minutes, d'heures, de journ&#233;es de travail il repr&#233;sente pour la personne qui vous le fait. S'il ne lui a rien co&#251;t&#233;, ne pas lui accorder trop d'importance. Les cadeaux sont rarement d&#233;sint&#233;ress&#233;s. Les gens font souvent des cadeaux pour se rendre int&#233;ressants. Les cadeaux sont souvent &#224; double fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- Dire que le parvenu juif est un personnage cl&#233; de la modernit&#233; occidentale, est-ce antis&#233;mite ? Si oui, deux livres &#224; br&#251;ler, d'urgence : &lt;i&gt;Jud S&#252;ss&lt;/i&gt;, de Leon Feuchtwanger et &lt;i&gt;La tradition cach&#233;e&lt;/i&gt;, d'Hannah Arendt, un peu juifs l'un et l'autre, quand m&#234;me. Sans oublier : l'&#339;uvre compl&#232;te d'Ir&#232;ne Nemirovsky (&lt;i&gt;David Golder&lt;/i&gt;, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9- Oblomov est de retour. Le voici m&#234;me en passe de devenir le h&#233;ros de l'&#233;poque. &lt;i&gt;Caract&#233;ristiques&lt;/i&gt; : il est l'artiste du couch&#233;, la marmotte du soul&#232;vement, le type qui se repose de sa sieste. Quand il lui arrive de penser, de lire, d'&#233;crire m&#234;me, ce ne peut &#234;tre que couch&#233;. Il a d&#233;sappris &#224; marcher. Il dort tout habill&#233; &#8211; mais c'est qu'il ne sait plus la diff&#233;rence entre le jour et la nuit. Quand il se l&#232;ve, c'est pour pisser ou pour manger, renversant tout sur son passage, en pachyderme myope qu'il est devenu. Perp&#233;tuellement branch&#233; sur les r&#233;seaux, les yeux &lt;i&gt;wide shut&lt;/i&gt; ;on ne sait jamais s'il dort ou s'il est en immersion prolong&#233;e dans CNews, juste &lt;i&gt;pour voir&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10- Se dire qu'avec Trump et son gang national et international, c'est une Guerre de Cent ans qui commence &#8211; ou alors qui continue en s'intensifiant. Se dire qu'on mourra sans en voir la fin, de mort violente ou naturelle, selon la tournure que prendra l'affaire. Se dire que d&#233;sormais, toute paix apparente est pur mensonge. Mais ce d&#233;sormais est lui-m&#234;me mensonger &#8211; cela fait un moment, d&#233;j&#224;, que &#231;a dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11- Aujourd'hui, c'est le syst&#232;me qui organise lui-m&#234;me, sans m&#233;diations, le champ des v&#233;rit&#233;s. Qui y fait pr&#233;valoir les r&#232;gles selon lesquelles le vrai se s&#233;pare du faux. Et qui s&#233;vit contre tout ce qui y contrevient. On s'y habitue, comme aux bombardements de Trump ici ou ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12- Manifest&#233;, solitaire, hier soir, devant le McDo du coin, en protestation contre l'assassinat du Guide Supr&#234;me. D&#233;monstration silencieuse et statique, sans pancarte ni banderole, sur le trottoir, &#224; l'entr&#233;e du McDo, une bonne demi-heure durant. Entr&#233; ensuite d'un pas d&#233;cid&#233; dans l'&#233;tablissement et command&#233; un &lt;i&gt;Mcveggie giant&lt;/i&gt;. Le militantisme, mine de rien, &#231;a creuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13- &lt;i&gt;Coordination rurale&lt;/i&gt; : des tracteurs, certes, mais des d&#233;tracteurs aussi, nombreux et non sans raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14- &lt;i&gt;Dans la bo&#238;te noire des gangsters&lt;/i&gt; : impr&#233;visibilit&#233; des actions et usage unilat&#233;ral de la force en vue de la production du chaos &#8211; voici r&#233;sum&#233; en peu de mots l'essentiel de la conduite des affaires du monde par Trump et sa bande. Mais voici ce qui complique l'affaire : la strat&#233;gie, cela rel&#232;ve du calcul, cela exige une t&#234;te froide. Avec Trump (l'agent du chaos), le probl&#232;me est que celui-ci est dans sa t&#234;te en premier lieu &#8211; ses revirements, ses changements de pied au gr&#233; des interlocuteurs qu'il rencontre sont devenus proverbiaux. Le chaos dans le monde r&#233;sulte donc du chaos dans un cerveau malade, combin&#233; &#224; des calculs. Ce ne sont pas les froids calculateurs qui manquent, et qui s'entendent &#224; tirer le meilleur profit de la confusion mentale au poste de commande et des acc&#232;s de surchauffe qui vont avec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15- En France, on est loin d'avoir touch&#233; le fond, puisqu'on n'a eu aux affaires, jusqu'ici, que la copie &#8211; l'original &#233;tant encore &#224; venir. Or, l'exemple des Etats-Unis montre qu'en d&#233;pit de tout, un gouffre peut s&#233;parer la copie (Biden) de l'original (Trump II) &#8211; la perp&#233;tuelle procrastination d'un c&#244;t&#233;, les chevaux de l'Apocalypse de l'autre. Le pire est encore &#224; venir et tout se passe comme si le pire pouvait d&#233;sormais s'envisager au superlatif &#8211; le pire du pire &#8211; les fascistes, les vrais, parachevant leur Marche sur Rome et disposant enfin des moyens de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16- &#192; l'occasion de la r&#233;cente agression conjointe des Etats-Unis et d'Isra&#235;l contre l'Iran, l'&lt;i&gt;orwellisation&lt;/i&gt; des d&#233;mocraties occidentales et assimil&#233;es a fait un grand pas en avant : dans une d&#233;claration commune, le pr&#233;sident de la R&#233;publique fran&#231;aise, le chancelier allemand et le premier ministre britannique expriment &#171; leur consternation vis-&#224;-vis des attaques de missiles indiscrimin&#233;es et disproportionn&#233;es lanc&#233;es par l'Iran &#187; (2/03/2026). Les toutous embo&#238;tent le pas : le Minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res de la R&#233;publique de Chine (Ta&#239;wan) condamne les &#171; attaques indiscrimin&#233;es &#187; de l'Iran contre d'autres nations (&lt;i&gt;Taipei Times&lt;/i&gt;, 3/03/2026).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17- Cl&#233;menceau disait en substance, apr&#232;s la Premi&#232;re guerre mondiale : les r&#233;cits continueront &#224; varier &#224; l'infini quant &#224; l'analyse du conflit et l'attribution des responsabilit&#233;s, mais il est en tout cas une chose qu'on ne pourra pas dire &#8211; que c'est la Belgique qui a envahi l'Allemagne en ao&#251;t 1914.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18- Il se trompait lourdement : aujourd'hui, &lt;i&gt;on peut le dire&lt;/i&gt;, tranquillement, et les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s suivent &#8211; pas en Cor&#233;e du Nord, ici et maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19- R&#233;cup&#233;rer un exemplaire en livre de poche du &lt;i&gt;Manifeste communiste&lt;/i&gt; dans une bo&#238;te &#224; livres &#233;gar&#233;e en terre de mission du RN, c'est comme un sauvetage en mer. Ou alors comme r&#233;cup&#233;rer un chat affam&#233; et grelottant sur un trottoir, &#224; la mani&#232;re de L&#233;autaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20- Mais de quoi donc cette mani&#232;re qu'ont d&#233;sormais les personnages publics, promptement imit&#233;s par le commun des mortels, de s'excuser &#224; longueur de temps, &#224; propos de tout et n'importe quoi, est-elle le sympt&#244;me ? Allons, excusez-vous de vivre, une bonne fois pour toutes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21- &lt;i&gt;Diff&#233;rence entre Trump et Callicl&#232;s, son anc&#234;tre&lt;/i&gt; : dans &lt;i&gt;Le Gorgias&lt;/i&gt;, Callicl&#232;s, le furieux partisan de la force inscrite dans &#171; l'ordre de la nature &#187;, se moque souvent de Socrate, le moraliste &#8211; mais il entre en conversation avec lui, l'&#233;coute, objecte, acquiesce parfois. Trump, lui, &#233;coute Netanyahou et passe &#224; l'acte. Il n'a pas de temps &#224; perdre en discussions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22- Vous croisez un type et vous lui jetez le coup d'&#339;il classique de la &lt;i&gt;civil inattention&lt;/i&gt; &#8211; un passant, rien de plus, rien de moins. Mais le type a un probl&#232;me &#8211; il per&#231;oit tout regard en sa direction comme une menace et vous interpelle : &#171; Qu'est-ce que t'as &#224; me regarder, toi ? &#187;. Rien ne sert alors de nier, on a bien regard&#233; &#8211; mais le regard glissant de la &lt;i&gt;civil inattention&lt;/i&gt; n'est pas un regard intentionnel, ce n'est qu'un automatisme immunitaire. On ne peut pas expliquer la &lt;i&gt;civil inattention&lt;/i&gt; &#224; un parano&#239;aque. Ne restent donc que deux options : faire face, au risque d'un affrontement, ou prendre ses jambes &#224; son cou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23- Avantage des livres r&#233;cup&#233;r&#233;s dans les bo&#238;tes : ils sont souvent demeur&#233;s corn&#233;s &#224; la page o&#249; le lecteur pr&#233;c&#233;dent les a abandonn&#233;s. On sait alors &#224; quoi s'en tenir &#8211; mais sur le livre ou sur le lecteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;rald Bourbi&#233;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Plissements temporels du g&#233;nocide : Des nations et des camps</title>
		<link>https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1552</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Orgest Azizaj</dc:creator>


		<dc:subject>a_la_une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le minuscule montage propos&#233; ci-apr&#232;s r&#233;unit deux textes, &#233;crits &#224; pr&#232;s de trente ans d'intervalle, par le m&#234;me auteur : Alain Brossat, ancien professeur de philosophie &#224; l'Universit&#233; Paris 8. Le premier est l'Introduction d'un recueil de textes r&#233;dig&#233;s avant et apr&#232;s le 7 octobre 2023, consacr&#233;s &#224; la lutte, la destruction et la r&#233;sistance du peuple palestinien face &#224; la colonisation isra&#233;lienne et au g&#233;nocide qu'elle exerce sur lui. Le second (mais, qui est premier chronologiquement) est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=111" rel="tag"&gt;a_la_une&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_973 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/enfants_kibbutz.jpg' width='478' height='710' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le minuscule montage propos&#233; ci-apr&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte, &#233;crit d'abord en albanais pour marquer la date du 27 janvier, fut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; r&#233;unit deux textes, &#233;crits &#224; pr&#232;s de trente ans d'intervalle, par le m&#234;me auteur : Alain Brossat, ancien professeur de philosophie &#224; l'Universit&#233; Paris 8. Le premier est l'Introduction d'un recueil de textes r&#233;dig&#233;s avant et apr&#232;s le 7 octobre 2023, consacr&#233;s &#224; la lutte, la destruction et la r&#233;sistance du peuple palestinien face &#224; la colonisation isra&#233;lienne et au g&#233;nocide qu'elle exerce sur lui. Le second (mais, qui est premier chronologiquement) est l'introduction d'un ouvrage de philosophie, consacr&#233; &#224; l'impact que &#171; l'&#233;preuve du d&#233;sastre &#187; et la r&#233;alit&#233; des camps du XXe si&#232;cle ont durablement laiss&#233; sur la pens&#233;e philosophique, historique et politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Brossat, Un peuple debout. La Palestine en lutte contre la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette identit&#233; d'auteur a son importance dans l'assemblage, car la stabilit&#233;, la cons&#233;quence, la continuit&#233; sont parmi les th&#232;mes majeurs des deux textes et en commandent presque la mise en sc&#232;ne. Importe tout autant la r&#233;sistance &#224; la pression alourdie du pr&#233;sent, nourrie par l'immersion &#233;veill&#233;e dans les enchev&#234;trements catastrophiques du pass&#233;. Car l'unit&#233; du sujet qui t&#233;moigne et revendique ici sa stabilit&#233; &#224; travers les rythmes turbulents du temps n'est pas l'unit&#233; de l'Un, d'un esprit dogmatique qui vit, pense et se dit en bloc, mais la fid&#233;lit&#233; &#224; la cassure essentielle que provoque la rencontre, le face &#224; face avec le fait du d&#233;sastre ; c'est la voix qui toujours s'articule au nom de la blessure ind&#233;l&#233;bile que la trace de l'extr&#234;me, sous toutes ses formes, laisse sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me touche dans ces deux textes (je veux dire, ce qui, en eux, touche en moi la sensibilit&#233; &#224; l'&#233;thique de l'&#233;criture), c'est la mani&#232;re par principe non anecdotique du r&#233;cit &#224; la premi&#232;re personne (lorsqu'il figure sous cette forme), la pr&#233;sentation de telle situation du soi au-del&#224; de tout &#233;panchement du souvenir ou r&#233;cit d'aveu, au-del&#224; de toute autobiographie, de toute complaisance envers cet ancien moi, qui souvent, si imp&#233;rieusement nous fait signe d&#232;s que nous prenons de l'&#226;ge &#8211; ce trou noir de l'insidieuse nostalgie o&#249; l'on est nombreux &#224; tomber, &#224; s'aimer, &#224; jouir (m&#234;me publiquement), sans presque s'en apercevoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi, en ces jours de d&#233;but d'ann&#233;e, la sc&#232;ne publique et m&#233;diatique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, cette mani&#232;re est presque diam&#233;tralement oppos&#233;e dans les deux cas : tranchante, intransigeante d&#232;s qu'elle est prononc&#233;e, dans le second texte, le plus ancien (&#171; que ceci soit la seule &#233;vocation&#8230; &#187;), tandis qu'elle structure toute l'intrigue textuelle dans le premier texte (le plus r&#233;cent). Reconstruction abstraite de la situation quasi structurelle du &#171; n&#233;-apr&#232;s &#187;, dans le premier texte (premier dans le temps), du sujet comme radicalement retard&#233;, coup&#233; de l'&#233;v&#233;nement, et qui, pr&#233;cis&#233;ment &#224; partir de ce retard irr&#233;parable, doit articuler son propre type particulier de (non-)savoir et assurer la transmission du message catastrophique de l'&#233;v&#233;nement extr&#234;me, au-del&#224; de tout t&#233;moignage vivant ; reconstruction concr&#232;te d'un &lt;i&gt;mini-roman d'apprentissage&lt;/i&gt; n&#233;gatif dans le second cas, o&#249; les &#233;tapes successives de l'horizon et de l'ignorance juv&#233;nile, des rencontres impromptues qui &#233;veillent et rendent lisible l'ancien signe dormant, du drame subjectif qui se traduit en engagement &#233;thico-politique, &#224; travers la multiplicit&#233; des sc&#232;nes, aboutissent &#224; la maxime du sujet structur&#233; qui, &#171; depuis lors &#187;, n'a jamais l&#226;ch&#233; prise &#171; &#224; ce point de contention &#187;. Un sujet divis&#233;, litt&#233;ralement &#171; d&#233;fectueux &#187;, car c'est pr&#233;cis&#233;ment en tant que d&#233;faillant qu'il peut se tenir &#224; la propre hauteur de sa situation historique, qui n'est que la distribution structur&#233;e de ses propres lacunes. Et la multitude &#171; pittoresque &#187; des aventures de jeunesse et des exp&#233;riences d'apprentissage, ne font en r&#233;alit&#233; que r&#233;affirmer l'in&#233;branlable retour &#224; l'imp&#233;ratif politique : &lt;i&gt;&#233;crire contre le mensonge&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire est si peu ax&#233;e sur les &#233;v&#233;nements v&#233;cus qu'elle fr&#244;le l'all&#233;gorie. Ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, le r&#233;cit est autant v&#233;cu qu'il est n&#233;cessaire pour ne pas tomber dans la simple fiction all&#233;gorique, o&#249; le poids &#233;thique de la question ne fait que s'estomper. Peut-on faire all&#233;gorie avec les camps, avec le gouffre sans fond du g&#233;nocide ? L'all&#233;gorie n'est pas sans danger face &#224; l'&#233;preuve du d&#233;sastre ; le kitsch n'est jamais loin, voire m&#234;me la naus&#233;e, quand l'arme de l'all&#233;gorie se r&#233;v&#232;le n'&#234;tre souvent qu'une ruse de quelque ruffian qui, d'une mani&#232;re ou d'une autre, utilise la catastrophe comme pr&#233;texte &#8211; toujours pour faire de l'argent, au final, m&#234;me quand cet argent est spirituel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au-del&#224; du cas fameux du &#171; travelling de Kapo &#187;, film de G. Pontecorvo (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis &#233;galement frapp&#233; par le sc&#233;nario spontan&#233;ment psychanalytique des deux sc&#232;nes, de la part d'un auteur dont la &#171; r&#233;sistance &#187; acerbe et m&#233;fiante &#224; l'&#233;gard de la psychanalyse m'est bien connue. Mais &#171; L'Inoubliable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ainsi que j'avais intitul&#233; l'&#171; Introduction &#187; d'Un peuple debout dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ne pr&#233;sente-t-il pas la structure typique du ph&#233;nom&#232;ne de l'&lt;i&gt;apr&#232;s-coup&lt;/i&gt; de l'inconscient, une d&#233;couverte qui a une fois pour toutes bris&#233; la lin&#233;arit&#233; temporelle du sujet en psychanalyse ? La sc&#232;ne v&#233;cue (mais rest&#233;e non-v&#233;cue) et en partie refoul&#233;e sous la pression de &#171; l'ordre spartiate du jour &#187;, suivie de la rencontre (accidentelle ? &#8211; mais qu'est-ce donc qui a conduit le jeune &#233;tudiant vers le trotskisme et les publications militantes ?) avec une parole de savoir qui r&#233;veille le souvenir (&#171; retour du refoul&#233; &#187;, dans le fran&#231;ais standard de la psychanalyse), en le remplissant de sens : un &lt;i&gt;r&#233;veil&lt;/i&gt; traumatique qui laisse des traces ind&#233;l&#233;biles sur le sujet et devient la source de la loi. Et &#231;a ne manque, qui plus est, ni de ruines, qui ne sont pas romaines, ni d'endormissement profanateur devant le &lt;i&gt;monument&lt;/i&gt; cin&#233;matographique (la &lt;i&gt;Gradiva&lt;/i&gt; de Freud et la V&#233;nus de Masoch, sans oublier le drap de toutes les projections nocturnes&#8230;), le tout baignant dans une atmosph&#232;re &#233;rotique &#224; la lisi&#232;re de l'interdit (&#171; la ligne de d&#233;marcation &#187; avec le Liban).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, le second texte (qui est le premier chronologiquement) met en sc&#232;ne une castration typique, o&#249; le sujet est, d&#232;s le d&#233;part, radicalement s&#233;par&#233; de l'Objet de son (non)savoir (&#171; le mur isolant de verre blind&#233; &#187;), un Objet exil&#233; dans un autre lieu, sur un autre plan que l'exp&#233;rience, et qui demeure &#224; jamais l'Ant&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retard, que Sartre consid&#233;rait comme une structure fondamentale de la conscience, appara&#238;t ainsi comme un &#233;l&#233;ment constitutif de la conscience de la r&#233;alit&#233; du d&#233;sastre, tout en dictant l'urgence d'une vigilance intense &#224; chaque instant. Pr&#233;cis&#233;ment parce que nous risquons toujours d'&#234;tre en retard, d&#233;sax&#233;s par rapport au temps de la catastrophe (mais cette cassure est bien plus radicale chez celui ou celle qui la subit), la plume doit &#234;tre hardiment, et sans compromis, tremp&#233;e sans cesse dans l'encre br&#251;lante de l'actualit&#233;, l&#224; o&#249; l'Aujourd'hui rencontre l'intemporalit&#233; de l'imp&#233;ratif. Ce m&#233;lange d'&#233;poques, de lieux, de sc&#232;nes et de messages, ces cycles de sommeil, d'&#233;veil et de veille, o&#249; un bras tatou&#233; &#224; jamais dans les camps efface aveugl&#233;ment le souvenir de ses semblables en ruines, o&#249; le monde est sens dessus dessous et o&#249;, seulement alors, il devient v&#233;ritablement cr&#233;dible, o&#249; le philosophe, parti &#224; la recherche de camps totalitaires, d'Auschwitz &#224; Spa&#231; et Magadan, &#233;tait en r&#233;alit&#233; hant&#233; par le pr&#233;sent de Banja Luka et se retrouve plong&#233; dans l'enfer de Gaza, cette logique de l'anachronisme est sans doute la logique m&#234;me du conna&#238;tre, comme &#233;veil &#224; la connaissance. A la connaissance de ce qui &lt;i&gt;br&#251;le&lt;/i&gt;. Car, apr&#232;s tout, pour combien de centaines de milliers, voire de millions de personnes, d&#232;s les premiers jours de l'op&#233;ration isra&#233;lienne &#224; Gaza, la premi&#232;re image qui leur est in&#233;vitablement venue &#224; l'esprit, qu'ils l'aient voulu ou non, n'a-t-elle &#233;t&#233; celle du ghetto de Varsovie ? Le po&#232;me de Czes&#322;aw Mi&#322;osz, &lt;i&gt;Campo dei Fiori&lt;/i&gt;, &#233;crit en 1943 &#224; Varsovie, premier montage anachronique m&#234;lant l'immolation de Giordano Bruno &#224; Rome aux flammes du ghetto, deux fum&#233;es qui se l&#232;vent dans la m&#234;me indiff&#233;rence des passants, s'est mis souvent, depuis, &#224; parcourir le monde. L'esprit d&#233;sempar&#233; r&#233;alise alors qu'on peut bien (ou mal) &#234;tre &#224; la fois victime et bourreau, que le d&#233;sastre d'hier n'exon&#232;re pas de la culpabilit&#233; d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, en Isra&#235;l, la dystopie &#233;quivalant au carrousel du po&#232;me, qui s'&#233;l&#232;ve avec les jupes des filles endimanch&#233;es au-dessus du mur du ghetto, se nomme Sderot, une colline aux portes de l'enfer, o&#249; des Isra&#233;liens d&#233;s&#339;uvr&#233;s viennent fl&#226;ner entre amis ou en famille, pique-niquer ou simplement passer le temps, une canette &#224; la main ou quelques brochettes, et contempler la mort des Gazaouis. Les autorit&#233;s locales ont m&#234;me mis des jumelles panoramiques &#224; la disposition du public ! La photo embl&#233;matique du gar&#231;on aux mains lev&#233;es dans le ghetto de Varsovie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour l'image iconique de l'enfant du ghetto ex mains lev&#233;es, voir d&#233;sormais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (prise par un SS, ne l'oublions pas) r&#233;sonne aujourd'hui avec la voix d'Hind Rajab, la fillette de 5 ans &#224; Gaza, enregistr&#233;e pendant de longues minutes au t&#233;l&#233;phone par le centre d'appel de la Croix-Rouge, apr&#232;s le massacre de toute sa famille et alors qu'elle attendait d'&#234;tre &#233;cras&#233;e par un char isra&#233;lien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; est anachronique, comme l'&#226;me, et elle prend souvent la forme du vertige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, le Premier ministre albanais, apr&#232;s avoir accept&#233; &#171; avec plaisir et fiert&#233; &#187; de si&#233;ger &#224; l'inf&#226;me Conseil de la Paix mis sur pied par Donald Trump, &#233;tait en visite officielle en Isra&#235;l pour plusieurs jours, visite qui co&#239;ncidait &#233;galement avec le 27 janvier, Journ&#233;e internationale de comm&#233;moration des victimes de la Shoah. Juste apr&#232;s lui, Isra&#235;l r&#233;servait ses honneurs &#224; Milorad Dodik, l'ami de Viktor Orban et dirigeant de la Republika Srpska, n&#233;e il y a exactement 30 ans du g&#233;nocide serbe en Bosnie. Vous avez dit anachronique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Orgest Azizaj&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Brossat, &lt;i&gt;Un peuple debout. Les Palestiniens en lutte contre la colonisation isra&#233;lienne&lt;/i&gt;, &#171; Introduction &#187;, L'Harmatan, 2025, p. 7-11.