Que m’est-il permis de savoir ? – Klemperer et la « Solution finale » (3/3)
Pendant la guerre, la condition même de Klemperer connaît une inflexion décisive : dès 1942, il n’est plus simplement un exilé de l’intérieur, un paria, mais bien un survivant : « Toujours cette seule et unique pensée : ’Il y en a tant qui meurent autour de moi, et moi, je vis encore’ ». Désormais, la survie est vécue et pensée sur un fond qui est bien le projet nazi d’en finir avec les Juifs, dans leur ensemble. (…)
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Portraits philosophiques
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Explorer le passé/présent en compagnie de Victor Klemperer [7]
25 mai 2024, par Alain Brossat -
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20 mai 2024, par Alain BrossatQue m’est-il permis de savoir ? – Klemperer et la « Solution finale » (2/3)
Avec celle de la mémoire collective, s’est imposée dans les démocraties occidentales, au cours des dernières décennies du XXème siècle, une sorte de religion du témoignage. Le témoin y est célébré comme cette admirable vigie qui, au milieu de la tempête et des épreuves de l’Histoire déchaînée, déjantée, conserve les yeux ouverts et opère envers et contre tout la transmission du récit de l’ « extrême ». Le témoin (…) -
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16 mai 2024, par Alain BrossatQue m’est-il permis de savoir ? – Klemperer et la « Solution finale » (1/3)
Dans l’un des premiers chapitres de LTI, intitulé « Extraits du journal de la première année », Klemperer écrit : « Je crois que, à l’avenir, où que l’on prononce le mot « camp de concentration », on pensera à l’Allemagne hitlérienne et seulement à l’Allemagne hitlérienne ». Curieusement, je ne trouve pas trace de cette phrase dans le Journal de l’année 1933. Elle n’en indique pas moins que, dans l’examen constant (…) -
Explorer le passé/présent en compagnie de Victor Klemperer [6]
10 mai 2024, par Alain BrossatLa villa, la voiture – conformisme ou résistance à bas bruit ?
« Le jardin fleurit comme jamais encore il n’a fleuri. Profusion de roses, de jasmin, d’œillets, d’hélianthèmes... » Victor Klemperer, Mes soldats de papier, 20 juin 1939.
Lorsque le régime nazi s’abat littéralement sur eux, après la nomination de Hitler au poste de chancelier le 30 janvier 1933, les Klemperer sont habités par deux rêves : l’acquisition d’une maison avec jardin, dans un quartier un peu excentré de Dresde, et (…) -
Explorer le passé/présent en compagnie de Victor Klemperer [5]
6 mai 2024, par Alain BrossatC’est la faute à Rousseau (2/2)
Plus s’éloigne toute perspective de publication du Dix-huitième (comme de tout autre texte, d’ailleurs), et plus Klemperer s’y attache et s’y investit : « J’aime de plus en plus mon Dix-huitième ». Ceci au moment où une bibliothécaire, juive elle-même, lui apprend que ses livres viennent d’être retirés de la salle de lecture de la bibliothèque... Aller jusqu’au bout de la rédaction du livre, avec toutes les difficultés afférentes (il va falloir ronger l’os (…) -
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28 avril 2024, par Alain BrossatC’est la faute à Rousseau (1/2)
En règle générale, les gens qui, dans le monde de la philosophie ou, plus généralement, dans la sphère publique, décrient Rousseau comme un proto-totalitaire, ces amateurs de généalogies expéditives, ne sont guère fréquentables. Rousseau fait partie de ces penseurs qui, selon les affinités ou les aversions qu’il suscitent, demeurent, bien longtemps après leur disparition, de très puissants révélateurs. C’est comme les gens qui aiment à afficher l’horreur (…) -
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20 avril 2024, par Alain BrossatUn cactus : l’antisionisme déclaré de Victor Klemperer (2/2)
Klemperer n’est pas seulement un intellectuel, dans le sens général du terme, c’est un homme de lecture, un lecteur acharné – mais aussi altruiste : il peuple les nuits d’insomnie d’Eva d’inlassables heures de lecture et l’apaise ainsi, l’aide à s’endormir. Plus la vie des Juifs voit son périmètre se rétrécir, avec notamment l’entrée en guerre de l’Allemagne et les interdictions qui s’abattent en rafales sur eux, pour ce qui (…) -
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17 avril 2024, par Alain BrossatUn cactus : l’antisionisme déclaré de Victor Klemperer (1/2)
« Nous entendons maintenant beaucoup parler de la Palestine ; ça ne nous tente pas. Ceux qui y vont échangent le nationalisme et l’étroitesse contre le nationalisme et l’étroitesse (…) C’est plus fort que moi, je ne peux m’empêcher de sympathiser avec les Arabes insurgés en Palestine, dont la terre devient objet de ’transactions’ – sort d’Indiens, dit Eva ». Victor Klemperer, Journal, juillet-octobre 1933
Tout au long du (…) -
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10 avril 2024, par Alain BrossatDes cigarettes et des chats – comment se maintenir en vie
Klemperer et sa femme, Eva, ne peuvent pas vivre sans fumer. Alors, quand les pénuries et les restrictions leur rendent impossible l’accès au tabac, ils fument n’importe quoi – des feuilles de mûrier, des mégots, des cigares infâmes, ils se livrent à toutes sortes de trocs et de trafics, ont recours à tous les expédients pour se procurer de quoi satisfaire leur addiction. Victor, en dernier ressort, fume la pipe, qu’il bourre avec (…) -
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4 avril 2024, par Alain Brossat« Was bleibt... » Klemperer, Arendt – langue perdue, langue sauvée
Tout porte, a priori, à opposer l’approche de la question de la langue (l’allemand comme langue maternelle) mise en avant par Hannah Arendt dans son célèbre entretien avec Günter Gaus à l’exploration du jargon forgé par les nazis telle que Victor Klemperer la conduit dans LTI. Pour Arendt, la langue maternelle, c’est ce qui demeure quand on a tout perdu, qu’on a été dépossédé de tout, en situation d’exil forcé – la (…)
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