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais lyc&#233;en, en classe de seconde, dans une ville moyenne de province de l'Est de la France. Pendant l'&#233;t&#233;, je fus embarqu&#233; dans une aventure inesp&#233;r&#233;e : aller travailler b&#233;n&#233;volement aux champs dans un kibboutz pendant plusieurs semaines avec des copains de lyc&#233;e et d'autres jeunes Fran&#231;ais. Le kibboutz s'appelait Bar-Am, situ&#233; en Galil&#233;e, &#224; la fronti&#232;re avec le Liban. La situation y &#233;tait alors on ne peut plus calme, un unique soldat veillait, dans mon souvenir, l'arme &#224; la bretelle, sur la ligne de d&#233;marcation entre les deux pays et nous allions y fl&#226;ner au clair de lune avec nos amoureuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous travaillions dur &#224; la cueillette des pommes et des p&#234;ches (les p&#234;ches pr&#233;sentant l'inconv&#233;nient majeur d'&#234;tre recouvertes d'un duvet qui, se collant &#224; la peau en transpiration, provoquent de p&#233;nibles d&#233;mangeaisons), mangions au r&#233;fectoire avec les habitants du kibboutz, une nourriture saine et frugale compos&#233;e pour l'essentiel de l&#233;gumes frais, de laitages et de fruits. Sur l'&#233;chiquier politique isra&#233;lien de l'&#233;poque, le kibboutz &#233;tait &#233;tiquet&#233; &#224; gauche &#8211; Mapam, l'aile gauche du mouvement travailliste. Une proportion non n&#233;gligeable des kibboutzniks venaient de France et s'exprimaient avec l'accent de leur r&#233;gion d'origine &#8211; j'ai gard&#233; le souvenir d'un certain Gad (son pr&#233;nom d'adoption h&#233;breu) qui, comme moi, venait de la r&#233;gion lyonnaise. Plusieurs d'entre eux portaient des matricules, rescap&#233;s des camps d'extermination &#8211; des hommes et des femmes jeunes encore, et qui avaient donc d&#251; &#234;tre d&#233;port&#233;s &#224; peine adolescents. Je me rappelle aussi Avram (le nom, pas le visage) qui s'occupait de nous et qui avait grandi en France. Nous dormions sous des marabouts, des tentes militaires, sur des lits de camp et faisions notre toilette dans des douches assez sommaires. C'&#233;tait spartiate, mais nous &#233;tions dans la fleur de l'&#226;ge et, dans l'ensemble, c'&#233;tait la belle vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du s&#233;jour, le kibboutz nous a offert une tourn&#233;e en camion &#224; travers tout Isra&#235;l, jusqu'au Negev en passant par J&#233;rusalem &#8211; la ville &#233;tait encore partag&#233;e entre Isra&#235;l et la Jordanie et je me rappelle mon &#233;motion &#224; avoir d&#233;couvert, d'une hauteur, la partie orientale de la ville, de l'autre c&#244;t&#233; de la ligne de s&#233;paration, toute illumin&#233;e. C'&#233;tait la nuit, le ciel &#233;tait constell&#233; d'&#233;toiles, nous &#233;tions loin de tout, loin de nos &#233;tudes et de nos familles, de notre petite ville engonc&#233;e dans ses routines, et tout cela avait un parfum de d&#233;paysement total et de libert&#233; sans bornes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, apr&#232;s le boulot, en fin d'apr&#232;s-midi, nous sommes partis en petite bande pour une exploration, en rase campagne, au-del&#224; des vergers. Au d&#233;tour d'un chemin mal trac&#233;, nous sommes tomb&#233;s sur des ruines. Nous y avons tra&#238;n&#233; un peu, puis, n'y trouvant rien d'extraordinaire, sommes retourn&#233;s au kibboutz o&#249; je me rappelle avoir demand&#233; (je crois bien que c'&#233;tait &#224; ce m&#234;me Avram) ce qu'&#233;tait ce site. &#171; Des ruines anciennes, romaines &#187;, me r&#233;pondit celui-ci un peu &#233;vasivement. Je ne saurais plus dire si, sur le moment, nous avons tiqu&#233; ou pas (pas besoin de se destiner &#224; l'arch&#233;ologie pour remarquer que ces ruines envahies par les ronces et les arbres ne faisaient &lt;i&gt;pas tr&#232;s romain&lt;/i&gt;), mais ce qui est s&#251;r, c'est que nous nous sommes alors content&#233;s de cette explication et sommes pass&#233;s &#224; l'ordre du jour &#8211; nos journ&#233;es et nos soir&#233;es &#233;taient fort occup&#233;es. D&#233;j&#224; passionn&#233; de cin&#233;ma, je n'ai pas oubli&#233; cette s&#233;ance m&#233;morable &#224; l'occasion de laquelle je m'endormis, recru de fatigue, devant &lt;i&gt;Les sept samoura&#239;s&lt;/i&gt;, projet&#233; en plein air et sur un drap blanc &#8211; en version originale sous-titr&#233;e en h&#233;breu...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; notre retour, nous avons r&#233;dig&#233;, &#224; l'intention de l'organisme parascolaire qui avait patronn&#233; notre exp&#233;dition, un rapport enthousiaste dont j'ai retrouv&#233; r&#233;cemment un double sur papier pelure rose, &#224; l'occasion d'un &#233;ni&#232;me d&#233;m&#233;nagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ann&#233;es plus tard, &#233;tudiant en philosophie &#224; l'universit&#233; de Nanterre en &#233;bullition (1969 ?/1970 ?), militant trotskyste en herbe et graphomane pr&#233;coce, j'avais &#233;t&#233; introduit aupr&#232;s des &#201;ditions Fran&#231;ois Maspero. On cherchait, pour un num&#233;ro de Partisans consacr&#233; &#224; la Palestine en cours de pr&#233;paration, des traducteurs et l'on voulut bien me confier celle d'un article d'un historien &#233;tats-unien engag&#233;, Hal Draper, consacr&#233; &#224; la guerre d'ind&#233;pendance de 1948. Le parti adopt&#233; par Draper &#233;tait de ne s'appuyer que sur des sources sionistes pour &#233;tayer sa d&#233;monstration, destin&#233;e &#224; mettre en &#233;vidence les violences et spoliations subies alors par les Palestiniens &#8211; on ne parlait pas encore de la Nakba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est au d&#233;tour de cette laborieuse traduction (mon anglais &#233;tant alors tout &#224; fait scolaire) que la sc&#232;ne pass&#233;e et un peu oubli&#233;e des &#171; ruines romaines &#187; me revint en boomerang : dans un paragraphe de son article, Draper revenait de fa&#231;on circonstanci&#233;e sur la destruction par la Haganah du village arabe de Bir-Am, &#224; proximit&#233; duquel fut ensuite, pr&#233;cisait-il, &#233;tabli le kibboutz de Bar-Am.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite madeleine avait un go&#251;t de sang. Je n'irai pas pr&#233;tendre que cette d&#233;couverte m'a &#171; traumatis&#233; &#187;, boulevers&#233;, je dirai plus sobrement, &#233;tant devenu philosophe tant par inclination que par profession, donc forc&#233;ment spinoziste &#171; quelque part &#187;, qu'elle m'a &lt;i&gt;instruit&lt;/i&gt;. Ma passion, c'est de comprendre, plut&#244;t que pousser des cris d'orfraie et entrer en transe lorsque j'encaisse un coup un peu fort, comme celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis demeur&#233; durant toute ma vie ult&#233;rieure, fid&#232;le &#224; cette d&#233;couverte et &#224; ce qu'elle m'a enseign&#233; sur le pacte d'airain entre le sionisme, dans le processus m&#234;me de sa r&#233;alisation, de son devenir-&#201;tat, et le mensonge, la mauvaise foi. Ici, le mensonge, &#233;nonc&#233; sur un ton badin et dilatoire, prend une tournure terrible, insupportable : c'est qu'il l'est par un survivant des exterminations nazies, un brave type qui s'active dans des conditions qui &#233;taient encore, &#224; l'&#233;poque, plut&#244;t pionni&#232;res, au service d'une petite communaut&#233; progressiste et hospitali&#232;re &#8211; la preuve, cette bande de gamins goy que nous &#233;tions et qui y avait &#233;t&#233; accueillie et bien trait&#233;e &#8211; en &#233;change de son travail, certes, mais &#224; la r&#233;guli&#232;re. Ce n'est donc pas &#224; Avram que j'en ai voulu de m'avoir men&#233; en bateau mais bien &#224; ce qui l'a plac&#233; en condition de le faire, de se faire l'agent du colportage du mensonge fondateur et existentiel sur lequel repose tout entier l'&#201;tat d'Isra&#235;l. C'est bien cela, l'&lt;i&gt;irr&#233;parable&lt;/i&gt; &#8211; ce qui a, dans ces circonstances, transform&#233; le porteur du matricule que je vois encore tatou&#233; sur son avant-bras, en sherpa du mensonge historique, d'un mensonge qui, aujourd'hui m&#234;me, n'en finit pas d'ensanglanter la Palestine, &#224; Gaza, en Cisjordanie tout particuli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais cess&#233; d'&#233;crire, lorsque j'aborde les questions se rapportant, de pr&#232;s ou de loin, &#224; ce point de contention, &lt;i&gt;contre ce mensonge&lt;/i&gt;, dans sa version &#233;tatique devenue de plus en plus enrag&#233;e au fil du temps, en tout premier lieu. C'est bien contre le sionisme qu'il nous a fallu, Sylvia Klingberg et moi-m&#234;me, &#233;crire &lt;i&gt;Le Yiddishland r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;, ce tombeau pour la cohorte spectrale des militants juifs r&#233;volutionnaires de toutes ob&#233;diences qui se sont activ&#233;s sans fin dans tous les combats pour l'&#233;mancipation du XXe si&#232;cle. C'est &lt;i&gt;contre ce mensonge&lt;/i&gt; que j'ai &#233;crit L'&#233;preuve du d&#233;sastre (1996), ce qui m'a valu, entre autres, une attaque venimeuse t&#233;l&#233;guid&#233;e par Claude Lanzmann, dans Les Temps Modernes &#8211; la mine antipersonnelle de l'&#171; antis&#233;mitisme &#187; d&#233;j&#224;. C'est contre le sionisme que j'ai traduit des extraits de LTI de Victor Klemperer, et &#224; l'unisson avec son auteur qui, d&#232;s les ann&#233;es 1930, manifestait une clairvoyance sans faille quant &#224; l'avenir de cette funeste illusion-l&#224;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extraits publi&#233;s, comble d'ironie, dans... Les Temps modernes.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que j'ai milit&#233; pour la traduction en fran&#231;ais de cet ouvrage capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Albin Michel, 1996, traduit de l'allemand par Elisabeth Guillot. J'ai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est tout aussi bien contre ce mensonge que j'ai eu le plaisir de r&#233;diger il y a peu une pr&#233;face &#224; la r&#233;&#233;dition de l'essai autobiographique de mon regrett&#233; ami Maurice Rajsfus, &lt;i&gt;Quand j'&#233;tais juif&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions du D&#233;tour, 2023.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en oublie assur&#233;ment, et d'aussi d&#233;termin&#233;s, tant je suis demeur&#233; constant sur ce motif &#8211; dans toutes les constructions &#233;tatiques malheureuses dont le XXe si&#232;cle n'a pas &#233;t&#233; avare, parmi tous les m&#233;faits des nationalismes tardifs et autres fantasmagories ethnocratiques, l'&#201;tat d'Isra&#235;l occupe une place de premier plan. Nous en voyons aujourd'hui, une nouvelle fois, le r&#233;sultat. Comme le soulignait Hannah Arendt, &#224; propos des &lt;i&gt;Pentagon Papers&lt;/i&gt; de peu glorieuse m&#233;moire (pour l'administration &#233;tats-unienne), le mensonge, c'est ce qui conduit &#224; la violence grim&#233;e en raison d'&#201;tat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hannah Arendt, Du mensonge &#224; la violence, Points-Seuil, 1972.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Isra&#235;l est devenu, au fil du temps, le foyer d'une violence aveugle et destructrice, une fabrique d'attrition et de &#171; chaos organis&#233; &#187; qui maintient sans fin le peuple palestinien dans la condition d'une population r&#233;siduelle et menace perp&#233;tuellement de mettre le Proche-Orient &#224; feu et &#224; sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes qui suivent, &#233;crits &#224; chaud, pour la plupart, apr&#232;s l'&#233;v&#233;nement du 7 octobre 2023 sont &#224; la fois analytiques et engag&#233;s. Le parti qu'ils adoptent est ouvertement d&#233;clar&#233;. Depuis le 7 octobre, le lointain est devenu le proche, l'ailleurs est ici. La raison pour laquelle la &lt;i&gt;police de la pens&#233;e&lt;/i&gt; s&#233;vit en France avec une vigueur sans pr&#233;c&#233;dent contre ceux et celles qui, sur la question d'Isra&#235;l/Palestine, ne pensent et ne parlent pas dans les clous. Mais, depuis le temps, nous avons appris &#224; regarder le mensonge dans les yeux et &#224; poursuivre notre chemin, &#224; continuer de parler et d'argumenter, sans succomber &#224; l'intimidation. Pour ce qui me concerne, j'ai pass&#233; l'&#226;ge, au diable la censure, donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Brossat, &lt;i&gt;L'&#233;preuve du d&#233;sastre. Le XXe si&#232;cle et les camps&lt;/i&gt;, &#171; Avant-propos &#187;, Albin Michel, 2021, p. 11-15.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une g&#233;n&#233;ration &#224; peine s&#233;pare les t&#233;moins cl&#233;s de l'univers concentrationnaire et des &#233;preuves totalitaires (David Rousset, Robert Antelme, Jean Am&#233;ry, Primo Levi, Jean Cayrol ou encore Alexandre Soljenitsyne et tant d'autres...) de celui qui s'installe ici dans la fonction de l'auteur, n&#233; au lendemain de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Une g&#233;n&#233;ration, mais quel gouffre ! D'un c&#244;t&#233; ces exis-tences irr&#233;parablement violent&#233;es &#8211; &#224; vingt ans &#8211; par le camp, la torture, la famine, le travail d'esclave, les marches de la mort &#8211; l'&#233;preuve du &lt;i&gt;d&#233;sastre&lt;/i&gt;. De l'autre ces t&#233;moins, vieillissants, d&#233;j&#224;, de la plus longue paix &lt;i&gt;r&#233;gionale&lt;/i&gt; (relative, certes...) qu'ait connue l'Europe depuis le d&#233;but du si&#232;cle : un demi-si&#232;cle sans violence arm&#233;e, sans tyrannie, sans famine ni restrictions &#8211; cinq d&#233;cen-nies d'immunit&#233; d&#233;mocratique, sans catastrophes ni effondrements...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contraste &#171; existentiel &#187; opposant les exp&#233;riences g&#233;n&#233;rationnel &#8211; les se d&#233;ploie ici jusqu'&#224; la caricature : Jean Am&#233;ry d&#233;crit avec force l'&#233;preuve de celui qui, &#224; peine sorti de l'adolescence, subit la torture et voit s'y perdre &#224; tout jamais sa &#171; confiance dans le monde &#187; : ce ne sont pas seulement ses articulations qui sortent rompues de ce supplice, c'est son rapport aux autres qui s'en trouve &#224; jamais meurtri, voire mutil&#233; ; de m&#234;me Robert Antelme, revenu d'entre les morts de la &lt;i&gt;Todes-marsch&lt;/i&gt;, mais interminablement ent&#233;n&#233;br&#233; et emp&#234;ch&#233; de vivre... Ceux de ma g&#233;n&#233;ration (et ce sera le seul &#171; je &#187; de ce dont le sujet prohibe l'affectation des &#233;tats d'&#226;me) ont fort bien pu traverser ce demi-si&#232;cle sans subir de violence directe plus redoutable qu'une paire de gifles paternelle, voire les effets d'une charge polici&#232;re dans une manifestation de la fin des ann&#233;es 1960. Notre corps, constamment prot&#233;g&#233; par le ti&#232;de liquide amniotique du bain d&#233;mocratique, n'a souvent connu d'agressions, de blessures et de souffrance que celles de maladies b&#233;nignes, d'accidents convena-blement soign&#233;s, de fringales vite apais&#233;es. Nous n'avons pas &#224; craindre, comme les d&#233;tenus des camps, que l'on nous vole jusqu'&#224; l'instant de notre mort ; nous redoutons, simplement, ces mala-dies incurables prometteuses d'agonies lourdes et douloureuses qui frappent autour de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition radicale entre le temps naufrag&#233; des &lt;i&gt;&#233;preuves&lt;/i&gt; concentrationnaires (une &#171; fin du monde &#187; singuli&#232;re et collective en somme) et la dur&#233;e r&#233;gl&#233;e de notre &lt;i&gt;exp&#233;rience&lt;/i&gt; de la vie res-taur&#233;e d'apr&#232;s la catastrophe s'illustre ainsi &#224; l'infini, dans un foisonnement de signes antith&#233;tiques. Notre g&#233;n&#233;ration n'a rigoureusement rien &#233;prouv&#233; (&#171; v&#233;cu &#187;) directement de la guerre ; nos sens, nos nerfs ne savent ni les sons ni les odeurs d'un bombardement a&#233;rien ou d'un combat de rue, ni l'atmosph&#232;re d'un couvre-feu, ni l'ambiance d'une queue pour le pain, entre deux alertes. Elle n'a pas eu sous les yeux, sans l'entremise d'un &#233;cran, les empilements de morts d&#233;charn&#233;s des camps, mais, tout autant, elle ignore le corps au coin de la rue, h&#226;tivement recouvert d'un journal &#8211; spec-tacle si familier de tant de &#171; paysages &#187; de guerre civile. Elle ne conna&#238;t gu&#232;re les cadavres qu'au cin&#233;ma et &#224; la t&#233;l&#233;vision. Non seulement, lui fut &#233;pargn&#233; le martyre des &#171; appels &#187; sans fin dans les camps, dans le froid glacial, sous le soleil br&#251;lant, mais elle sut &#233;chapper, bien souvent, aux inconv&#233;nients d'un rassemblement dans une cour de caserne : trop jeunes pour la guerre d'Alg&#233;rie, trop agit&#233;s pour le service militaire dans les ann&#233;es 1970. &#201;vacuer un bless&#233;, enterrer un mort, identifier l'explosion d'une grenade ou un tir d'obus, tirer en rafales &#224; l'arme automatique pour se d&#233;gager, enregistrer le bruit &#233;c&#339;urant d'un nerf de b&#339;uf abattu sur un cr&#226;ne, autant de gestes ou de situations qui, pour les v&#233;t&#233;rans de la paix que nous sommes, passent par l'entremise de la &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; &#8211; la lecture, les images, une conversation avec un ancien combattant ou un d&#233;-port&#233;. Y eut-il jamais g&#233;n&#233;ration, &lt;i&gt;dans l'histoire du monde&lt;/i&gt;, qui se trouva aussi constamment et rigoureusement pr&#233;serv&#233;e des formes de violence extr&#234;me, des agressions directes, des &#233;preuves guerri&#232;res, de la douleur, de la privation et du d&#233;sastre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout, &#224; ce titre, s&#233;pare irr&#233;m&#233;diablement notre constitution existentielle, notre subjectivit&#233; d&#233;mocratique de l'identit&#233; naufrag&#233;e de ceux de la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente qui se sont trouv&#233;s plon-g&#233;s au c&#339;ur des t&#233;n&#232;bres totalitaires et concentrationnaires. Nous connaissons - comme ils con-naissent &#8211; cette paroi de verre blind&#233; qui rend leur malheur intime inaccessible &#224; nos efforts de compr&#233;hension comme &#224; notre sollicitude et, inversement, qui les emp&#234;che absolument de parta-ger notre spontan&#233;e &#171; confiance dans le monde &#187;. Mais en m&#234;me temps, et sur un mode para-doxal, les camps, les paroxysmes totalitaires et tour le cort&#232;ge des formes de violence que l'on nomme aujourd'hui &#171; extr&#234;me &#187; nous sont d'une familiarit&#233; absolue, ils sont pour nous une omnipr&#233;sence souvent obs&#233;dante, lancinante. Avec nos corps immunis&#233;s, notre vie quotidienne s&#233;curis&#233;e et comme s&#233;par&#233;e des &#171; horreurs du monde &#187; par un dispositif de protections et d'isolants sans d&#233;faillance, nous pratiquons n&#233;anmoins, sans rel&#226;che, intellectuellement, &#233;motion-nellement, la modalit&#233; extr&#234;me de notre histoire et notre temps. L'exp&#233;rience de !'Extr&#234;me est pour nous un &#171; si pr&#232;s, si loin &#187;, elle consiste pour nous dans une singuli&#232;re et constante intimit&#233; avec ce qui, dans l'exp&#233;rience directe, nous demeure rigoureusement &#233;tranger. Cela est vrai tout au-tant de notre rapport aux exterminations totalitaires du pass&#233; que de notre pr&#233;sence paradoxale aux horreurs et aux d&#233;sastres du pr&#233;sent dont l'&#233;preuve nous demeure &#233;pargn&#233;e. Nous &#171; vivons &#187; plus ou moins intens&#233;ment, dans le souci, l'affliction, la col&#232;re, la perplexit&#233;, la hantise ou l'obsession m&#233;morielle ce dont la constitution catastrophique et criminelle dessine, par contraste, la rare et pr&#233;-cieuse singularit&#233; de notre &#234;tre&#173;en-paix. Nous partageons, mais sur un mode essentiellement ambi-gu, ce qui nous obs&#232;de ou nous d&#233;fait &#8211; mais qui se d&#233;finit &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt;, en sa qualit&#233; de pass&#233; des autres ou de spectacle du malheur d'ailleurs, &lt;i&gt;comme ce qui nous est heureusement &#233;pargn&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus : nous subissons aujourd'hui l'injonction toujours plus pressante d'assumer notre charge de &lt;i&gt;passeurs&lt;/i&gt; des &#233;preuves totalitaires et des d&#233;sastres extr&#234;mes du pass&#233;, &#224; l'approche d'un tournant de si&#232;cle (de mill&#233;naire) o&#249; les rangs des rescap&#233;s, des acteurs et des t&#233;moins s'&#233;claircissent. Garantir l'ininterruption du r&#233;cit d'Auschwitz, de la Kolyma, du massacre des Arm&#233;niens, de la vitri-fication d'Hiroshima, telle est la responsabilit&#233; qui incombe d&#233;sormais pour l'essentiel &#224; ceux dont les nerfs demeureraient souvent fort &#233;branl&#233;s s'ils se trouvaient d'aventure directement engag&#233;s dans une rixe ou une &#233;chauffour&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapport tr&#232;s particulier aux catastrophes historiques du pr&#233;sent et du pass&#233; r&#233;cent p&#232;se fortement sur nos capacit&#233;s d'intellection et de compr&#233;hension de la modalit&#233; extr&#234;me ou d&#233;sastreuse de notre histoire &#8211; du mode catastrophique de la modernit&#233;. Dans une large mesure, m&#234;me, cette exp&#233;-rience paradoxale d&#233;coupe le champ de la connaissance et l'entendement possibles de ces formes. Le si&#232;ge cons&#173; tant et rigoureux &#233;tabli par le souvenir des &#233;v&#233;nements catastrophiques du pass&#233; et la pr&#233;-sence de la catastrophe autour de notre microcosme pacifi&#233; constituent l'incontournable injonction &#224; nous approprier cette modalit&#233; d&#233;sastreuse et &#224; l'int&#233;grer &#224; notre subjectivit&#233; historique, &lt;i&gt;en d&#233;pit et au rebours des &#233;vidences produites par notre exp&#233;rience directe du monde&lt;/i&gt;. Se forme en nous une sorte d'&lt;i&gt;exp&#233;rience seconde&lt;/i&gt; de la catastrophe et de l'Extr&#234;me : une connaissance intime, imp&#233;rieusement requise par l'actualit&#233; lancinante du d&#233;sastre, mais fragile. Cette exp&#233;rience indirecte est ent&#233;e sur le porte-&#224;-faux de notre pr&#233;sence-absence &#224; Auschwitz, &#224; l'accomplissement concentrationnaire et ex-terminationniste de l'esp&#233;rance communiste, &#224; la continuit&#233; des massacres coloniaux, etc. Nous sommes requis, somm&#233;s, &#171; mobilis&#233;s &#187; pour &#233;tablir une connaissance ordonn&#233;e de l'&#233;l&#233;ment catas-trophique de notre histoire, pour ne pas abandonner le pass&#233; naufrag&#233; &#224; la pure obsession m&#233;morielle (rituelle et comm&#233;morative), pour aller au-del&#224; de la prostration face &#224; des scandales du pr&#233;sent comme le g&#233;nocide rwandais ou l'occupation-extermination indon&#233;sienne au Timor oriental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps, nous nous savons rigoureusement astreints &#224; une sorte de r&#232;gle kan-tienne durcie : les d&#233;sastres n'&#233;chappent pas seulement &#224; nos capacit&#233;s cognitives quant &#224; leur &#171; es-sence &#187;, mais ils se constituent activement et r&#233;troactivement comme &#171; &#233;nigmes &#187;, &#171; myst&#232;res &#187;. L'&#233;cart b&#233;ant entre la sommation sans cesse r&#233;activ&#233;e de vouer nos &#233;nergies cognitives et militantes aux d&#233;sastres pr&#233;sents&#173; pass&#233;s et les emp&#234;chements form&#233;s par notre constitutive &lt;i&gt;tranquillit&#233;&lt;/i&gt;, cet &#233;cart est le lieu m&#234;me o&#249; prend racine la fragilit&#233; sp&#233;cifique des &#233;nonc&#233;s et des discours sur la catas-trophe et sur l'Extr&#234;me. La sp&#233;cificit&#233; de la catastrophe (de l'exposition aux formes de violence ex-tr&#234;me) est qu'elle ne peut &#234;tre v&#233;cue et subjectivis&#233;e comme exp&#233;rience, mais seulement endur&#233;e comme &#233;preuve et destruction. C'est en ce sens que s'&#233;tablit une situation particuli&#232;re d'incommunication entre ceux qui ont &lt;i&gt;souffert&lt;/i&gt; (davantage que &#171; connu &#187;) ces &#233;preuves et tous les autres. C'est en ce sens, identiquement, que la &lt;i&gt;connaissance&lt;/i&gt; de la catastrophe et de !'Extr&#234;me est entrav&#233;e aussi bien du c&#244;t&#233; des victimes imm&#233;diates que du c&#244;t&#233; de ceux qui n'y ont pas &#233;t&#233; directe-ment expos&#233;s : les premi&#232;res n'&#233;chappent pas &#224; la souffrance infinie (sans fin et sans fond) qui s'attache &#224; l'&#233;preuve et se dresse comme un obstacle insurmontable devant la connaissance positive, les seconds demeureront toujours, quelle que soit leur volont&#233; de savoir, &#171; en dehors &#187; de la catas-trophe inconcevable et irrepr&#233;sentable comme &#233;l&#233;ment d'un &#171; v&#233;cu &#187;, inint&#233;grable &#224; la constitution subjective d'un non-rescap&#233;. Telle est la substance inalt&#233;rable du diff&#233;rend qui oppose &lt;i&gt;la douleur interminable&lt;/i&gt; du rescap&#233; &#224; la repr&#233;sentation de l'Extr&#234;me forg&#233;e par le &lt;i&gt;Nachgeborener&lt;/i&gt; (&#171; n&#233; apr&#232;s &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence &#224; l'&#171; objet &#187; (au camp, au massacre, au supplice&lt;/i&gt; prend ici une autre tournure que celle qui, habituellement, constitue le lot de l'historien dont le r&#233;cit du pass&#233; ne recoupe pas l'exp&#233;rience personnelle : le d&#233;ficit de connaissance intime et synth&#233;tique du moment (du lieu, du temps...) qui est son destin courant &#8211; son absence &#224; Austerlitz ou &#224; l'agonie d'un marchand du XVI' si&#232;cle &#8211; est d'une autre esp&#232;ce que ce qui nous s&#233;pare radicalement de ceux qui ont v&#233;cu une s&#233;lection dans un camp nazi, ont &#233;t&#233; tortur&#233;s &#224; l'&#233;lectricit&#233;, ont vu la population de leur village massacr&#233;e par les SS ou par les purificateurs ethniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discours sur la catastrophe et sur l'Extr&#234;me se forment donc aujourd'hui dans une topo-graphie mentale o&#249; sont accumul&#233;s les obstacles &#224; leur objectivation rationnelle : une transmission non moins imp&#233;rieusement requise qu'improbable des &#233;preuves concentrationnaires et totalitaires est &#224; l'&#339;uvre &#8211; un passage de t&#233;moin tout aussi &lt;i&gt;d&#233;sesp&#233;r&#233;&lt;/i&gt; entre rescap&#233;s et clercs essentiellement d&#233;finis par leur condition de &#171; n&#233;s apr&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte, &#233;crit d'abord en albanais pour marquer la date du 27 janvier, fut publi&#233; &#224; cette date sur le site Peizazhe t&#235; Fjal&#235;s (&lt;a href=&#034;https://peizazhe.com/2026/01/27/shtresime-kohore-te-gjenocidit/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://peizazhe.com/2026/01/27/shtresime-kohore-te-gjenocidit/&lt;/a&gt;), accompagn&#233; de la traduction albanaise des deux textes d'Alain Brossat mentionn&#233;s &#224; la suite, dont il sert aussi de pr&#233;sentation. Il est pens&#233; comme le premier d'une s&#233;rie de tels montages d'&#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;rog&#232;nes et de dispositifs d'anachronie, sous le th&#232;me g&#233;n&#233;ral &#171; Des nations et des camps &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Brossat, &lt;i&gt;Un peuple debout. La Palestine en lutte contre la colonisation isra&#233;lienne&lt;/i&gt;, &#171; Quelle dr&#244;le d'&#233;poque ! &#187;, L'Harmattan, 2024. La plupart de ces textes ont d'abord &#233;t&#233; publi&#233;s sur ce m&#234;me site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi, en ces jours de d&#233;but d'ann&#233;e, la sc&#232;ne publique et m&#233;diatique albanaise fut encore une fois inond&#233;e par le ph&#233;nom&#232;ne Lea Ypi. Cette chercheuse en &#171; philosophie politique normative &#187; et enseignante &#224; la prestigieuse London School of Economics, apr&#232;s avoir fait carri&#232;re d'universitaire en Occident, revint une premi&#232;re fois en Albanie avec&#8230; un r&#233;cit de son enfance et sa jeunesse au moment de la chute du communisme, autotraduit de l'anglais une fois devenu un ph&#233;nom&#232;ne &#233;ditorial. Ayant ainsi d&#233;couvert ce nouveau talent, elle ne s'arr&#234;ta pas en si bon chemin et revint encore avec un autre &#171; r&#233;cit &#187;, cette fois-ci consacr&#233; &#224; sa grand-m&#232;re, une albanaise, n&#233;e &#224; Thessalonique, et issue de l'aristocratie ottomane etc. Le ph&#233;nom&#232;ne vient d'arriver au (Coll&#232;ge de) France. On attend impatiemment la suite, mais on remarque, tout en attendant, qu'aucun de ses livres &#171; th&#233;oriques &#187; n'existe en albanais. Le public n'en est certainement pas digne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au-del&#224; du cas fameux du &#171; travelling de &lt;i&gt;Kapo&lt;/i&gt; &#187;, film de G. Pontecorvo d&#233;nonc&#233; par Jacques Rivette dans un article des &lt;i&gt;Cahiers du cin&#233;ma&lt;/i&gt;, citons ces lignes sans appel de Jean Cayrol &#224; propos d'un autre auteur a priori &#171; au-dessus de tout soup&#231;on &#187; : &#171; Les camps de concentration retrouvent la faveur des lecteurs &#8212; &#231;a peut donner des week-ends palpitants mieux qu'une s&#233;rie livide ou blafarde. [...] Une bonne intrigue concentrationnaire, un bourreau-maison, quelques squelettes, une l&#233;g&#232;re fum&#233;e de Krema[toire] au-dessus de tout cela, et nous pouvons avoir le prochain best-seller qui fera fr&#233;mir l'Ancien et le Nouveau Monde. &#187; (J. Cayrol, &#171; Litt&#233;rature et t&#233;moignage &#187;, &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;, 21e ann&#233;e, no 4 (avril 1953), p. 575-576. L'&#233;crivain en question est Erich-Maria Remarque, jadis auteur d'un best-seller plan&#233;taire et pacifiste, &lt;i&gt;&#192; l'ouest rien de nouveau&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est ainsi que j'avais intitul&#233; l'&#171; Introduction &#187; d'&lt;i&gt;Un peuple debout&lt;/i&gt; dans ma traduction albanaise, le texte n'ayant pas de titre propre dans sa version originale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour l'image iconique de l'enfant du ghetto ex mains lev&#233;es, voir d&#233;sormais l'&#233;tude indispensable de Fr&#233;d&#233;ric Rousseau, &lt;i&gt;L'enfant juif de Varsovie. Histoire d'une photographie&lt;/i&gt;, Seuil, &#171; L'Univers historique &#187;, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extraits publi&#233;s, comble d'ironie, dans... &lt;i&gt;Les Temps modernes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Albin Michel, 1996, traduit de l'allemand par Elisabeth Guillot. J'ai r&#233;dig&#233;, &#224; la demande de l'&#233;diteur, une pr&#233;face au volume dans laquelle je soulignais le caract&#232;re pr&#233;curseur de l'antisionisme d&#233;clar&#233; de l'auteur. La raison pour laquelle, assur&#233;ment, cette pr&#233;face a &#233;t&#233; remplac&#233;e, dans l'&#233;dition de poche ult&#233;rieure, par un texte insipide de l'historien Johann Chapoutot qui s'est r&#233;cemment en reprochant &#224; un collectif de Juifs antisionistes (&#171; Tsedek ! &#187;) d'avoir &#233;voqu&#233; la &#171; r&#233;sistance palestinienne &#187; &#8211; un crime imprescriptible, en effet (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 05/02/2024).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions du D&#233;tour, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hannah Arendt, &lt;i&gt;Du mensonge &#224; la violence&lt;/i&gt;, Points-Seuil, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Schadenfreude</title>
		<link>https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1548</link>
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		<dc:date>2026-02-24T11:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul-Laurent Cageot</dc:creator>


		<dc:subject>a_la_une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1- Dans un ouvrage qui a fait date, Max Scheler affirmait que le ressentiment est toujours li&#233; &#224; une forme ou une autre d'impuissance. Il appara&#238;t aujourd'hui que cette affirmation demande &#224; &#234;tre s&#233;rieusement relativis&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
2- Existe-t-il, sur cette pauvre Terre, quelque chose de plus laid, de plus d&#233;go&#251;tant, qu'un ego fragile empruntant le masque de l'impersonnalit&#233; th&#233;orique pour r&#233;parer une blessure d'orgueil ? Lorsqu'un tel cas se produit, aucune piti&#233; n'est permise. &lt;br class='autobr' /&gt;
3- S'en aller : un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=111" rel="tag"&gt;a_la_une&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1- Dans un ouvrage qui a fait date, Max Scheler affirmait que le ressentiment est toujours li&#233; &#224; une forme ou une autre d'&lt;i&gt;impuissance&lt;/i&gt;. Il appara&#238;t aujourd'hui que cette affirmation demande &#224; &#234;tre s&#233;rieusement relativis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Existe-t-il, sur cette pauvre Terre, quelque chose de plus laid, de plus d&#233;go&#251;tant, qu'un ego fragile empruntant le masque de l'&lt;i&gt;impersonnalit&#233;&lt;/i&gt; th&#233;orique pour r&#233;parer une blessure d'orgueil ? Lorsqu'un tel cas se produit, aucune piti&#233; n'est permise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- &lt;i&gt;S'en aller&lt;/i&gt; : un litt&#233;rateur r&#233;actionnaire mais talentueux y voyait la forme supr&#234;me de la condamnation. Ceux que vous quittez la supportent d'ailleurs rarement sans broncher. Vous faites tout pour partir sans faire de vague, pacifiquement ; vous consacrez du temps &#224; faire en sorte que votre d&#233;part occasionne le moins d'embarras possible, et quand tout est &#224; peu pr&#232;s en ordre, que chacun va pouvoir aller son chemin &#8211; on vous pisse dessus. C'est l&#224; que les ennuis commencent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- L'intellectuel demi-bourgeois &lt;i&gt;de gauche&lt;/i&gt; est parfois confront&#233; &#224; un dangereux malentendu : il a besoin, pour son standing, de s'entourer de vilaines gouapes, de mauvais gar&#231;ons, de pl&#233;b&#233;iens mal embouch&#233;s, mais il oublie trop vite que dans les bas-fonds d'o&#249; cette engeance est extraite, les affronts ne se lavent pas &#224; coups de petites phrases sarcastiques bien senties. Si la m&#233;moire lui revient, c'est qu'il a subi ce que l'on pourrait appeler un &lt;i&gt;retour de r&#233;el&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- Celui qui a joui durant l'&#226;ge m&#251;r d'un peu de reconnaissance sociale ne peut g&#233;n&#233;ralement s'emp&#234;cher, sur le tard, de s'offrir &#224; lui-m&#234;me les fleurs que plus personne ne lui envoie. Avec le prestige mondain s'&#233;vapore la modestie qui jusque-l&#224; &#233;tait feinte. S'amorce alors la derni&#232;re phase de l'existence, la &lt;i&gt;phase path&#233;tique&lt;/i&gt; &#8211; et il peut se mettre &#224; &#233;crire s&#233;rieusement des choses comme : &#171; Aider les gens &#224; mettre des mots sur ce qu'ils pensent. Ou plut&#244;t : les aider &#224; oser penser ce qu'ils conservent &#224; l'&#233;tat n&#233;buleux et flottant, au fond de leur t&#234;te. Propager le courage de la pens&#233;e &#187;, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- Que le mensonge ne doit pas rester &lt;i&gt;impuni&lt;/i&gt;. Si vous &#234;tes suffisamment patient, vous pourrez constater que, m&#234;me chez le plus foucaldien des philosophes, la pulsion disciplinaire finit toujours par poindre le bout de son nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- Je ne con&#231;ois aucune honte &#224; me proclamer &lt;i&gt;fan&lt;/i&gt; &#8211; par exemple de David Bowie, de L&#233;on Bloy ou de Matthias Gr&#252;newald. Mais quand un pisse-copie &#224; moiti&#233; s&#233;nile, fabricant compulsif de calembours foireux, m'assigne &#224; ce statut &#224; son profit sans me demander mon consentement, je m'en trouve un tant soit peu agac&#233;. Pas vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- Conseil d'&lt;i&gt;ami&lt;/i&gt; : quand le sens de ta vie tient &#224; une chose fragile, &#233;vite absolument de te faire des ennemis. A moins d'&#234;tre le dernier des cr&#233;tins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul-Laurent Cageot&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>De l'&#171; or noir &#187; au &#171; sang rouge &#187;</title>
		<link>https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1547</link>
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		<dc:date>2026-02-23T13:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Claude No&#235;l</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le ministre que servait Puta en automobile n'avait pas non plus d'enfants, les ministres n'ont pas d'enfants. (L. F. C&#233;line, Voyage au bout de la nuit, 1932.) &lt;br class='autobr' /&gt;
1- L'extractivisme constitue l'un des ressorts structurels de la &#171; d&#233;mocratie am&#233;ricaine &#187;. Loin de relever d'un accident ou d'une d&#233;rive ponctuelle, il s'inscrit dans une histoire longue o&#249; la conqu&#234;te territoriale, l'appropriation des ressources et l'ing&#233;nierie juridique pr&#233;c&#232;dent et conditionnent l'extension des droits politiques. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le ministre que servait Puta en automobile n'avait pas non plus d'enfants, les ministres n'ont pas d'enfants. (L. F. C&#233;line, Voyage au bout de la nuit, 1932.)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_969 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/osage.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/osage.png' width='500' height='784' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;1- L'extractivisme constitue l'un des ressorts structurels de la &#171; d&#233;mocratie am&#233;ricaine &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W. Johnson, River of Dark Dreams : Slavery and Empire in the Cotton Kingdom, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Loin de relever d'un accident ou d'une d&#233;rive ponctuelle, il s'inscrit dans une histoire longue o&#249; la conqu&#234;te territoriale, l'appropriation des ressources et l'ing&#233;nierie juridique pr&#233;c&#232;dent et conditionnent l'extension des droits politiques. Le r&#233;cit national, souvent pr&#233;sent&#233; comme une progression lin&#233;aire vers la libert&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. de Tocqueville, De la d&#233;mocratie en Am&#233;rique, I, Gallimard, 1961.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, repose, en r&#233;alit&#233;, sur une mythologie t&#233;l&#233;ologique qui tend &#224; effacer, masquer ou esth&#233;tiser les violences constitutives de l'&#171; ordre d&#233;mocratique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Zinn, A People's History of the United States, Harper, 1980.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Walter Benjamin rappelait que l'histoire &#233;crite par les vainqueurs transforme, syst&#233;matiquement, l'&#233;tat d'exception en n&#233;cessit&#233; r&#233;trospective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W. Benjamin, &#171; Sur le concept d'histoire &#187; (1940), &#338;uvres III, Gallimard, 2000.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le cas des Osages, loin d'&#234;tre marginal, r&#233;v&#232;le cette v&#233;rit&#233; enfouie : la d&#233;mocratie ne suspend pas ses principes sous la pression extractive, elle fonctionne selon sa logique propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Le &#171; R&#232;gne de la Terreur &#187; qui frappe la nation Osage dans l'Oklahoma des ann&#233;es 1920 constitue ainsi une sc&#232;ne primitive de l'extractivisme moderne. Il ne s'agit pas seulement d'un &#233;pisode de violence raciale, mais d'une configuration politique compl&#232;te, o&#249; le droit, l'&#233;conomie et l'administration convergent pour produire une violence rationnelle. Achille Mbembe a d&#233;sign&#233; sous le terme de &#171; n&#233;cropolitique &#187; la capacit&#233; du pouvoir &#224; d&#233;cider des formes diff&#233;rentielles d'exposition &#224; la mort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Mbembe, &#171; N&#233;cropolitique &#187;, Raisons politiques, n&#176; 21, 2006. Mbembe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le cas Osage, cette d&#233;cision n'est ni spectaculaire ni arbitraire : elle est m&#233;diatis&#233;e par des dispositifs juridiques, normalis&#233;e par des proc&#233;dures, et rendue invisible par la routine administrative. L'extractivisme appara&#238;t ainsi comme un r&#233;gime de gouvernement avant d'&#234;tre une politique sectorielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- L'architecture l&#233;gale de la d&#233;possession se met en place avec le &lt;i&gt;Osage Allotment Act&lt;/i&gt; de 1906. Sous couvert d'int&#233;gration et de protection, cette loi fragmente la souverainet&#233; collective Osage en parcelles individuelles tout en maintenant les droits miniers sous contr&#244;le f&#233;d&#233;ral. En d&#233;clarant les Osages &#171; incomp&#233;tents &#187; pour g&#233;rer leur propre fortune, l'&#201;tat institue un syst&#232;me de tutelle juridique &#8211; le &lt;i&gt;guardianship&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Giorgio Agamben, Homo sacer, Seuil, 1997.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; qui transforme une population enti&#232;re en mineurs civils. Ce dispositif ne rel&#232;ve pas d'un exc&#232;s du droit, mais de son fonctionnement optimal : il produit l'incapacit&#233; comme cat&#233;gorie administrative, condition n&#233;cessaire &#224; la d&#233;possession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Comme l'a montr&#233; l'historien Louis F. Burns&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. F. Burns, A History of the Osage People, University of Alabama Press, 2004.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce cadre l&#233;gal ne se contente pas de permettre la spoliation ; il la rend &#233;conomiquement rationnelle. La mort devient un m&#233;canisme de transfert patrimonial plus efficace que toute transaction. Le &#171; R&#232;gne de la Terreur &#187; appara&#238;t d&#232;s lors comme une v&#233;ritable bureaucratie du crime&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Weber, &#201;conomie et soci&#233;t&#233;, Plon, 1971.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans laquelle l'assassinat cesse d'&#234;tre une transgression pour devenir une op&#233;ration int&#233;gr&#233;e &#224; l'ordre l&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- La violence qui s'ensuit n'est pas le fait de marginaux, mais d'un &#233;cosyst&#232;me de notables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. Elias, La dynamique de l'Occident, Calmann-L&#233;vy, 1975.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#233;decins, juges, banquiers, hommes d'affaires participent &#224; une cha&#238;ne de responsabilit&#233;s fragment&#233;es o&#249; chacun peut se d&#233;clarer innocent. L'&#201;tat f&#233;d&#233;ral laisse faire, tant que le p&#233;trole coule et que la rente circule&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. Polanyi, La grande transformation, Gallimard, 1983.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Hannah Arendt a montr&#233; que cette diss&#233;mination de la responsabilit&#233; constitue la condition m&#234;me de la &#171; banalit&#233; du mal &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, Eichmann &#224; J&#233;rusalem, Gallimard, 1966.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le crime devient une &#233;criture comptable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Foucault, Il faut d&#233;fendre la soci&#233;t&#233;, Seuil/Gallimard, 1997.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dissimul&#233;e derri&#232;re des certificats m&#233;dicaux, des d&#233;cisions judiciaires et des actes notari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- L'adaptation cin&#233;matographique de Martin Scorsese rend perceptible cette normalisation de l'horreur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Scorsese, Killers of the Flower Moon, film, 2023.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le mal n'y appara&#238;t pas comme une rupture, mais comme une forme de quotidiennet&#233; sociale. L'intervention tardive du FBI, sous la direction de J. Edgar Hoover, vise moins &#224; d&#233;manteler le syst&#232;me qu'&#224; restaurer la cr&#233;dibilit&#233; symbolique de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. E. Hoover, Archives du FBI.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, laissant intacte la structure extractive qui a rendu les crimes possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- Le lobby p&#233;trolier contemporain constitue l'h&#233;ritier direct de ces &#171; gardiens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sh. Wolin, Democracy Incorporated, Princeton University Press, 2008.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La figure a chang&#233;, mais la fonction demeure. L&#224; o&#249; le tuteur individuel administrait la d&#233;possession, le lobbying organise aujourd'hui une pr&#233;dation syst&#233;mique &#224; l'&#233;chelle nationale et internationale. Par le financement massif des campagnes &#233;lectorales via les &lt;i&gt;Super PACs&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Lessig, Republic, Lost, Twelve, 2011. Lessig analyse les effets (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et depuis l'arr&#234;t &lt;i&gt;Citizens United v. FEC&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Citizens United v. Federal Election Commission, 2010.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'industrie fossile a acquis un pouvoir d'influence tel qu'elle peut neutraliser les politiques publiques contraires &#224; ses int&#233;r&#234;ts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;OpenSecrets, donn&#233;es de lobbying f&#233;d&#233;ral.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- Ce ph&#233;nom&#232;ne de &#171; capture du r&#233;gulateur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Stigler, &#171; The Theory of Economic Regulation &#187;, Bell Journal of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ne rel&#232;ve pas d'une corruption accidentelle, mais d'une logique structurelle. Les agences cens&#233;es prot&#233;ger l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral sont dirig&#233;es par ceux qu'elles devraient contr&#244;ler. La violence ne prend plus la forme du meurtre direct, mais celle de la production de &#171; zones de sacrifice &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Nixon, Slow Violence, Harvard University Press, 2011.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, o&#249; la d&#233;gradation sanitaire et &#233;cologique est consid&#233;r&#233;e comme un co&#251;t acceptable. Comme dans l'Oklahoma des ann&#233;es 1920, certaines vies ne valent que par ce qu'elles ont sous leurs pieds&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Butler, Precarious Life, Verso, 2004.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9- C'est ici que l'analyse de Pier Paolo Pasolini s'av&#232;re d&#233;cisive, d'une part dans &lt;i&gt;&#201;crits corsaires&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. P. Pasolini, &#201;crits corsaires, Flammarion, 1976.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'autre part notamment dans &lt;i&gt;P&#233;trole&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. P. Pasolini, P&#233;trole, Gallimard, 1992. Roman inachev&#233; d&#233;crivant le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, o&#249; il d&#233;crit l'&#233;mergence d'un &#171; nouveau fascisme &#187; technocratique, diffus, sans uniforme, fond&#233; sur l'homog&#233;n&#233;isation des d&#233;sirs et la destruction des cultures subalternes. Le p&#233;trole devient le symbole d'une soci&#233;t&#233; consum&#233;riste, port&#233; par les structures opaques des compagnies p&#233;troli&#232;res (incarn&#233;es par l'ENI en Italie). Le p&#233;trole n'y est pas seulement une ressource, mais une technologie de pouvoir capable de remodeler les subjectivit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Moravia, &#171; Pr&#233;face &#224; P&#233;trole &#187;.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour Pasolini, le p&#233;trole est la substance alchimique d'un pouvoir qui d&#233;truit les cultures ancestrales pour leur substituer un vide uniformis&#233;. Relu &#224; cette lumi&#232;re, le sort des Osages appara&#238;t comme un moment inaugural de cette transformation anthropologique globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10- Le Projet 2025 marque l'aboutissement contemporain de cette logique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Heritage Foundation, Project 2025. Le nom de la fondation est plus que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ne s'agit plus de contourner les institutions &#233;cologiques, mais de les d&#233;manteler explicitement. En visant l'Agence de Protection de l'Environnement (EPA) et en disqualifiant la science climatique comme &#171; id&#233;ologique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. Klein, This Changes Everything, Simon &amp; Schuster, 2014.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et de licencier les experts scientifiques pour les remplacer par des agents politiques d&#233;vou&#233;s &#224; la cause extractiviste, pour servir les int&#233;r&#234;ts de l'&#233;conomie plut&#244;t que les &#171; agendas radicaux &#187; du climat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;The Heritage Foundation (2024), Project 2025 : Mandate for Leadership.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le Projet entend supprimer toute m&#233;diation entre la ressource et le profit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B. Latour, O&#249; atterrir ?, La D&#233;couverte, 2017.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La continuit&#233; avec les tribunaux de l'Oklahoma est frappante : hier comme aujourd'hui, il s'agit de d&#233;clarer certains acteurs &#8212; peuples autochtones, scientifiques, communaut&#233;s locales &#8212; &#171; incomp&#233;tents &#187; pour d&#233;cider de leur avenir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-P. Dupuy, Pour un catastrophisme &#233;clair&#233;, Seuil, 2002.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; Le prochain gouvernement conservateur doit mettre fin &#224; la guerre contre les &#233;nergies fossiles et remplacer l'obsession climatique par une qu&#234;te de domination &#233;nerg&#233;tique. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Project 2025, p. 523.&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11- La violence devient alors performative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Debord, La Soci&#233;t&#233; du spectacle, Buchet-Chastel, 1967.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le passage du secret au cynisme constitue la mutation majeure entre 1920 et aujourd'hui. L&#224; o&#249; William Hale op&#233;rait dans l'ombre, le slogan &#171; Drill, baby, drill &#187; revendique d&#233;sormais la pr&#233;dation comme programme politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D. Trump, discours de campagne &#224; Erie (Pennsylvanie), 29 septembre 2020, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sinclair Lewis avait anticip&#233; cette configuration, d&#233;crivant un fascisme qui se pr&#233;sente comme gestion efficace et prosp&#233;rit&#233; promise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Lewis, It Can't Happen Here, New York, Doran &amp; Company, 1935.&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12- Au premier semestre 2024, les contributions de l'industrie p&#233;troli&#232;re aux candidats soutenant cette vision ont d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233; les 141 millions de dollars&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;OpenSecrets.org (2025), Oil &amp; Gas : Sector Profile, 2024 Election Cycle.&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous retrouvons ici le &#171; double &#187; pasolinien : une fa&#231;ade d&#233;mocratique masquant une r&#233;alit&#233; pr&#233;datrice dont l'unique but est la perp&#233;tuation de la domination &#233;nerg&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13- L'argument ultime est celui de l'&#171; impossibilit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Marcuse, L'Homme unidimensionnel, Minuit, 1968.&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d&#233;clarant irr&#233;aliste toute sortie du p&#233;trole, le pouvoir ferme l'horizon du pensable. Herbert Marcuse a montr&#233; comment cette fermeture des possibles constitue l'un des traits majeurs des soci&#233;t&#233;s industrielles avanc&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;I. Illich, La convivialit&#233;, Seuil, 1973.&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La d&#233;pendance fossile devient ainsi une fatalit&#233; ontologique, et non un choix politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14- En figeant le pays dans une d&#233;pendance fossile, le pouvoir s'assure que la hi&#233;rarchie sociale reste inchang&#233;e. Pour rendre justice aux victimes du p&#233;trole, il faut d&#233;coloniser notre rapport aux ressources et cesser de payer la &#171; Note am&#233;ricaine &#187; avec le sang des plus vuln&#233;rables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Tuck &amp; K. W. Yang, &#171; Decolonization Is Not a Metaphor &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faut briser la &#171; note am&#233;ricaine &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Formule critique renvoyant &#224; la dette symbolique de la puissance extractive.&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15- L'histoire des Osages nous enseigne que le capitalisme sauvage ne s'arr&#234;te jamais de lui-m&#234;me. Il d&#233;vore jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte. Le lien entre les meurtres de l'Oklahoma et le Projet 2025 est une filiation id&#233;ologique ind&#233;niable. Pour rendre justice aux victimes, il faut d&#233;manteler l'alliance entre le derrick et la loi, et rendre &#224; l'&#201;tat sa mission de protection du vivant plut&#244;t que de gardien du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16- Le projet &#171; Willow &#187; en Alaska illustre la permanence coloniale de cette logique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dossier Willow Project, D&#233;partement de l'Int&#233;rieur des &#201;tats-Unis.&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sous couvert de s&#233;curit&#233; &#233;nerg&#233;tique, il reconduit l'arrachement de la terre. Frantz Fanon &#233;crivait que pour le colonis&#233;, la terre est la valeur la plus essentielle car elle apporte le pain et la dignit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. Fanon, Les Damn&#233;s de la Terre, Maspero, 1961.&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En 2025, la d&#233;possession n'est plus seulement physique (le meurtre), elle est biologique (la destruction de l'&#233;cosyst&#232;me nourricier). La d&#233;possession ne concerne pas seulement la ressource, mais les conditions m&#234;mes de l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17- La justification r&#233;galienne s'est m&#233;tamorphos&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Bourdieu, La noblesse d'&#201;tat, Minuit, 1989.&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, passant du paternalisme racial au patriotisme technocratique. En 1920, l'&#201;tat intervenait au nom d'un paternalisme moral et racial, justifiant la spoliation par la pr&#233;tendue &#171; protection des incomp&#233;tents &#187;. En 2025, le discours s'est d&#233;plac&#233; vers un imp&#233;ratif technocratique et patriotique : la &#171; s&#233;curit&#233; &#233;nerg&#233;tique nationale &#187;. Dans les deux cas, l'argument d'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur sert &#224; masquer l'&#233;viction des droits locaux et individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18- Malgr&#233; un si&#232;cle d'intervalle, les acteurs qui captent la valeur restent structurellement les m&#234;mes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Sassen, Expulsions, Harvard University Press, 2014.&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au syst&#232;me de pr&#233;dation artisanale des notables locaux et des premi&#232;res majors p&#233;troli&#232;res (Big Oil) des ann&#233;es 1920 succ&#232;de aujourd'hui un r&#233;seau complexe d'actionnaires mondiaux et de conglom&#233;rats fossiles. La richesse est extraite du territoire mais ne s'y fixe jamais, s'&#233;vaporant vers les centres financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19- La m&#233;thode de domination s'est affin&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D. Harvey, The New Imperialism, Oxford University Press, 2003.&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L&#224; o&#249; le syst&#232;me Osage reposait sur une tutelle raciste directe (&lt;i&gt;guardianship&lt;/i&gt;), privant les individus de leur autonomie juridique sur une base ethnique, le projet n&#233;oconservateur moderne privil&#233;gie la d&#233;r&#233;gulation administrative. En d&#233;mantelant les normes environnementales et les proc&#233;dures de consultation, l'&#201;tat n'a plus besoin de d&#233;clarer l'individu &#171; incomp&#233;tent &#187; : il rend simplement sa voix juridiquement inaudible face &#224; la puissance des projets industriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Claude No&#235;l&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W. Johnson, &lt;i&gt;River of Dark Dreams : Slavery and Empire in the Cotton Kingdom&lt;/i&gt;, Harvard University Press, 2013. Johnson montre comment l'&#233;conomie extractive &#8212; d'abord agraire, puis fossile &#8212; structure d&#232;s l'origine les formes politiques et juridiques de l'&#201;tat am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. de Tocqueville, &lt;i&gt;De la d&#233;mocratie en Am&#233;rique&lt;/i&gt;, I, Gallimard, 1961.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Zinn, &lt;i&gt;A People's History of the United States&lt;/i&gt;, Harper, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W. Benjamin, &#171; Sur le concept d'histoire &#187; (1940), &lt;i&gt;&#338;uvres III&lt;/i&gt;, Gallimard, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Mbembe, &#171; N&#233;cropolitique &#187;, &lt;i&gt;Raisons politiques&lt;/i&gt;, n&#176; 21, 2006. Mbembe radicalise la notion foucaldienne de biopouvoir en d&#233;finissant la souverainet&#233; moderne comme capacit&#233; &#224; exposer certaines populations &#224; la mort.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Giorgio Agamben, &lt;i&gt;Homo sacer&lt;/i&gt;, Seuil, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. F. Burns, &lt;i&gt;A History of the Osage People&lt;/i&gt;, University of Alabama Press, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Weber, &lt;i&gt;&#201;conomie et soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, Plon, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N. Elias, &lt;i&gt;La dynamique de l'Occident&lt;/i&gt;, Calmann-L&#233;vy, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K. Polanyi, &lt;i&gt;La grande transformation&lt;/i&gt;, Gallimard, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, &lt;i&gt;Eichmann &#224; J&#233;rusalem&lt;/i&gt;, Gallimard, 1966.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Foucault, &lt;i&gt;Il faut d&#233;fendre la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, Seuil/Gallimard, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Scorsese,&lt;i&gt; Killers of the Flower Moon&lt;/i&gt;, film, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. E. Hoover, &lt;i&gt;Archives du FBI&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sh. Wolin, Democracy Incorporated, Princeton University Press, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. Lessig, &lt;i&gt;Republic, Lost&lt;/i&gt;, Twelve, 2011. Lessig analyse les effets structurels de l'arr&#234;t &lt;i&gt;Citizens United v. FEC&lt;/i&gt; sur la d&#233;mocratie repr&#233;sentative am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Citizens United v. Federal Election Commission&lt;/i&gt;, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;OpenSecrets, donn&#233;es de lobbying f&#233;d&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Stigler, &#171; The Theory of Economic Regulation &#187;, &lt;i&gt;Bell Journal of Economics&lt;/i&gt;, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Nixon, &lt;i&gt;Slow Violence&lt;/i&gt;, Harvard University Press, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Butler, &lt;i&gt;Precarious Life&lt;/i&gt;, Verso, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. P. Pasolini, &lt;i&gt;&#201;crits corsaires&lt;/i&gt;, Flammarion, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. P. Pasolini, &lt;i&gt;P&#233;trole&lt;/i&gt;, Gallimard, 1992. Roman inachev&#233; d&#233;crivant le p&#233;trole comme puissance totalisante, &#224; la fois &#233;conomique, symbolique et anthropologique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Moravia, &#171; Pr&#233;face &#224; P&#233;trole &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Heritage Foundation, &lt;i&gt;Project 2025&lt;/i&gt;. Le nom de la fondation est plus que symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N. Klein, &lt;i&gt;This Changes Everything&lt;/i&gt;, Simon &amp; Schuster, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;The Heritage Foundation (2024), &lt;i&gt;Project 2025 : Mandate for Leadership.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;B. Latour, &lt;i&gt;O&#249; atterrir ?&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.-P. Dupuy, &lt;i&gt;Pour un catastrophisme &#233;clair&#233;&lt;/i&gt;, Seuil, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Project 2025, p. 523.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Debord, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt;, Buchet-Chastel, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D. Trump, discours de campagne &#224; Erie (Pennsylvanie), 29 septembre 2020, repris notamment dans &lt;i&gt;The New York Times&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;The Washington Post&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Lewis, &lt;i&gt;It Can't Happen Here&lt;/i&gt;, New York, Doran &amp; Company, 1935.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;OpenSecrets.org (2025), &lt;i&gt;Oil &amp; Gas : Sector Profile, 2024 Election Cycle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Marcuse, &lt;i&gt;L'Homme unidimensionnel&lt;/i&gt;, Minuit, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;I. Illich, &lt;i&gt;La convivialit&#233;&lt;/i&gt;, Seuil, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Tuck &amp; K. W. Yang, &#171; Decolonization Is Not a Metaphor &#187;, &lt;i&gt;Decolonization : Indigeneity, Education &amp; Society&lt;/i&gt;, vol. 1, n&#176; 1, 2012, p. 1&#8211;40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Formule critique renvoyant &#224; la dette symbolique de la puissance extractive.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dossier Willow Project&lt;/i&gt;, D&#233;partement de l'Int&#233;rieur des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;F. Fanon, &lt;i&gt;Les Damn&#233;s de la Terre&lt;/i&gt;, Maspero, 1961.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. Bourdieu, &lt;i&gt;La noblesse d'&#201;tat&lt;/i&gt;, Minuit, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Sassen, Expulsions, Harvard University Press, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D. Harvey, &lt;i&gt;The New Imperialism&lt;/i&gt;, Oxford University Press, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dieu b&#233;nit les ti&#232;des (LOL)</title>
		<link>https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1549</link>
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		<dc:date>2026-02-22T20:19:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Corentine Gazeille</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dieu est au diable. Nous, nous sommes l&#224;. (Pierre Bettencourt, Apr&#232;s moi, le soleil (1998) &lt;br class='autobr' /&gt;
1- En d&#233;bat : sacrifier une amiti&#233; de quinze ou vingt ans sur l'autel d'un jeu de mots un peu cors&#233; &#8211; est-ce bien raisonnable ? D'un c&#244;t&#233;, bien s&#251;r, un bon jeu de mots n'a pas de prix. Mais de l'autre, l'amiti&#233;... ? &lt;br class='autobr' /&gt;
2- Dans le monde d'hier, &#224; tout jamais perdu h&#233;las, un d&#233;p&#244;t de cookies pouvait s'entendre comme la livraison &#224; domicile d'un paquet de biscuits, &#224; l'occasion de votre anniversaire. &#192; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dieu est au diable. Nous, nous sommes l&#224;. (Pierre Bettencourt, &lt;i&gt;Apr&#232;s moi, le soleil&lt;/i&gt; (1998)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_972 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/screenshot_2026-02-19_at_17.55.37.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/screenshot_2026-02-19_at_17.55.37.png' width='500' height='663' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;1- &lt;i&gt;En d&#233;bat&lt;/i&gt; : sacrifier une amiti&#233; de quinze ou vingt ans sur l'autel d'un jeu de mots un peu cors&#233; &#8211; est-ce bien raisonnable ? D'un c&#244;t&#233;, bien s&#251;r, un bon jeu de mots n'a pas de prix. Mais de l'autre, l'amiti&#233;... ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Dans le monde d'hier, &#224; tout jamais perdu h&#233;las, un &lt;i&gt;d&#233;p&#244;t de cookies&lt;/i&gt; pouvait s'entendre comme la livraison &#224; domicile d'un paquet de biscuits, &#224; l'occasion de votre anniversaire. &#192; l'&#226;ge pourri d'aujourd'hui, il s'agirait plut&#244;t d'une tra&#238;n&#233;e de suie sur votre messagerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Aux Jeux olympiques de 1924, lors de l'&#233;preuve du marathon (sur les bords de la Seine, du c&#244;t&#233; d'Argenteuil), des stands de ravitaillement &#233;taient dispos&#233;s le long du parcours. Les coureurs pouvaient y absorber, au passage, de fortes rasades de vin (rouge) ou de bi&#232;re, au choix. Comme le disait la presse communiste fran&#231;aise, jusqu'aux ann&#233;es 1960 : le vin, la bi&#232;re, &lt;i&gt;c'est pas de l'alcool&lt;/i&gt;, c'est le soutien, l'aliment et le r&#233;confort du travailleur. (source : &lt;i&gt;The Olympic Games in Paris&lt;/i&gt;, Jean de Rovera, 1925).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- On ne devrait pas, parfois, bouder son plaisir, face &#224; Trump : il est en train de liquider l'une des pires choses qui nous aient jamais &#233;t&#233; inflig&#233;es, et, avec nous, aux peuples du monde : l'Occident, comme concept, comme baudruche, comme fantasme et comme arme de destruction massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- Une &#233;tude longitudinale approfondie, publi&#233;e par la revue de r&#233;f&#233;rence &lt;i&gt;Quaterly for Social Medicine&lt;/i&gt; (Universit&#233; du Wisconsin) confirme que les habitants de la ville de Tende (Alpes maritimes) ne sont pas plus sujets aux tendinites chroniques que la moyenne des Fran&#231;ais. En revanche, la m&#234;me &#233;tude montre que les habitants de la ville de Condom (Gers) sont significativement moins expos&#233;s aux maladies v&#233;n&#233;riennes que ceux de la commune voisine de Valence-sur-Ba&#239;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- Il ne suffit pas de s'appeler Larcher pour &#234;tre une fl&#232;che &#8211; m&#234;me au sommet de la cath&#233;drale-&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- Que ceux et celles qui n'ont pas &#233;t&#233; potes un jour ou l'autre avec Jeffrey Epstein se d&#233;noncent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- &lt;i&gt;Prescription&lt;/i&gt; : lire aujourd'hui &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;M&#233;diapart&lt;/i&gt; comme mes amis sovi&#233;tiques lisaient la &lt;i&gt;Pravda&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;Izvestia&lt;/i&gt; au temps de la perestro&#239;ka &#8211; chercher les traces de la v&#233;rit&#233; entre les lignes menteuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9- Trouver sa nourriture intellectuelle dans les bo&#238;tes &#224; livres, comme les chats harets et les &lt;i&gt;stray dogs&lt;/i&gt; trouvent la leur dans les sous-bois, les champs et les pr&#233;s. Fuir les librairies comme de tristes gamelles &#224; croquettes. Leur pr&#233;f&#233;rer les livres-mulots, &#8211; campagnols, &#8211; l&#233;zards...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10- Ne vous prenez pas trop la t&#234;te &#224; vous demander pourquoi les gens vous d&#233;testent, au lieu de vous aimer &#8211; c'est juste qu'il est beaucoup plus facile de ha&#239;r que d'aimer - pas compliqu&#233;, hein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11- N. s'alarme et se demande s'il ne vient pas de faire un mini-AVC : plus moyen de se rappeler si Sylvie Vartan est toujours de ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12- &lt;i&gt;Logique&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;h&#233;las&lt;/i&gt;...) : vous cherchez sur internet des nouvelles d'un vieil ami (dans les deux sens du terme) depuis longtemps perdu de vue et vous d&#233;couvrez qu'une rue de la bourgade o&#249; vous il v&#233;cut longtemps porte d&#233;sormais son nom... (&lt;i&gt;rue Daniel Maragn&#232;s, 97180, Sainte-Anne&lt;/i&gt;)... Vous vous dites que vous auriez mieux fait de vous abstenir, la curiosit&#233; &#233;tant sans doute un p&#233;ch&#233;, comme la gourmandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 &#8211; Sans blague... Il para&#238;t, on nous le r&#233;p&#232;te sur tous les tons, que nos fascistes, s'inspirant en cela de Gramsci, seraient en qu&#234;te d'&lt;i&gt;h&#233;g&#233;monie culturelle&lt;/i&gt;. Ce qui, en v&#233;rit&#233;, leur tient lieu de &#171; bataille des id&#233;es &#187;, c'est la conqu&#234;te des m&#233;dias et le contr&#244;le de la com' plac&#233;s au service de la diffusion de leur propagande, de leurs slogans, destin&#233;s &#224; seriner sans fin leur &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; &#8211; pas l'ombre d'une id&#233;e dans tout &#231;a, et moins encore trace de Gramsci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, si vous y regardez d'un peu plus pr&#232;s et tenez &#224; vous rapprocher du c&#339;ur du sujet, vous constaterez que Bollor&#233;, c'est quand m&#234;me un peu l'arbre qui cache la for&#234;t &#8211; la police, des secteurs entiers de l'arm&#233;e incluant la gendarmerie, la coordination rurale &#8211; tout &#231;a &lt;i&gt;Rnis&#233; &#224; mort&lt;/i&gt;, et la vieille droite vou&#233;e d&#233;sormais &#224; servir de force d'appoint aux fascistes &#8211; le voil&#224;, pour aller &#224; l'essentiel, le vrai visage de la &lt;i&gt;bataille des id&#233;es&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14- Si la peinture a pu survivre &#224; la photographie et au cin&#233;ma, il est assez probable que la philosophie en particulier (et la pens&#233;e humaine en g&#233;n&#233;ral) survivront &#224; l'IA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15- &lt;i&gt;D'un autre c&#244;t&#233;&lt;/i&gt; : &#171; Dans une perspective 'moderne', il y a le pr&#233;suppos&#233; suivant : le monde demande &#224; la philosophie de l&#233;gif&#233;rer pratiquement et politiquement (&#8230;) nous nous demandons si le monde lui adresse encore aucune demande de ce genre &#187; (Jean-Fran&#231;ois Lyotard, &lt;i&gt;Le postmoderne expliqu&#233; aux enfants&lt;/i&gt;, 1986)).&lt;br class='autobr' /&gt;
Il semblerait bien que nous ayons d&#233;sormais la r&#233;ponse (cat&#233;gorique) &#224; la question : le monde, par les temps qui courent, &lt;i&gt;n'adresse plus aucune esp&#232;ce de demande &#224; la philosophie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16- Le centenaire s'attarde sur le sentier escarp&#233; conduisant &#224; la mort comme d'aucun.e.s aiment &#224; fl&#226;ner dans les boutiques, aux rayons des supermarch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17- La querelle entre philosophie mat&#233;rialiste et philosophie id&#233;aliste de l'Histoire continue de faire rage &#8211; &lt;i&gt;Exemple&lt;/i&gt; : &#224; la question de savoir pourquoi les gens font (encore, un peu) des enfants, la second r&#233;pond : parce qu'ils s'aiment. La premi&#232;re : parce qu'ils n'ont plus les moyens de s'acheter des pr&#233;servatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18- &lt;i&gt;M&#233;diapart&lt;/i&gt; : infatigables et vertueux balayeurs et vidangeurs des &#233;curies d'Augias. Mais une fois que le m&#233;nage est fait, il faut recommencer : les &#233;curies demeurent des &#233;curies &#8211; fangeuses, par d&#233;finition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19- Voici d&#233;sormais la fachosph&#232;re lyonnaise &#233;quip&#233;e de son Horst Wessel. Ne manque plus que le &lt;i&gt;lied&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20- Depuis que le fascisme exub&#233;rant de Trump s'expose &#224; visage d&#233;couvert, le concept-&#224;-tout-faire de &lt;i&gt;populisme&lt;/i&gt; s'est d&#233;gonfl&#233; comme une mongolfi&#232;re crev&#233;e. On apprend dans la douleur &#224; appeler les choses par leur nom. La vogue du populisme tenait &#224; une chose bien simple : ce mot-valise permettait de renvoyer les &#171; extr&#234;mes &#187; dos-&#224;-dos et par cons&#233;quent de se tenir bien au chaud, au centre, tout en s'&#233;brouant dans la pataugeoire du bon sens et de la pond&#233;ration. Avec Trump et tout ce qui lui fait cohorte, cela devient toujours plus difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corentine Gazeille&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une Internationale des Trois Continents ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Berthold Unfried</dc:creator>



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&lt;p&gt;Une conf&#233;rence internationale &#224; La Havane vient nous rappeler la premi&#232;re &#233;tape de l'internationalisme cubain. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Cr&#233;er deux, trois, plusieurs Vietnam &#187;, telle &#233;tait la c&#233;l&#232;bre exhortation de Che Guevara, port&#233;e par un optimisme r&#233;volutionnaire, dans son &#171; Message &#224; la Tricontinentale &#187;. Au d&#233;but de cette ann&#233;e a &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233; &#224; La Havane le 60e anniversaire de la cr&#233;ation de cette &#171; Tricontinentale &#187;, &#224; l'occasion d'une grande conf&#233;rence internationale : &#171; A 60 a&#241;os de la Conferencia (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une conf&#233;rence internationale &#224; La Havane vient nous rappeler la premi&#232;re &#233;tape de l'internationalisme cubain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_967 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/chetricontinental.jpg' width='500' height='308' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cr&#233;er deux, trois, plusieurs Vietnam &#187;, telle &#233;tait la c&#233;l&#232;bre exhortation de Che Guevara, port&#233;e par un optimisme r&#233;volutionnaire, dans son &#171; Message &#224; la Tricontinentale &#187;. Au d&#233;but de cette ann&#233;e a &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233; &#224; La Havane le 60e anniversaire de la cr&#233;ation de cette &#171; Tricontinentale &#187;, &#224; l'occasion d'une grande conf&#233;rence internationale : &#171; A 60 a&#241;os de la Conferencia Tricontinental : Contexto, impacto, legado y futuro/60 Years of the Tricontinental Conference : Context, Impact, Legacy, and Future. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; 60 ans apr&#232;s la Conf&#233;rence Tricontinentale : contexte, impact, h&#233;ritage et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 janvier 1966, quelque 500 repr&#233;sentants d'une petite douzaine de gouvernements et de pr&#232;s de trois douzaines de mouvements de lib&#233;ration &#8211; parmi lesquels des mouvements promis &#224; un bel avenir comme le Vietcong, l'ANC sud-africain, le MPLA angolais ou l'OLP &#8211; et de groupes d'opposition se sont r&#233;unis &#224; l'h&#244;tel Habana Libre de La Havane pour s'accorder sur un projet de solidarit&#233; &#171; anti-imp&#233;rialiste &#187; qui devait conjuguer ind&#233;pendance nationale et r&#233;volution sociale. La conf&#233;rence a dur&#233; deux semaines et a &#233;t&#233; suivie l'ann&#233;e suivante d'une nouvelle rencontre &#224; La Havane. Il en est r&#233;sult&#233; une tentative d'organisation internationale &#224; l'initiative des Cubains, la &#171; Tricontinentale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un trait fondamental de la r&#233;volution cubaine &#233;tait l'&lt;i&gt;Internacionalismo&lt;/i&gt; &#224; la cubaine. Comme toute grande r&#233;volution, elle ne devait pas rester cantonn&#233;e &#224; son pays d'origine. Le s&#233;isme de la r&#233;volution cubaine avait d&#233;clench&#233; des ondes sismiques de mouvements de gu&#233;rilla en Am&#233;rique latine, en Asie et en Afrique. La direction r&#233;volutionnaire cubaine les soutenait de toutes ses forces. L'expression la plus visible en furent les entreprises de Che Guevara au Congo et en Bolivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de la r&#233;volution cubaine, il n'existait plus de mouvement communiste mondial unifi&#233;. Les ann&#233;es 1960 furent domin&#233;es par le conflit sino-sovi&#233;tique pour le r&#244;le dirigeant dans les &#171; Trois Continents &#187; ou le &#171; Tiers Monde &#187;, selon la terminologie employ&#233;e. La direction r&#233;volutionnaire cubaine devait &#233;galement se positionner dans ce conflit. Elle tenta d'abord de le contourner en suivant une voie autonome, s'orientant tant&#244;t vers le c&#244;t&#233; sovi&#233;tique, tant&#244;t vers le c&#244;t&#233; chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1960 a &#233;t&#233; qualifi&#233;e de phase &#171; sino-gu&#233;variste &#187; de la r&#233;volution cubaine. Cette d&#233;signation devait exprimer &#224; la fois le rejet du &#171; mod&#232;le sovi&#233;tique &#187; et le penchant pour les exp&#233;rimentations &#233;conomiques et politiques. Durant cette p&#233;riode, on pouvait constater des parall&#232;les remarquables entre les positions cubaines et chinoises sur le r&#244;le des mouvements communistes et de lib&#233;ration nationale dans le monde : le remplacement du prol&#233;tariat comme sujet r&#233;volutionnaire &#224; l'&#233;chelle mondiale par des mouvements de lib&#233;ration nationale-r&#233;volutionnaires ; l'esp&#233;rance, optimiste, que ces mouvements pourraient renverser l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain dans les Trois Continents par la lutte arm&#233;e ; le rejet de la politique sovi&#233;tique de &#171; coexistence pacifique &#187; ; et la conviction que les pays socialistes europ&#233;ens &#233;taient sur la voie du retour au capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde domin&#233; par les Sovi&#233;tiques y voyait une entreprise concurrente. La voie sp&#233;cifiquement cubaine vers le socialisme et la tentative cubaine d'organiser mondialement les mouvements de lib&#233;ration apparaissaient aux observateurs de RDA comme un &#171; radicalisme de gauche petit-bourgeois &#187;, caract&#233;ris&#233; par des conceptions &#171; volontaristes &#187; et &#171; aventuristes &#187; quant aux possibilit&#233;s de changement r&#233;volutionnaire des rapports de force dans le monde. L'Union sovi&#233;tique poursuivait &#224; cette &#233;poque une politique de &#171; coexistence pacifique &#187; qui cherchait &#224; &#233;viter autant que possible les confrontations militaires avec les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le savons, la tentative des Cubains de faire &#233;merger une internationale en 1966/67 n'eut finalement pas le succ&#232;s qui aurait correspondu &#224; ses objectifs &#233;lev&#233;s. Cuba se vit plut&#244;t contraint, apr&#232;s l'&#233;chec des tentatives de d&#233;veloppement &#233;conomique autonome et de r&#233;volution mondiale (&#171; Deux, trois, plusieurs Vietnam &#187;), d'adh&#233;rer au d&#233;but des ann&#233;es 1970 au Conseil d'assistance &#233;conomique mutuelle (CAEM). Dans ce cadre, Cuba poursuivit n&#233;anmoins une politique autonome et repr&#233;senta les int&#233;r&#234;ts des &#171; Trois Continents &#187; dans le monde socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit &#201;tat carib&#233;en devint le protagoniste d'un soutien et d'une coop&#233;ration de grande envergure sur les plans militaire et civil pour des pays comme l'Angola, l'&#201;thiopie et le Nicaragua, qui s'&#233;taient engag&#233;s dans une &#171; voie de d&#233;veloppement socialiste &#187; &#8211; et cette fois, les &#171; internationalistes &#187; cubains ne se comptaient plus par dizaines ou centaines, mais par dizaines de milliers. Cuba r&#233;ussit &#224; gagner le soutien des &#201;tats socialistes europ&#233;ens, l'Union sovi&#233;tique en t&#234;te, &#224; ces entreprises &#8211; certes pas dans la mesure souhait&#233;e, mais suffisamment pour garantir une viabilit&#233; &#224; long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;Internacionalismo Cubano&lt;/i&gt; ne s'est pas pleinement d&#233;ploy&#233;, prenant la forme d'une internationale cubaine propre, mais avec un d&#233;calage temporel au sein du &#171; Syst&#232;me mondial socialiste &#187;. Cuba atteignit ainsi le z&#233;nith de son influence g&#233;opolitique dans son histoire. Du point de vue de l'Union sovi&#233;tique, il avait &#233;t&#233; possible, gr&#226;ce &#224; l'int&#233;gration de Cuba dans le monde socialiste, d'&#233;viter une nouvelle scission &#8211; apr&#232;s la s&#233;cession chinoise d&#233;vastatrice &#224; partir de 1961.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif d'unir les mouvements de lib&#233;ration dans les Trois Continents &#8211; Afrique, Asie et Am&#233;rique latine &#8211; et les mouvements de solidarit&#233; des autres continents pour en faire le sujet d'une r&#233;volution mondiale, la Tricontinentale ne l'a manifestement pas atteint. En cela, elle partageait le destin des Internationales pr&#233;c&#233;dentes : aucune n'avait pu d&#233;clencher un changement par une r&#233;volution mondiale ou acqu&#233;rir une importance durable comme acteur g&#233;opolitique. Elles avaient en commun d'avoir &#233;chou&#233; dans la tentative de ma&#238;triser la diversit&#233; du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Tricontinentale ne d&#233;passa pas un stade organisationnel embryonnaire. Elle resta un regroupement &#233;ph&#233;m&#232;re de mouvements qui propageaient &#8211; et pour certains entreprirent &#8211; un bouleversement r&#233;volutionnaire non assujetti &#224; Moscou et P&#233;kin. Ces projets et entreprises &#233;chou&#232;rent tous. L'&#233;lan de la r&#233;volution cubaine s'&#233;puisa dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1960 au fil d'une s&#233;rie de revers et de d&#233;faites sur les trois continents, qui indiquaient que ce mouvement &#233;tait trop h&#233;t&#233;rog&#232;ne pour imposer de mani&#232;re autonome un nouvel ordre mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fractionnement des forces politiques internationales, le conflit sino-sovi&#233;tique en &#233;tant l'illustration la plus claire, r&#233;v&#233;la finalement une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des conditions socio-&#233;conomiques et culturelles dans le monde qui ne pouvait &#234;tre ma&#238;tris&#233;e par la volont&#233; politique. Le regroupement international ne se consolida pas en une structure qui aurait pu diriger un mouvement mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que reste-t-il aujourd'hui de la tentative &#171; tricontinentale &#187; de cr&#233;er une organisation internationale de mouvements r&#233;volutionnaires ? La synth&#232;se entre variantes de rattachement &#224; la tradition de la R&#233;volution d'Octobre et mouvements de lib&#233;ration nationale s'est bris&#233;e. La majorit&#233; des mouvements de lib&#233;ration nationale se conjugue aujourd'hui avec d'autres id&#233;ologies d'&#233;mancipation, principalement d'inspiration religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu avec un demi-si&#232;cle de recul, l'internationalisme cubain des ann&#233;es 1960 et de l'&#233;poque du CAEM peut &#234;tre per&#231;u comme un dernier &#233;cho d'un internationalisme &lt;i&gt;grosso modo&lt;/i&gt; d'inspiration marxiste, avant que cette s&#233;quence historique mondiale dans le &#171; Tiers Monde &#187; ne soit remplac&#233;e par un internationalisme &#171; anti-imp&#233;rialiste &#187; d'inspiration religieuse &#8211; principalement islamique &#8211; comme force anti-syst&#233;mique globale. Les mouvements de lib&#233;ration dirig&#233;s par Cuba devaient &#234;tre remplac&#233;s comme ennemi principal du monde domin&#233; par les &#201;tats-Unis par des mouvements de lib&#233;ration &#224; motivation religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les repr&#233;sentants de la &#171; vieille &#187; gauche, c'est-&#224;-dire les observateurs est-allemands et sovi&#233;tiques cit&#233;s, &#233;taient conscients de l'alt&#233;rit&#233; du mouvement &#171; tricontinental &#187;. Ils opt&#232;rent pour une tentative d'int&#233;gration. Le faible capacit&#233; d'action &#224; court terme de l'&#171; internationale cubaine &#187; contraste avec le fait qu'elle indiquait des lignes de d&#233;veloppement &#224; plus long terme. Si elle ne r&#233;pondit pas aux grands espoirs plac&#233;s en elle, la s&#233;quence de l'&#171; internationale cubaine &#187; exprime n&#233;anmoins de grandes tendances historiques mondiales qui ne sont devenues clairement visibles que plus tard : la mont&#233;e des &#171; Trois Continents &#187; face &#224; l'Europe et &#224; l'Am&#233;rique du Nord ; le d&#233;placement des internationalismes r&#233;volutionnaires vers ces r&#233;gions du monde ; ainsi que le d&#233;clin du prol&#233;tariat et des organisations qui lui sont li&#233;es comme sujet d'une r&#233;volution mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;lange bigarr&#233; des participant(e)s &#224; la r&#233;cente conf&#233;rence tenue &#224; La Havane &#233;tait stimulant. C'&#233;tait une conf&#233;rence &#171; socialement ancr&#233;e &#187;. Des professeurs connus et bien &#233;tablis dans la communaut&#233; scientifique internationale sur ce th&#232;me, venus des &#201;tats-Unis et d'Europe, c&#244;toyaient des doctorantes indiennes qui sont simultan&#233;ment fonctionnaires de l'un des nombreux partis communistes du sous-continent, des enseignantes sud-am&#233;ricaines et des &#233;tudiantes palestiniennes, ainsi que des repr&#233;sentant(e)s de la communaut&#233; acad&#233;mique et historienne cubaine, d'instituts universitaires et du Parti jusqu'au &lt;i&gt;Centro Fidel Castro&lt;/i&gt; r&#233;cemment cr&#233;&#233; il y a quelques ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet institut conserve, outre les archives de Fidel Castro, plusieurs fonds d'archives de grand int&#233;r&#234;t. Il a &#233;galement accueilli une journ&#233;e de projection de films documentaires des ann&#233;es 1960 et 1970, qui illustraient l'atmosph&#232;re de ces ann&#233;es qui constituaient le th&#232;me de la conf&#233;rence, &#224; l'issue de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les salles de r&#233;ception de l'Universit&#233; s'est manifest&#233;e une culture acad&#233;mique cubaine qui a perdu sa place en Europe, parce que le sens s'en est retir&#233; et n'est plus transmis. &#192; l'ouverture, les participant(e)s se sont lev&#233;(e)s pour entonner l'hymne acad&#233;mique universel &lt;i&gt;Gaudeamus igitur&lt;/i&gt;, et les discours relevaient d'une culture acad&#233;mique solennelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment, la conf&#233;rence, qui se tenait quelques jours apr&#232;s l'op&#233;ration commando am&#233;ricaine au Venezuela et la menace directe qui en r&#233;sultait pour Cuba, devint un &#233;v&#233;nement de solidarit&#233;. Les organisateurs &#8211; outre l'Universit&#233; de La Havane, le Centre for Research on Cuba de l'Universit&#233; de Nottingham &#8211; s'unirent lors de la s&#233;ance de cl&#244;ture dans des d&#233;clarations de solidarit&#233; envers Cuba, le Venezuela et la Palestine. C'&#233;tait aussi une conf&#233;rence &#171; politiquement ancr&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fut bri&#232;vement interrompue pendant une heure afin que les participant(e)s puissent prendre part &#224; l'&lt;i&gt;Acto de homenaje&lt;/i&gt; aux 32 Cubains tomb&#233;s au Venezuela, organis&#233; par l'organisation &#233;tudiante cubaine sur le campus. 32 &#233;tudiants brandissaient leurs portraits (photo). Victor Dreke, jadis adjoint de Che Guevara dans le groupe de gu&#233;rilla au Congo en 1965 et donc v&#233;t&#233;ran de l'&#233;poque tricontinentale, pronon&#231;a un discours &#233;mouvant qui culminait en appels &#224; la solidarit&#233; internationale lanc&#233;s avec vivacit&#233; et vigueur &#8211; expression d'une &#233;nergie remarquable pour ses 89 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fille d'un gu&#233;rillero zimbabw&#233;en, doctorante &#224; la London School of Economics, exprima la gratitude de son p&#232;re pour le soutien cubain &#224; cette &#233;poque. Un cin&#233;aste documentariste iranien proposa de d&#233;dier la conf&#233;rence &#224; la m&#233;moire des 32 Cubains tomb&#233;s au Venezuela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une large place fut accord&#233;e aux contributions sur l'histoire des luttes de lib&#233;ration nationales en Palestine et l'histoire de la solidarit&#233; cubano-palestinienne &#8211; d&#232;s 1959, Che Guevara visita Gaza. Les contributions sur les formes de l'internationalisme cubain dans les Trois Continents &#233;taient &#233;galement largement repr&#233;sent&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question palestinienne montra avec une grande clart&#233; dans quelle bulle &#233;troite une grande partie de l'establishment politique et scientifique aux &#201;tats-Unis et en Europe est enferm&#233;e, coup&#233;e du reste du monde. Il allait de soi pour les participant(e)s des Trois Continents de qualifier la politique conduite par Isra&#235;l envers les Palestiniens dans les territoires occup&#233;s de colonialiste et g&#233;nocidaire, ainsi que de d&#233;finir la lutte des Palestiniens comme se situant dans la continuit&#233; des luttes de lib&#233;ration anticoloniales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence &#233;tait un m&#233;lange de colloque scientifique, de manifestation politique et de rencontre sociale, agr&#233;ment&#233; d'interm&#232;des musicaux. Pour certaines interventions, on pouvait se demander quel en avait &#233;t&#233; exactement l'apport en termes de connaissances historiques, tandis que d'autres donnaient amplement mati&#232;re &#224; r&#233;flexion. Plusieurs contributions &#233;taient orient&#233;es vers l'histoire des id&#233;es, comme c'&#233;tait et reste souvent la pratique dans divers courants de l'historiographie &#171; marxiste &#187; &#8211; un vieux travers des universitaires d'orientation &#171; marxiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette diversit&#233; trouvait son contrepoint dans la cordialit&#233; ambiante, la qualit&#233; de l'hospitalit&#233; des relations, sans oublier les interm&#232;des musicaux cubains. Une atmosph&#232;re sympathique trouve son prolongement dans de nombreuses nouvelles connaissances. Les d&#233;clarations de solidarit&#233; politique &#233;galement &#8211; le Venezuela, la Palestine et Cuba &#233;taient naturellement en bonne place &#8211; empreintes d'&#233;motion, elles ne sonnaient pas creux. Elles n'aga&#231;aient manifestement pas non plus les scientifiques. La conf&#233;rence &#233;tait aussi in&#233;gale, aussi imparfaite, contradictoire, aussi &lt;i&gt;multifacetico&lt;/i&gt;, que le sont les &#234;tres humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une excursion vers les lieux de la Tricontinentale avec Olga Romero de l'Instituto Cubano de Amistad con Los Pueblos/ICAP &#8211; &#233;galement une cr&#233;ation de l'&#233;poque tricontinentale &#8211; conduisit les participant(e)s de la conf&#233;rence hors des somptueuses salles acad&#233;miques de l'Universit&#233; vers la ville. Une bonne partie de la population de La Havane s'est transform&#233;e, depuis la r&#233;forme mon&#233;taire, la lib&#233;ralisation du taux de change et du commerce ext&#233;rieur, en commer&#231;ants et plus encore en commer&#231;antes. Dans chaque rue, il y a un magasin, plus d'activit&#233; commerciale que jamais. Jamais on n'a autant consomm&#233; &#224; Cuba &#8211; du moins la partie de la population qui a acc&#232;s aux devises. Cela se refl&#232;te &#233;galement dans les montagnes de d&#233;chets qui caract&#233;risent actuellement le paysage urbain. On n'a probablement jamais autant jet&#233; non plus. La logique de l'argent se fraye son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, l'h&#233;ritage de la Tricontinentale est surmont&#233; au sens d'aboli. Il est aussi surmont&#233; au sens de pr&#233;serv&#233; dans les formes de solidarit&#233; internationale, telles qu'elles s'exprimaient dans la politique &#171; internationaliste &#187; de Cuba et, &#224; un autre niveau, &#233;galement durant la conf&#233;rence sous de nombreuses formes de relations interpersonnelles. Que Cuba, m&#234;me affaibli &#233;conomiquement et politiquement, poursuive cette politique, les boursiers palestiniens de l'Escuela Latinoamericana de Medicina de La Havane l'ont d&#233;montr&#233; lors de la conf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande conf&#233;rence internationale &#8211; 166 participant(e)s de 24 pays &#8211; a re&#231;u une attention m&#233;diatique &#224; Cuba &#8211; ainsi un article &#224; ce sujet est paru dans &#171; Granma &#187;. &#192; la fin de la conf&#233;rence, une journaliste de t&#233;l&#233;vision cubaine m'a demand&#233;, comme &#224; d'autres participants, quelle &#233;tait selon moi la signification actuelle de ce colloque dans le pr&#233;sent. Des &#233;v&#233;nements comme l'intervention arm&#233;e &#8211; aussi ill&#233;gale que politiquement efficace et sans cons&#233;quence au niveau des sanctions ou contre-mesures &#8211; d'un commando am&#233;ricain au Venezuela nous montrent &#224; quel point une Internationale serait n&#233;cessaire aujourd'hui comme facteur de pouvoir pour donner substance &#224; la solidarit&#233; avec Cuba et d'autres &#201;tats attaqu&#233;s &#8211; telle fut ma r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous sommes loin de cela, 60 ans apr&#232;s la tentative d'organisation &#171; tricontinentale &#187; cubaine. M&#234;me dans l'historiographie, elle est largement oubli&#233;e. Au moins cela a chang&#233; avec cette conf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berthold Unfried&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Historien.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; 60 ans apr&#232;s la Conf&#233;rence Tricontinentale : contexte, impact, h&#233;ritage et avenir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Historien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Neutralit&#233; instrumentalis&#233;e : quand le rectorat intimide un enseignant solidaire de la Palestine &#187;</title>
		<link>https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1544</link>
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		<dc:date>2026-02-04T22:19:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>SUD &#201;ducation 29</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La section d&#233;partementale du Finist&#232;re du syndicat SUD nous informe qu'un enseignant du lyc&#233;e de l'&#201;lorn, &#224; Landerneau, est convoqu&#233; par le rectorat ce lundi 9 f&#233;vrier. Notre camarade Erwan est ainsi somm&#233; de s'expliquer pour un fait aussi d&#233;risoire que r&#233;v&#233;lateur : avoir coll&#233; un drapeau palestinien sur son casier &#8212; situ&#233; en salle des personnels &#8212; et affich&#233; une brochure d'ONG portant sur la situation sanitaire &#224; Gaza. &lt;br class='autobr' /&gt;
La section d&#233;partementale du Finist&#232;re du syndicat SUD nous informe (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La section d&#233;partementale du Finist&#232;re du syndicat SUD nous informe qu'un enseignant du lyc&#233;e de l'&#201;lorn, &#224; Landerneau, est convoqu&#233; par le rectorat ce lundi 9 f&#233;vrier. Notre camarade Erwan est ainsi somm&#233; de s'expliquer pour un fait aussi d&#233;risoire que r&#233;v&#233;lateur : avoir coll&#233; un drapeau palestinien sur son casier &#8212; situ&#233; en salle des personnels &#8212; et affich&#233; une brochure d'ONG portant sur la situation sanitaire &#224; Gaza.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_966 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/7d24cc0e-7109-4201-95ea-00ddaf95c95a.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/7d24cc0e-7109-4201-95ea-00ddaf95c95a.png' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La section d&#233;partementale du Finist&#232;re du syndicat SUD nous informe qu'un enseignant du lyc&#233;e de l'&#201;lorn, &#224; Landerneau, est convoqu&#233; par le rectorat ce lundi 9 f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre camarade Erwan est ainsi somm&#233; de s'expliquer pour un fait aussi d&#233;risoire que r&#233;v&#233;lateur : avoir coll&#233; un drapeau palestinien sur son casier &#8212; situ&#233; en salle des personnels &#8212; et affich&#233; une brochure d'ONG portant sur la situation sanitaire &#224; Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rectorat ose qualifier ces faits de &#171; manquement au devoir de neutralit&#233; &#187;. L'argument est non seulement fallacieux, il est dangereux. La salle des professeurs n'est pas un espace p&#233;dagogique ouvert aux &#233;l&#232;ves ; elle est un lieu de travail, d'&#233;change, de discussion syndicale et politique. La pr&#233;sence permanente de panneaux syndicaux, d'affichages militants ou revendicatifs suffit &#224; d&#233;montrer que ce pr&#233;tendu devoir de neutralit&#233; ne s'y applique pas. Ce qui est vis&#233; ici n'est donc pas une r&#232;gle, mais une opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette proc&#233;dure constitue une atteinte grave &#224; la libert&#233; d'expression, et plus encore &#224; la libert&#233; d'expression syndicale. Elle s'inscrit dans une logique d'intimidation institutionnelle, qui tend &#224; instaurer une surveillance id&#233;ologique des enseignants, jusque dans les espaces qui leur sont propres. Il faut le dire clairement : c'est une d&#233;rive inqui&#233;tante, qui ouvre la voie &#224; une v&#233;ritable inquisition politique au sein de l'&#201;ducation nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que cette d&#233;marche soit engag&#233;e pr&#233;cis&#233;ment &#224; propos de la Palestine ne rel&#232;ve pas du hasard. Elle participe d'un climat g&#233;n&#233;ral de criminalisation du soutien au peuple palestinien, alors m&#234;me que celui-ci est confront&#233; &#224; une catastrophe humanitaire majeure, qualifi&#233;e par de nombreuses organisations internationales de situation g&#233;nocidaire. Sous couvert de neutralit&#233;, le rectorat cherche &#224; judiciariser la solidarit&#233; et &#224; faire taire toute prise de position jug&#233;e d&#233;rangeante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erwan sera bien entendu accompagn&#233; lors de son entretien avec le rectorat. Mais d'ici l&#224;, nous n'avons aucune intention de laisser passer cette attaque sans r&#233;action. Pour cette raison, une p&#233;tition de soutien est mise en circulation afin de faire comprendre clairement &#224; l'institution qu'en cas de sanction, nous n'en resterons pas l&#224;. Toutes les pr&#233;cisions figurent dans le texte de la p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soutenir Erwan, c'est refuser que l'&#233;cole devienne un espace de peur, de censure et de r&#233;pression politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci de faire circuler largement cette p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bureau de SUD &#201;ducation 29&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&lt;a href=&#034;https://framapetitions.org/petition/user/SoutienElorn29/non-a-la-repression-syndicale&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://framapetitions.org/petition/user/SoutienElorn29/non-a-la-repression-syndicale&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un trait&#233; de d&#233;sertion &#224; l'usage de toutes les g&#233;n&#233;rations</title>
		<link>https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1533</link>
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		<dc:date>2026-01-09T11:30:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose qui frappe &#224; la lecture de ce livre est la qualit&#233; de son &#233;rudition. &#192; chaque page, on s'y instruit, &#224; propos de la litt&#233;rature du d&#233;sastre dans l'Italie de la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle (en premier lieu, pas exclusivement), des figures et parcours de la d&#233;fection, du paysage de la d&#233;sertion dans cette topographie. On n'est pas instruit, au sens d'&#233;difi&#233; ou mis en condition &#8211; mais bien &#233;clair&#233; &#8211; heureusement et joyeusement, car conduit sur des chemins que, pour beaucoup, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_954 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/screenshot_2026-01-09_at_12.26.15.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/screenshot_2026-01-09_at_12.26.15.png' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose qui frappe &#224; la lecture de ce livre est la qualit&#233; de son &#233;rudition. &#192; chaque page, on s'y instruit, &#224; propos de la litt&#233;rature du d&#233;sastre dans l'Italie de la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle (en premier lieu, pas exclusivement), des figures et parcours de la d&#233;fection, du paysage de la d&#233;sertion dans cette topographie. On n'est pas instruit, au sens d'&#233;difi&#233; ou mis en condition &#8211; mais bien &lt;i&gt;&#233;clair&#233;&lt;/i&gt; &#8211; heureusement et joyeusement, car conduit sur des chemins que, pour beaucoup, l'on avait jusqu'alors n&#233;glig&#233; d'explorer jusqu'au bout. Ainsi, au hasard du souvenir : &#224; propos de la rencontre entre Joyce et Svevo &#224; Trieste, du d&#233;sastre militaire de Caporetto (&#224; la fois lieu et milieu de m&#233;moire), de la technophobie de Pirandello, de la stature de penseur d'Emilio Lussu dont on ne connaissait que le manuel d'insurrection, de l'admirable parcours de Francesco Misiano, d&#233;serteur, t&#233;moin et acteur des grandes gr&#232;ves de Turin et de la r&#233;volution spartakiste &#224; Berlin, militant socialiste allergique au social-patriotisme, producteur de films en Union sovi&#233;tique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formidable et scrupuleuse &#233;rudition qui se d&#233;ploie tout au long de ce livre de plus de 400 pages rend le lecteur sensible &#224; l'endurance du chercheur qui y a consacr&#233; son temps et son &#233;nergie &#8211; ceci &#224; l'heure o&#249; les t&#234;tes de gondole s'encombrent de simili-essais et autres manifestes r&#233;dig&#233;s par des auteurs press&#233;s, en qu&#234;te d'une place au soleil. &#192; l'&#233;vidence, cette &lt;i&gt;cartographie litt&#233;raire et artistique&lt;/i&gt; de la Grande guerre envisag&#233;e sous le prisme italien r&#233;sulte d'une recherche de longue haleine, d'une m&#233;ditation soutenue sur le motif qui en constitue le pivot &#8211; la d&#233;sertion et tous les gestes qui s'y associent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'en tenir &#224; cela, cependant, ne rendrait pas justice &#224; la port&#233;e r&#233;elle de ce livre. C'est qu'il s'agit bien de tout sauf d'une monographie en forme de compilation ou d'inventaire des motifs et conduites d&#233;fectifs se relevant dans l'espace italien, &#171; autour &#187; de la Grande Guerre. Son inspiration et sa m&#233;thode ne sont pas cumulatifs mais analytiques et critiques, dans la perspective non pas d'une visite guid&#233;e d'une s&#233;quence pass&#233;e, aussi dramatique et incandescente soit-elle, mais bien d'une ontologie du pr&#233;sent historique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luca Salza voit &#233;merger dans le creuset (ou plut&#244;t le crat&#232;re) de la Premi&#232;re guerre mondiale un leitmotiv discursif &#8211; celui de la d&#233;sertion, dans toutes ses dimensions, et dont le propre est d'&#234;tre signe d'histoire (Lyotard), de se pr&#233;senter et circuler non pas sur un mode compact ou molaire, mais de prendre consistance dans un infini champ de dispersion. C'est donc dans une perspective g&#233;n&#233;alogique et non pas antiquaire que l'auteur revient sur les lieux de la catastrophe inaugurale : il y identifie, y topographie tous les &#233;l&#233;ments, les signes, les traces qui nous conduisent &#224; statuer, aujourd'hui, sur &lt;i&gt;l'actualit&#233; de la d&#233;sertion&lt;/i&gt;, sur la pers&#233;v&#233;rance et le renouvellement des gestes d&#233;fectifs ; et surtout, sur la question ent&#234;tante de savoir ce que pourrait &#234;tre pour nous, comme elle fut pour ceux qui ne pli&#232;rent pas devant l'Union sacr&#233;e, dans tous les pays engag&#233;s dans la guerre, entre 1914 et 1918, une politique de la d&#233;fection conduite &#224; son terme, assumant toutes ses cons&#233;quences. En ce sens, ce livre est bien une sorte de manuel, mais nullement dans le sens scolaire du terme, plut&#244;t entendu comme &lt;i&gt;vademecum&lt;/i&gt; : un livre qui, m&#234;me s'il est trop &#233;pais pour tenir dans une poche, a pour vocation de nous accompagner dans nos efforts constants pour ne pas nous rallier aux &#233;vidences du jour, pour inventer nos propres lignes de fuite et (pour ceux qui sont engag&#233;s dans les travaux d'&#233;criture, quelle qu'en soit la forme) ne pas devenir des &#171; coolies de la plume &#187; (L&#233;nine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e force qui soutient l'ensemble de l'ouvrage, agenc&#233; autour de &#171; cartes &#187;, au sens topographique du terme (mais qui sont tout aussi bien des messages ou de br&#232;ves missives illustr&#233;es, &#224; nous adress&#233;es par les t&#233;moins de cette fin du monde que constitue la Premi&#232;re guerre mondiale) est clairement expos&#233;e d&#232;s les premi&#232;res pages de &lt;i&gt;La d&#233;sertion&lt;/i&gt;. La Grande Guerre, comme &#233;v&#233;nement cataclysmique, ne repr&#233;sente une coupure dans le cours des choses que pour autant qu'elle est l'expression, c'est-&#224;-dire le moment o&#249; il devient pleinement visible, du r&#233;gime d'Histoire qu'instaure la modernit&#233; europ&#233;enne. Sous ce r&#233;gime, la destruction est l'ombre port&#233;e de la production et la catastrophe celle du progr&#232;s. En ce sens, la Grande Guerre est davantage un r&#233;v&#233;lateur qu'une coupure ou une b&#233;ance &#224; proprement parler &#8211; &#171; La Grande Guerre est la d&#233;monstration sur le sol europ&#233;en des forces destructrices de la puissance industrielle cr&#233;&#233;e par l'homme &#187; - on serait tent&#233; ici de mettre en garde contre les g&#233;n&#233;ralit&#233;s de convenance (quel homme, Krupp ou le poilu lambda ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses pr&#233;misses, le livre insiste sur une approche de la modernit&#233;-comme-catastrophe r&#233;solument continuiste &#8211; la catastrophe ou le d&#233;sastre est, fondamentalement &lt;i&gt;un proc&#232;s&lt;/i&gt;, ce qui ne va pas sans susciter un peu d'inconfort conceptuel, pour autant que la catastrophe est toujours suppos&#233;e survenir et donc avoir partie li&#233;e avec la discontinuit&#233; entendue dans un sens plus ou moins radical. D'ailleurs, dans la suite du livre, en de nombreuses occurrences, la perspective discontinuiste retrouve ses droits d&#232;s lors que les scansions et les effets tangibles de la guerre, ses p&#233;rip&#233;ties et ses paysages, ses interactions avec l'&#233;v&#233;nement r&#233;volutionnaire sont mis en examen - via des &#339;uvres, des textes, des protagonistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;serve que m'inspire l'approche surplombante et processuelle de la modernit&#233; comme catastrophe globale telle que promue par l'auteur dans la premi&#232;re partie du livre est la suivante : elle ne fait au fond que retourner comme un gant le discours et l'id&#233;ologie progressiste et le mirage productiviste promus, notamment par la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne au d&#233;but du XXe si&#232;cle, puis le communisme &#233;tatis&#233; sous sa forme sovi&#233;tique. Mais ce geste est expos&#233; au danger du mim&#233;tisme : il tombe dans le m&#234;me travers que ce &#224; quoi il s'oppose &#8211; la lin&#233;arit&#233;, la compacit&#233;. Or, ce que l'Histoire du XXe si&#232;cle nous met au d&#233;fi de penser, ce sont les discontinuit&#233;s, les ruptures, les singularit&#233;s plac&#233;es sous le signe du progr&#232;s-catastrophe. L'&#233;v&#233;nement ne peut pas &#234;tre pens&#233; simplement comme la pure et simple accumulation des ruines, jour apr&#232;s jour, pour faire r&#233;f&#233;rence &#224; une formule benjaminienne un peu trop ressass&#233;e ; ce processus n'est pas calqu&#233; sur le mod&#232;le de la pluie qui tombe sans r&#233;pit sur un village breton, il y a toujours un ici et un maintenant de la formation des ruines, ce qui permet de donner un nom, singulier, &#224; chaque catastrophe, &#224; chaque &#233;v&#233;nement associ&#233; au d&#233;sastre &#8211; ceci de Verdun &#224; Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait aucun doute que la catastrophe est &#171; en marche &#187; d&#232;s lors (pour revenir &#224; notre sujet) que des &#201;tats commencent &#224; produire &#224; la cha&#238;ne des canons, des obus, des mines, des mitrailleuses, etc. Mais il n'en demeure pas moins que c'est au moment o&#249; ces moyens de mort entrent en action, sur les champs de bataille, inaugurant le temps de la mise &#224; mort industrielle, que se produit vraiment (en acte) l'explosion qui fait &#233;v&#233;nement &#8211; chacun de ses emplacements portant un nom propre portant la marque du sans pr&#233;c&#233;dent, de l'irrepr&#233;sentable, de la c&#233;sure, plac&#233; sous le signe de la suffocation des acteurs et t&#233;moins &#8211; Chemin-des-Dames, Caporetto, Verdun, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment ce que restitue la cartographie &#233;tablie par Salza, alliant avec bonheur qualit&#233; de l'information et pertinence analytique, dans les diff&#233;rentes cartes qui constituent le corps et le c&#339;ur de son livre &#8211; Trieste, entre Svevo et Joyce, Asagio (les massacres entre Italiens et Autrichiens sur l'Altipiano), Turin, entre guerre et r&#233;volution, Caporetto (ou le d&#233;sastre ineffa&#231;able)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On serait parfois, rarement, tent&#233; d'&#233;mettre quelques r&#233;serves &#224; propos de la fa&#231;on dont l'auteur (in&#233;vitable dans ce genre d'essai) est port&#233; &#224; &#233;pouser le point de vue ou se couler dans le discours des auteurs qu'il mobilise. Un exemple saillant en est l'allant avec lequel il semble &#233;pouser le parti technophobe r&#233;solument simplificateur de Pirandello, port&#233; &#224; mettre sur le dos de &#171; la technique &#187; (dont le propre serait, en g&#233;n&#233;ral, d'&#171; humilier l'homme &#187;...) le funeste changement de destin dont la Grande Guerre serait la manifestation, en grandeur nature. Mais l'impr&#233;cision dans l'emploi du mot &#171; technique &#187; conduit ici &#224; des approximations. Ce n'est pas &#171; la technique &#187; en g&#233;n&#233;ral qui produit la bifurcation fatale qui se produit avec l'apocalypse de 1914-18, mais bien cette forme toute particuli&#232;re de technicisation &#8211; notamment de motorisation et, comme dirait Marinetti, de &#171; m&#233;tallisation &#187; des sujets humains dont l'effet est de d&#233;cupler leurs puissances dans une mesure sans proportion avec tout ce que peuvent concevoir les plus audacieux de leurs calculs rationnels d'int&#233;r&#234;t et les plus visionnaires des anticipations sur les effets de leur actions. Pour le reste, dans toutes les soci&#233;t&#233;s et cultures humaines, les gestes accomplis par les vivants sont indissociables de techniques, toutes sortes de techniques, des plus simples aux plus complexes. Si &#171; l'homme est &#233;cras&#233; par les machines &#187;, formule au demeurant un peu trop convenue, ce ne sont pas les machines qui sont coupables mais bien les principes qui les animent, les dispositifs et agencements dans lesquels elles entrent &#8211; lesquels sont int&#233;gralement humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technophobie en g&#233;n&#233;ral n'est pas un rem&#232;de aux maux dont souffrent les soci&#233;t&#233;s dont le productivisme est le dernier mot et l'horizon, donc, la production-comme-destruction &#8211; la guerre, entre autres. Ce ne sont pas les machines qui sont folles, ce sont les addicts au productivisme et &#224; l'innovation t&#234;te baiss&#233;e qui le sont et la civilisation (le culte et le f&#233;tichisme) de l'automobile est dans les t&#234;tes et les rapports sociaux bien davantage que dans la bagnole elle-m&#234;me comme machine ou objet hypertechnologique. La technophobie &#224; la Pirandello (ou &#224; la Heidegger) a g&#233;n&#233;ralement pour corolaire la nostalgie des mondes anciens qui n'ajoute pas beaucoup &#224; la clairvoyance de ceux qui y succombent &#8211; comme Heidegger eut son idylle avec le F&#252;hrer, Pirandello eut sa lune de miel avec le Duce...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce propos, d'ailleurs (soit dit en passant, car ce n'est pas d'une importance vitale), j'ai parfois trouv&#233; &#224; la lecture que Salza ne respectait pas suffisamment les &#171; gestes barri&#232;re(s) &#187; lorsqu'il mobilise (&#224; bon escient pour son sujet) des auteurs dont des n&#233;cessit&#233;s imp&#233;rieuses nous portent, au reste, &#224; nous s&#233;parer. Cela me para&#238;t relever d'une prophylaxie &#233;l&#233;mentaire, lorsqu'on fait recours &#224; C&#233;line ou analyse un texte de Malaparte, de trouver ne f&#251;t-ce qu'un instant pour rappeler que ces auteurs sont, pour le reste, &lt;i&gt;infr&#233;quentables&lt;/i&gt;, pour des raisons que l'on peut prendre le temps de rappeler ou pas, mais qui, en tout cas, &lt;i&gt;ne se discutent pas&lt;/i&gt;, l'immunit&#233; litt&#233;raire n'existant pas en la mati&#232;re. Dans le m&#234;me sens, ne pas mentionner l'all&#233;geance fait par Pirandello au r&#233;gime fasciste, m&#234;me en peu de mots, me para&#238;t regrettable ou, tout aussi bien, celle de Peter Handke &#224; Milosevic. Ce n'est pas, ici, de la police de la pens&#233;e, mais de l'hygi&#232;ne mentale, le simple rappel du fait que les taches de sang intellectuel ind&#233;l&#233;biles, &lt;i&gt;&#231;a existe&lt;/i&gt;, quel que soit le renom des auteurs concern&#233;s ou la pertinence pour un sujet donn&#233;, de tel ou tel de leurs textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un motif central de l'essai de Salza est : &lt;i&gt;qu'est-ce que la Grande Guerre fait &#224; la langue&lt;/i&gt; et, plus pr&#233;cis&#233;ment, &#224; la litt&#233;rature ? La r&#233;ponse est qu'&#224; l'&#233;gal de bien d'autres &#233;l&#233;ments de la tradition, ce d&#233;sastre est le tombeau d'un certain r&#233;gime ou d'une certaine forme de litt&#233;rature (celle qui &#233;met des pr&#233;tentions &#224; une repr&#233;sentation r&#233;aliste du r&#233;el ou du sensible), et, pour ce qui est de la langue, une mise &#224; l'&#233;preuve totale o&#249; l'on voit voler en &#233;clat son approche &#171; purement v&#233;hiculaire &#187; &#8211; la langue comme moyen de communication. En bref, ce qui &#224; la fois survit au d&#233;sastre et prend corps dans le creuset de celui-ci, c'est une &lt;i&gt;&#233;criture du d&#233;sastre&lt;/i&gt;. Ici, la membrane qui s&#233;pare la litt&#233;rature de l'&#233;criture n'a jamais &#233;t&#233; aussi &#233;paisse &#8211; tout en demeurant, bien s&#251;r, comme toute membrane, poreuse. La Grande Guerre est le crat&#232;re dans lequel s'ab&#238;me la repr&#233;sentation, ce que montre minutieusement Salza en se mettant &#224; l'&#233;coute de ses auteurs &#8211; Joyce, Svevo, Gramsci (et bien d'autres, moins connus), en soulignant le caract&#232;re transversal de cette crise, du domaine des arts &#224; celui de la politique, en passant par les formes de vie, dans toute leur diversit&#233; et leur extension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait regretter toutefois le fait que l'auteur, exposant brillamment la fa&#231;on dont le processus de destitution de la repr&#233;sentation se produit de fa&#231;on irr&#233;versible dans le domaine de l'art et de la culture, ne survit pas, dans la dimension politique, &#224; la vague r&#233;volutionnaire des ann&#233;es 1920, dans l'espace europ&#233;en. C'est &#224; tr&#232;s bon escient que Salza, suivant en cela autant Gramsci que L&#233;nine, insiste sur le fait que la d&#233;mocratie lib&#233;rale, &#224; l'&#233;gal du roman bourgeois (&#171; r&#233;aliste &#187;) est morte dans les tranch&#233;es de la Premi&#232;re guerre mondiale ; ce n'est pas seulement la II&#232;me Internationale qui a fait faillite en ao&#251;t 1914, c'est la l&#233;gitimit&#233; m&#234;me de la d&#233;mocratie de repr&#233;sentation qui se volatilise d&#232;s les que les suppos&#233;s repr&#233;sentants (les gouvernants) des pays dans lesquels est &#233;tabli le suffrage universel ont pris sans &#233;tat d'&#226;me la d&#233;cision d'envoyer les suppos&#233;s repr&#233;sent&#233;s (les gouvern&#233;s) &#224; la boucherie, en troupeau. Or, ce qui caract&#233;rise l'entre-deux-guerres europ&#233;en (ceci en d&#233;pit de l'apparition de l'&#201;tat ouvrier en Russie, de la mont&#233;e des fascismes en Italie et en Allemagne, de l'existence un peu partout de puissants courants antid&#233;mocratiques), c'est cela m&#234;me : que la fiction repr&#233;sentative, en politique, dans sa version r&#233;publicaine ou monarchiste constitutionnelle, r&#233;siste au chaos engendr&#233; par la guerre et restaure suffisamment son autorit&#233; pour constituer, face &#224; la mont&#233;e notamment des mouvements totalitaires, quelque chose comme &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; r&#233;f&#233;rence civilis&#233;e, humaniste, h&#233;riti&#232;re des Lumi&#232;res europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &lt;i&gt;restauration&lt;/i&gt; est la condition de l'&#233;mergence du discours pseudo-&#233;mancipateur de la lutte &#224; mort de la civilisation d&#233;mocratique contre la barbarie fasciste, au temps de la Seconde guerre mondiale, ceci au prix, notamment, de l'oubli de l'arri&#232;re-plan colonial de la fiction d&#233;mocratique &#8211; l&#224; o&#249;, de &#171; repr&#233;sentation &#187;, il n'est gu&#232;re question. Cette restauration balise encore le champ dans lequel nous continuons &#224; peiner &#224; nous &#233;manciper des faux-semblants d'une institution symbolique de la politique dont la matrice demeure, envers et contre tout, la fiction toujours plus d&#233;charn&#233;e et inconsistante de la repr&#233;sentation. Nous d&#233;faire (faire d&#233;fection) jusqu'au bout d'avec cette &lt;i&gt;illusion&lt;/i&gt; (au sens que Freud donne &#224; ce mot dans un de ses titres c&#233;l&#232;bres), c'est l&#224; une des t&#226;ches &lt;i&gt;vitales&lt;/i&gt; que nous n'en avons jamais fini de conduire. Bien s&#251;r, dans l'espace italien, la perception de la relation qui s'&#233;tablit entre cette restauration de la d&#233;mocratie lib&#233;rale et la perp&#233;tuation de la catastrophe a &#233;t&#233; retard&#233;e par l'interminable s&#233;quence du fascisme. Cette restauration a m&#234;me pu y emprunter, comme dans la plupart des pays de l'Europe occidentale, les traits du r&#233;tablissement des droits de la Raison dans l'Histoire. On sait aujourd'hui, &#224; voir l'&#233;tat de la d&#233;mocratie italienne, ce qu'il en est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tr&#232;s stimulant chapitre du livre soutient avec force une th&#232;se (politique) dont la port&#233;e s'&#233;tend &#224; notre actualit&#233;, toujours plus massivement surplomb&#233;e par les menaces de guerre : &#171; la guerre n'est plus r&#233;volutionnaire &#187;, en d'autres termes, l'op&#233;ration strat&#233;gique pr&#244;n&#233;e par L&#233;nine, Liebknecht et autres, consistant &#224; &#171; transformer la guerre imp&#233;rialiste en guerre civile &#187; est &#224; ranger au rayon des antiquit&#233;s &#8211; ceci en raison, notamment de l'extr&#234;me technologisation des guerres contemporaines qui rend(rait) vaine toute intervention des masses susceptible d'en infl&#233;chir le cours en s'emparant des armes de l'ennemi (de classe) et en les retournant contre lui. Ainsi, &#171; Aucun armement invent&#233; au XXe si&#232;cle ne semble pouvoir &#234;tre utilis&#233; dans un horizon de lib&#233;ration politique, sociale, culturelle, existentielle (&#8230;) La mitrailleuse, en v&#233;rit&#233;, guette, pour l'arr&#234;ter, tout &#233;lan vers l'esp&#233;rance. C'est une d&#233;couverte d&#233;concertante pour un r&#233;volt&#233; &#187; (p. 335-37). Ou bien encore, comme le dit l'&#233;crivain et po&#232;te italien, Franco Fortini, dont Salza &#233;pouse la conviction : &#171; L'exp&#233;rience du si&#232;cle prouve que la transformation l&#233;niniste de la guerre imp&#233;rialiste en guerre civile n'est concevable qu'en dessous d'un certain niveau de technologie de l'armement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#232;se me laisse, pour le moins, ind&#233;cis. Sur le plan rigoureusement historique, d'abord, on ne peut pas dire que c'est la Premi&#232;re guerre mondiale (entendue comme premi&#232;re guerre massivement industrielle) qui a rendu impossible cette op&#233;ration, puisque la R&#233;volution russe d&#233;montre le contraire. La Seconde guerre mondiale et les luttes de d&#233;colonisation (par exemple en Asie du Sud-Est, au Vietnam ou en Indon&#233;sie) ne corroborent pas non plus cette suppos&#233;e r&#232;gle d'airain. En Yougoslavie, en Albanie, la guerre imp&#233;rialiste (l'occupation italienne et allemande) a bien d&#233;bouch&#233; sur une guerre civile encha&#238;nant elle-m&#234;me sur l'&#233;tablissement d'une sorte de dictature du prol&#233;tariat accompagn&#233;e d'une forte mobilisation des masses populaires. Les armes, dans ces configurations, ont bien &#233;t&#233;, pour une part, retourn&#233;e contre les oppresseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'aujourd'hui, comme tendent &#224; le montrer toutes les guerres de reconqu&#234;te conduites comme des op&#233;rations de police dans un contexte de guerre civile mondiale (&#171; d&#233;mocratie &#187; vs &#171; terrorisme &#187;), les dispositifs technologiques guerriers les plus efficaces semblent se situer hors de port&#233;e de toute esp&#232;ce de mobilisation des masses, de quelque &#171; mouvement d'en-bas &#187; que ce soit. Ce sont des guerres, dit-on, dont les op&#233;rateurs se tiennent bien au chaud dans des bureaux, &#224; des milliers de kilom&#232;tres du th&#233;&#226;tre des op&#233;rations, exp&#233;diant des armadas de drones ou tirant des salves de missiles depuis un ordinateur, les pieds sur le bureau, le gobelet de Coca &#224; port&#233;e de main...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les choses sont-elles aussi &#233;videntes que tend &#224; l'accr&#233;diter cette image d'Epinal ? Comme le montrent toutes les guerres du pr&#233;sent dans lesquelles les drones jouent un r&#244;le d&#233;cisif, on a l&#224; l'exemple d'une technologie de guerre qui, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre &#224; la port&#233;e de tous, peut &#234;tre le recours de la partie la plus d&#233;favoris&#233;e &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt;, y compris dans le cas de guerres tr&#232;s ouvertement asym&#233;triques (au Yemen, les Houtis ne s'en tirent pas trop mal). Ce ne sont pas les caract&#233;ristiques techniques des armes ni la technologie des armements qui d&#233;terminent leur praticabilit&#233; (ou non) dans un horizon d'&#233;mancipation mais bien plut&#244;t, encore et toujours, &lt;i&gt;la politique&lt;/i&gt;. Plus les armes sont sophistiqu&#233;es, bourr&#233;es de technologie, plus ce sont des saloperies, la cause est entendue. Mais s'il se trouvait que la r&#233;sistance palestinienne, &#224; Gaza ou en Cisjordanie, voire ailleurs, dispose d'un niveau d'armement un peu plus efficient que ce qu'elle est en &#233;tat aujourd'hui de mettre en &#339;uvre, les peuples du monde, la pl&#232;be mondiale ne s'en d&#233;soleraient gu&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la r&#233;sistance palestinienne, quoi qu'on puisse en dire, n'est pas cantonn&#233;e dans l'horizon d'une lutte de lib&#233;ration &lt;i&gt;nationale&lt;/i&gt;, elle est bien, encore et toujours, dot&#233;e de virtualit&#233;s &lt;i&gt;r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt;, m&#234;me si celles-ci, dans les conditions actuelles, sont enfouies sous l'&#233;pais manteau de cendres de l'occupation isra&#233;lienne. La pers&#233;v&#233;rance avec laquelle la Sainte-Alliance occidentale soutient le statu quo fond&#233; sur cette conqu&#234;te indique suffisamment que les vicaires de l'h&#233;g&#233;monie n'ignorent rien de cette virtualit&#233; &#8211; non pas seulement pour la Palestine &#8211; pour tout le Proche-Orient et, au-del&#224;, le Sud global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le complexe militaro-industriel, dans les m&#233;tropoles imp&#233;rialistes du Nord global, implique toujours davantage de civils qui, certes, pour beaucoup, ne sont plus des &#171; travailleurs &#187; dans le sens classique du terme, mais dont les dispositions, en cas de guerre, n'en sont pas moins susceptibles de varier et de se dissocier de la suppos&#233;e Raison d'&#201;tat et des rigueurs de la mobilisation totale. On en a eu la pr&#233;figuration lorsque des dockers se sont, dans le contexte du g&#233;nocide perp&#233;tr&#233; &#224; Gaza, oppos&#233;s &#224; l'embarquement d'&#233;quipements militaires destin&#233;es &#224; Isra&#235;l. En bref, donc, il ne faut jamais insulter l'avenir en consid&#233;rant que l'accumulation des dispositifs techniques, la sophistication sans cesse accrue des armements et moyens de destruction constitueraient d&#233;sormais un obstacle insurmontable &#224; la formation d'un peuple-du-soul&#232;vement ou d'un peuple-de-la-r&#233;volution. Qui sait ? Pourquoi les drones ne changeraient-ils pas de camp, en partie du moins ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on comprend bien o&#249; l'auteur veut en venir, en occupant sur cette question peupl&#233;e d'incertitudes une position aussi tranch&#233;e : c'est qu'il consid&#232;re qu'il n'est &lt;i&gt;pas d'alternative &#224; la d&#233;sertion&lt;/i&gt;, ni politiquement, ni existentiellement (ou &#233;thiquement). M&#234;me si la d&#233;sertion ne constitue pas &#224; proprement parler une conduite politique (le d&#233;serteur &#171; ne se situe pas dans l'ar&#232;ne de la politique &#187;), elle constitue aujourd'hui le paradigme surplombant toute d&#233;termination &#224; rompre avec ce qui ne se d&#233;signe comme &#171; ordre existant &#187;, n'&#233;tant en v&#233;rit&#233; qu'un chaos des/organis&#233;. La ligne de force que dessine la d&#233;sertion est, bien s&#251;r, une ligne de fuite et celle-ci a pour horizon la destitution de la politique dans toutes ses formes recevables dans l'&#233;tat pr&#233;sent des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aporie qui surgit ici est double : d'une part, comme le souligne Salza, la d&#233;sertion est, dans son principe m&#234;me, individuelle, d'autre part, corr&#233;lativement, elle s'oppose &#224; toute notion d'une &lt;i&gt;composition de force&lt;/i&gt;. Elle est constamment centrifuge, elle tend vers la dispersion et la disparition, l'effacement des traces, jamais vers la naissance d'une force se destinant &#224; affronter les puissances tourn&#233;es vers la production du chaos et de la mort. Ne lui reste donc que le recours &#224; la production de gestes plus ou moins embl&#233;matiques, que la disposition de traces &#233;parses &#8211; et c'est alors l'art, un art &#233;mancip&#233; de la repr&#233;sentation, non figuratif, non r&#233;aliste, tourn&#233; vers la consignation du d&#233;sastre, qui est alors appel&#233; &#224; prendre le relais de la politique. Cet art mineur, n&#233;cessairement mineur, souvent vou&#233; au chuchotement et &#224; la suffocation, se tenant au bord du silence (Kafka, Bruno Schulz, Paul Celan...) devient le refuge h&#233;t&#233;rotopique o&#249; survit la tradition des vaincus. Salza extrait du &lt;i&gt;Voyage au bout de la nuit&lt;/i&gt; du pas-encore-nazi C&#233;line, cette phrase &#224; laquelle il n'est pas loin d'accorder une valeur de manifeste : &#171; Dans une histoire pareille, il n'y a rien &#224; faire, il n'y a qu'&#224; foutre le camp &#187;. Ici, la messe semble dite et la tentation du repli, voire du silence appara&#238;t l'avoir emport&#233; sans appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais non&lt;/i&gt; : un peu plus loin, l'auteur se reprend, &#233;voquant la possibilit&#233; maintenue de &#171; produire des br&#232;ches dans les cartes officielles, d'o&#249; pourront na&#238;tre certaines formes d'existence &#187; &#8211; ceci dans le plus pur style &#171; appelliste &#187; &#224; la Julien Coupat... Et de faire l'&#233;loge de Guernica, blason du n&#233;o-pompi&#233;risme pacifiste et antifasciste interclassiste comme &#171; petite lueur surgie des t&#233;n&#232;bres &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce pas-de-deux que s'ach&#232;ve le livre. D'un c&#244;t&#233; : &#171; il est d&#233;j&#224; trop tard, il ne reste plus que la po&#233;sie &#187;. Et de l'autre : fuir, nomadiser pour ne pas se laisser rattraper par la guerre, redonner ses droits au principe de plaisir, &#224; la puissance de la vie &#8211; Nietzsche, Freud, boost&#233;s par Picasso, Hemingway et tous les autres qui peuvent se lire &#224; la lueur de la &#171; petite flamme &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment l'h&#233;sitation perp&#233;tuelle entre une position et l'autre, le point de bascule sur lequel s'&#233;crit ce livre qui en fait le prix. Le d&#233;serteur qui l'&#233;crit n'a pas encore tout &#224; fait renonc&#233; au monde, au combat et aux plaisirs de l'existence. Il ne nous dit pas si, appel&#233; sous les drapeaux &#224; l'&#226;ge o&#249; il aurait &#233;t&#233; convi&#233; &#224; faire son service militaire en temps de paix, il aurait d&#233;sert&#233;, se serait fait porter p&#226;le ou aurait rejoint son unit&#233; en attendant que &#231;a se passe... Il se tient en retrait, il &#233;pie le pr&#233;sent, diagnostique, s'indigne et se d&#233;sole. Mais pas au point, quand m&#234;me, d'aller rejoindre pr&#233;matur&#233;ment les morts, dans les catacombes de San Gennaro...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Brossat&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; &#201;crire au bord du gouffre &#187; : arch&#233;ologie du pr&#233;sent et r&#233;sistance infinie</title>
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		<dc:creator>Jean Claude No&#235;l</dc:creator>


		<dc:subject>menu_droit</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans &#201;crire au bord du gouffre. Victor Klemperer ou la r&#233;sistance dans la langue (Mim&#233;sis, coll. &#171; SAMSA. &#201;critures pour le Destituant &#187;, 2025), Alain Brossat op&#232;re bien plus qu'une simple recension critique ou une &#233;tude historique. Il se livre &#224; une r&#233;appropriation philosophique de la figure de Victor Klemperer, ce philologue allemand d'origine juive qui, au c&#339;ur des t&#233;n&#232;bres du IIIe Reich, a tenu la chronique minutieuse de la langue totalitaire. Loin de vouloir figer Klemperer dans le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=4" rel="tag"&gt;menu_droit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_950 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/screenshot_2026-01-06_at_12.54.49.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/screenshot_2026-01-06_at_12.54.49.png' width='500' height='331' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;&#201;crire au bord du gouffre. Victor Klemperer ou la r&#233;sistance dans la langue&lt;/i&gt; (Mim&#233;sis, coll. &#171; SAMSA. &#201;critures pour le Destituant &#187;, 2025), Alain Brossat op&#232;re bien plus qu'une simple recension critique ou une &#233;tude historique. Il se livre &#224; une r&#233;appropriation philosophique de la figure de Victor Klemperer, ce philologue allemand d'origine juive qui, au c&#339;ur des t&#233;n&#232;bres du IIIe Reich, a tenu la chronique minutieuse de la langue totalitaire. Loin de vouloir figer Klemperer dans le marbre froid de l'histoire ou de la mus&#233;ification acad&#233;mique, Brossat le &#171; r&#233;anime &#187; pour en faire un contemporain capital, un proph&#232;te pour notre &#232;re post-moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage ne se contente pas de commenter ; il performe une m&#233;thode. Brossat s'y d&#233;finit comme un penseur qui travaille &#171; avec &#187; les auteurs plut&#244;t que &#171; sur &#187; eux, une distinction cruciale qui transforme l'essai en un dialogue vivant, une &#171; pens&#233;e avec &#187; qui abolit la distance temporelle pour faire de l'analyse klemper&#233;rienne une bo&#238;te &#224; outils critique imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'inscrivant dans une d&#233;marche r&#233;solument foucaldienne, Brossat propose ici une ontologie de l'actualit&#233;, une &#171; lecture du pr&#233;sent &#187; qui utilise le pass&#233; non comme un refuge, mais comme une lentille pour d&#233;chiffrer les m&#233;canismes de pouvoir qui r&#233;gissent nos propres existences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant l'anatomie du d&#233;sastre, la &lt;i&gt;LTI&lt;/i&gt; se lit comme syst&#232;me sanguin. Le point de d&#233;part de cette r&#233;flexion est la relecture de la LTI (&lt;i&gt;Lingua Tertii Imperii&lt;/i&gt;), l'&#339;uvre ma&#238;tresse de Klemperer. Brossat invite &#224; d&#233;passer la lecture purement philologique pour y voir une v&#233;ritable ph&#233;nom&#233;nologie de la domination. Ce que Klemperer a identifi&#233;, et que Brossat met en exergue avec une acuit&#233; renouvel&#233;e, c'est que la langue du IIIe Reich n'&#233;tait pas simplement un vecteur de propagande externe, un mensonge plaqu&#233; sur le r&#233;el. Elle &#233;tait une force organique, un &#171; syst&#232;me sanguin &#187; du r&#233;gime.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'analyse se fait ici biologique et virale : la langue nazie est d&#233;crite comme une &#171; cellule canc&#233;reuse &#187; qui prolif&#232;re sur le corps de la langue allemande, la corrompant de l'int&#233;rieur, modifiant la chimie m&#234;me de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie ne se pr&#233;sente pas d'abord sous la forme d'un syst&#232;me conceptuel auquel on adh&#232;re rationnellement, mais sous la forme d'une &#171; police des &#233;nonc&#233;s &#187;. Cette police ne fonctionne pas uniquement par la coercition visible, mais par une colonisation insidieuse des esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brossat souligne avec force la dimension &#171; subreptice &#187; de cette contamination. C'est l&#224; que r&#233;side la le&#231;on la plus effrayante de la &lt;i&gt;LTI&lt;/i&gt; : on ne devient pas nazi par une conversion soudaine, mais en adoptant, souvent par mim&#233;tisme ou par lassitude, les mots, la syntaxe et les tournures du pouvoir. L'analyse du &#171; Judenkatze &#187; (le chat des Juifs), que Brossat reprend, illustre parfaitement cette victoire de l'id&#233;ologie sur le r&#233;el : l'animal lui-m&#234;me est requalifi&#233;, red&#233;fini par la langue du pouvoir jusqu'&#224; ce que la perception du monde s'aligne sur la fiction id&#233;ologique. Cette mall&#233;abilit&#233; de la langue r&#233;v&#232;le, en derni&#232;re instance, l'inqui&#233;tante mall&#233;abilit&#233; des subjectivit&#233;s politiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un gouffre &#224; l'autre : l'archipel des pouvoirs contemporains ! C'est dans le deuxi&#232;me mouvement de sa r&#233;flexion que Brossat d&#233;ploie toute sa puissance pol&#233;mique et son audace th&#233;orique. Il jette un pont entre deux gouffres : celui du totalitarisme historique et celui, plus (in)saisissable, de nos d&#233;mocraties lib&#233;rales contemporaines. Si ce rapprochement peut sembler p&#233;rilleux, il est justifi&#233; par une continuit&#233; structurelle dans la volont&#233; de ma&#238;trise des consciences. Brossat soutient que la probl&#233;matique de la langue comme enjeu de pouvoir est devenue la condition g&#233;n&#233;rale de notre modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence r&#233;side dans la modalit&#233; de l'exercice du pouvoir. L&#224; o&#249; la propagande nazie &#233;tait &#171; tonitruante &#187;, martiale et spectaculaire, la domination dans les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le actuelles se veut &#171; feutr&#233;e, oblique ou subreptice &#187;. Cependant, la m&#233;canique de fond demeure identique : il s'agit toujours d'&#171; embarquer les populations &#187; dans un grand r&#233;cit forg&#233; par les &#233;lites, de faire entrer la masse des vivants dans &#171; le r&#234;ve et le moule du pouvoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brossat identifie les avatars modernes de la &lt;i&gt;LTI&lt;/i&gt; dans le &#171; storytelling &#187;, les &#171; &#233;l&#233;ments de langage &#187;, la &#171; bienparlance &#187; et les &#171; fake news &#187;. Ces dispositifs discursifs fonctionnent comme une nouvelle &#171; police des &#233;nonc&#233;s &#187;, plus douce mais tout aussi efficace pour circonscrire le pensable. En convoquant la critique que Klemperer adressait &#224; Rousseau &#8212; vu comme le pr&#233;curseur de l'orateur totalitaire exer&#231;ant un pouvoir magn&#233;tique sur la masse &#8212; Brossat tend un miroir &#224; notre &#233;poque. Il nous montre que le &#171; discours du chef &#187;, m&#234;me sous les atours de la communication d&#233;mocratique, cherche toujours &#224; imposer une vision unifi&#233;e du monde, excluant la complexit&#233; et la dissonance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche s'inscrit dans la continuit&#233; des travaux ant&#233;rieurs de Brossat, notamment Le Corps de l'ennemi ou La r&#233;sistance infinie, o&#249; il traquait d&#233;j&#224; la violence et la domination au sein m&#234;me des dispositifs d&#233;mocratiques. C'est une vision deleuzienne et foucaldienne o&#249; le pouvoir n'est pas seulement une entit&#233; qui interdit, mais une force qui produit du r&#233;el, des discours et des sujets conformes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#201;crire au bord du gouffre&lt;/i&gt; ne se limite pas &#224; une analyse distanci&#233;e ; c'est un texte habit&#233;, presque charnel. Brossat ne cache pas que cet essai est aussi une mani&#232;re de se mettre en sc&#232;ne, de se positionner dans le champ intellectuel comme un &#171; soldat de la Raison &#187;, un &#171; r&#233;sistant &#187; au sens noble du terme. L'auteur tisse un lien intime et subjectif entre sa propre trajectoire et celle du philologue allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette identification se manifeste par le r&#233;cit de ses propres batailles intellectuelles, ses conflits avec l'establishment et l'intelligentsia, &#233;voquant par exemple ses brouilles avec Claude Lanzmann. Pour Brossat, l'acte d'&#233;crire n'est jamais neutre ; c'est un &#171; combat &#187;, une &#171; mani&#232;re de conserver le respect de soi &#187; face aux injonctions du consensus. En ce sens, le livre prend par moments des allures d'autobiographie intellectuelle, o&#249; la figure de Klemperer sert de catalyseur &#224; la propre &#171; r&#233;sistance infinie &#187; de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brossat critique vivement le &#171; devoir de m&#233;moire &#187; institutionnalis&#233; et les narrations fig&#233;es qui instrumentalisent le pass&#233;. Contre cette m&#233;moire de marbre, il oppose une m&#233;moire vive, combative, une m&#233;moire qui sert &#224; interpeller le pr&#233;sent. S'il peut sembler parfois qu'il s'octroie une part de la lumi&#232;re de Klemperer, se posant en h&#233;ritier d'une solitude h&#233;ro&#239;que, c'est pour mieux souligner la n&#233;cessit&#233;, pour tout intellectuel, de se tenir &#224; l'&#233;cart des &#171; grands r&#233;cits qui embarquent &#187; et de maintenir une vigilance de tous les instants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re partie de l'analyse, et sans doute la plus poignante, se concentre sur la dimension existentielle de l'&#233;criture. Face au &#171; gouffre &#187; &#8212; celui de la terreur, de l'effacement, de la mort sociale &#8212; l'&#233;criture surgit comme l'ultime rempart. Brossat revient inlassablement au journal de Klemperer, qu'il qualifie de &#171; manuel de survie intellectuelle &#187;. L'&#233;criture se pr&#233;sente comme salut et &#171; diamant de la modernit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'enfer du nazisme, le journal intime n'est pas un repli narcissique, mais une &#171; exigence &#233;thique &#187;, un &#171; r&#233;flexe d'autod&#233;fense contre la mort &#187;. C'est une &#171; bulle &#187;, un espace herm&#233;tique o&#249; le sujet peut continuer &#224; exercer sa souverainet&#233; int&#233;rieure alors m&#234;me que toute libert&#233; ext&#233;rieure lui est d&#233;ni&#233;e. L'&#233;criture devient ce que Brossat appelle magnifiquement un &#171; diamant de la condition de modernit&#233; &#187; : elle est l'outil par lequel l'individu, r&#233;duit &#224; l'impuissance, maintient sa capacit&#233; de jugement et pr&#233;serve sa propre humanit&#233; contre la barbarie ambiante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stylo ou le bout de crayon, objets d&#233;risoires face &#224; la machinerie nazie, se transforment en armes de r&#233;sistance m&#233;taphysique. C'est gr&#226;ce &#224; cette &#171; petite fabrique d&#233;mocratique &#187; personnelle que Klemperer a pu ne pas sombrer dans l'apathie ou la folie. Brossat souligne l'ironie supr&#234;me de cette trajectoire : ce ne sont pas les travaux acad&#233;miques savants de Klemperer qui lui ont assur&#233; la post&#233;rit&#233;, mais ces &#171; feuillets clandestins &#187;, ces notes prises dans l'urgence du danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; bouteille &#224; la mer &#187;, lanc&#233;e sans la certitude qu'elle trouverait un jour un lecteur, est devenue l'acte de t&#233;moignage le plus retentissant du XXe si&#232;cle. Brossat nous montre ainsi que l'&#233;criture constitue une victoire inali&#233;nable : non pas la d&#233;faite imm&#233;diate de l'adversaire politique, mais la victoire de la survie, la trace ind&#233;l&#233;bile laiss&#233;e sur le temps contre les forces de l'effacement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, &lt;i&gt;&#201;crire au bord du gouffre&lt;/i&gt; invite &#224; la veille philosophique. Il se dresse comme un ouvrage n&#233;cessaire, un appel &#224; la lucidit&#233; radicale. Si Alain Brossat endosse les habits du pol&#233;miste et du provocateur, c'est pour mieux secouer la torpeur de nos certitudes d&#233;mocratiques. Le gouffre dont il parle n'est pas seulement celui du pass&#233; totalitaire, c'est celui qui s'ouvre chaque fois que la langue est confisqu&#233;e, simplifi&#233;e ou instrumentalis&#233;e par le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage r&#233;ussit le tour de force de faire de l'&#233;rudition philologique une arme de combat contemporain. En reliant l'analyse m&#233;ticuleuse des faits de langue &#224; une posture philosophique engag&#233;e, Brossat nous rappelle que la r&#233;sistance commence dans les mots. Son livre est une invitation pressante &#224; ne jamais cesser de &#171; questionner les &#233;vidences &#187;, &#224; diss&#233;quer la langue du pouvoir sous toutes ses formes, et &#224; faire de l'&#233;criture et de la pens&#233;e critique des actes de survie quotidiens. C'est en cela que Brossat, fid&#232;le &#224; la tradition de Foucault et s'appuyant sur l'exemple de Klemperer, nous offre une v&#233;ritable ontologie du pr&#233;sent, un manuel de vigilance pour les temps incertains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Claude No&#235;l&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De l'animalit&#233; de l'homme et du vice des nations : Petit trait&#233; du pi&#232;ge referm&#233;</title>
		<link>https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1531</link>
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		<dc:date>2026-01-03T03:10:28Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Claude No&#235;l</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;1- L'ironie supr&#234;me du racisme &#171; scientifique &#187; fut de vouloir jeter l'autre dans l'&#233;table pour mieux s'en distinguer. En d&#233;cr&#233;tant que l'humanit&#233; se d&#233;clinait en races comme on classe le b&#233;tail ou les chiens de chasse, le th&#233;oricien de la hi&#233;rarchie a involontairement sign&#233; son propre acte de naturalisation. Il a bris&#233; le miroir sacr&#233; de la Gen&#232;se pour le remplacer par le microscope du biologiste. Ce faisant, il s'est pris &#224; son propre pi&#232;ge : s'il y a des races humaines, c'est que l'homme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_949 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/unnamed-5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/unnamed-5.jpg' width='500' height='575' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;1- L'ironie supr&#234;me du racisme &#171; scientifique &#187; fut de vouloir jeter l'autre dans l'&#233;table pour mieux s'en distinguer. En d&#233;cr&#233;tant que l'humanit&#233; se d&#233;clinait en races comme on classe le b&#233;tail ou les chiens de chasse, le th&#233;oricien de la hi&#233;rarchie a involontairement sign&#233; son propre acte de naturalisation. Il a bris&#233; le miroir sacr&#233; de la Gen&#232;se pour le remplacer par le microscope du biologiste. Ce faisant, il s'est pris &#224; son propre pi&#232;ge : s'il y a des races humaines, c'est que l'homme n'est plus ce demi-dieu tomb&#233; du ciel, mais un simple locataire du r&#232;gne animal. Le raciste voulait &#234;tre un &#233;leveur souverain ; il n'est devenu qu'un primate classant d'autres primates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- La modernit&#233;, avec une arrogance toute cart&#233;sienne, a cru pouvoir couper l'&#234;tre en deux : d'un c&#244;t&#233; l'&lt;i&gt;animus&lt;/i&gt;, le souffle divin de la Raison r&#233;serv&#233; aux &#171; civilis&#233;s &#187;, et de l'autre l'&lt;i&gt;anima&lt;/i&gt;, la simple m&#233;canique organique abandonn&#233;e aux &#171; sauvages &#187;. On a alors invent&#233; l'&#171; animal-machine &#187;, puis, par un glissement criminel, l'&#171; immigr&#233;-machine &#187; ou l'&#171; &#233;tranger-corps &#187;. Ce dualisme est le laboratoire secret du racisme : il permet de voir dans le mouvement du migrant non pas le voyage d'une conscience, mais le d&#233;placement d'une mati&#232;re biologique qu'il faudrait r&#233;guler, filtrer ou purger, comme on traite une eau trouble dans une tuyauterie nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Pascal nous avait pourtant pr&#233;venus : l'homme est ce monstre suspendu entre l'ange et la b&#234;te. Mais le tropisme moderne pr&#233;f&#232;re une version plus confortable de la fable. Dans ce r&#233;cit de mauvais go&#251;t, le natif est un ange par droit de sol, et le migrant une b&#234;te par d&#233;faut de visa. Lorsqu'un drame survient, la satire devient trag&#233;die : on &#171; majore &#187; le crime de l'&#233;tranger, on l'essentialise, on en fait le stigmate d'une nature incurable. Pendant ce temps, on &#171; minore &#187; l'abjection du natif, on l'excuse au nom de la fatigue du syst&#232;me ou, pire, on lui accorde un droit tacite &#224; la f&#233;rocit&#233; sous pr&#233;texte qu'il est chez lui. Comme si le sang local purifiait la souillure du crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Pendant que l'Occident s'enferme dans ses murs, d'autres sagesses comprenaient que l'humanit&#233; n'est pas un h&#233;ritage mais une conqu&#234;te. L&#224; o&#249; le racisme cherche une racine, l'&lt;i&gt;Ubuntu&lt;/i&gt; cherche une relation. Pour les sages d'Afrique australe ou les philosophes Nahuatl, celui qui d&#233;chire le lien social par la violence &#8211; surtout s'il est celui qui d&#233;tient le pouvoir &#8211; ne prouve pas sa force, il prouve sa d&#233;shumanisation. Le natif qui exerce sa pulsion criminelle sur l'immigr&#233; ne prot&#232;ge pas sa &#171; cit&#233; &#187; ; il la transforme en jungle, devenant pr&#233;cis&#233;ment cette &#171; b&#234;te &#187; qu'il pr&#233;tendait ne pas &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- Le darwinisme social, cette contrefa&#231;on grossi&#232;re de la pens&#233;e de Darwin, est la religion des peureux. Il imagine une guerre des sangs l&#224; o&#249; la biologie ne voit qu'une danse des g&#232;nes. Jared Diamond nous a rappel&#233; que la g&#233;ographie est le seul destin, et que les empires ne sont que des coups de chance environnementaux. Aujourd'hui, les politiques antimigratoires en Europe et aux &#201;tats-Unis ne sont que les derniers soubresauts d'un naturalisme agonisant : on tente de figer les corps dans des cases, alors que l'animalit&#233; humaine, par d&#233;finition, est mouvement, m&#233;tissage et adaptation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- Le pi&#232;ge est d&#233;sormais referm&#233;. &#192; force d'avoir voulu animaliser l'Autre pour le dominer, le dominateur s'est d&#233;pouill&#233; de sa propre cape de saintet&#233;. Nous voici tous rendus &#224; notre condition de cr&#233;atures fragiles, capables du crime le plus abject comme de la solidarit&#233; la plus haute. Le crime n'a plus de passeport, et la vertu n'a plus de patrie. Il ne reste qu'une seule citoyennet&#233; : celle du vivant. Et dans ce parlement de la chair et de l'esprit, le migrant qui marche vers son destin est souvent bien plus proche de l'&#171; ange &#187; pascalien que le bureaucrate qui tente de le r&#233;duire &#224; une statistique biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- Le cosmopolitisme classique (de Kant aux droits de l'homme) s'adressait &#224; l'esprit : nous sommes citoyens du monde parce que nous partageons la raison. Le cosmopolitisme biologique, lui, s'adresse au corps. Il affirme que notre premi&#232;re patrie n'est pas une nation, mais la biosph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- En reconnaissant que l'humain est un animal (comme le racisme l'a involontairement rappel&#233;), on valide le fait que la migration est une constante biologique de survie, et non une &#171; infraction &#187; administrative. Le mouvement des corps devient un droit naturel, au m&#234;me titre que la respiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9- Les politiques antimigratoires actuelles fonctionnent sur un mod&#232;le m&#233;dical d&#233;voy&#233; : l'&#233;tranger serait un &#171; virus &#187; et la fronti&#232;re un &#171; anticorps &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10- Le cosmopolitisme biologique renverse cette m&#233;taphore. Il nous enseigne que l'isolement biologique (la consanguinit&#233; culturelle et g&#233;n&#233;tique) m&#232;ne &#224; la d&#233;g&#233;n&#233;rescence des syst&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11- La &#171; sant&#233; &#187; d'une soci&#233;t&#233; ne r&#233;side pas dans sa capacit&#233; &#224; exclure, mais dans sa capacit&#233; &#224; int&#233;grer le flux. Le crime du natif sur l'immigr&#233; n'est alors plus une d&#233;fense, mais une maladie auto-immune : c'est le corps social qui s'attaque &#224; ses propres cellules de renouvellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12- En revenant &#224; Pascal et aux sagesses non-occidentales (comme l'Ubuntu), le cosmopolitisme biologique impose une humilit&#233; nouvelle. Si nous sommes tous &#171; ange et b&#234;te &#187;, personne ne peut se pr&#233;valoir d'une sup&#233;riorit&#233; de nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13- La violence du natif envers l'immigr&#233; est la preuve que le natif a &#233;chou&#233; &#224; &#233;duquer sa propre &#171; b&#234;te &#187; int&#233;rieure. Le cosmopolitisme biologique ne demande pas d'aimer l'&#233;tranger par charit&#233; chr&#233;tienne, mais de le respecter par solidarit&#233; d'esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14- Le racisme a voulu faire de la biologie une barri&#232;re ; le cosmopolitisme biologique en fait un pont. En admettant notre animalit&#233;, nous ne perdons pas notre dignit&#233;, nous perdons nos illusions de sup&#233;riorit&#233;. Le &#171; pi&#232;ge &#187; s'est referm&#233; sur le diviseur : il ne reste plus sur Terre que des &#234;tres fragiles, tous migrants dans le temps et l'espace, li&#233;s par une m&#234;me chair et une m&#234;me capacit&#233; &#224; faillir ou &#224; briller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Claude No&#235;l&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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