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Elope, elope, Penelope !

vendredi 21 février 2025, par Germinal Poltron

« Désormais, son titre de docteur et un manteau bon marché mais imperméable dissimulaient au monde extérieur la modestie de sa condition »
Stefan Zweig, Le voyage dans le passé (1929 ?)

1- How many my best friend(s) do you have ? (Au-delà de dix, cela devient vraiment préoccupant).

2- Contrairement à ce qu’on voit souvent au cinéma, il ne suffit pas que deux solitudes se rencontrent pour qu’elles s’accordent (haha !).

3- Lorsque, dans un couple durable, les plafonds de verre des conjoints ne se situent pas à la même hauteur, c’est généralement le sujet le moins bien doté qui l’emporte, entraînant à la longue l’autre vers le bas ; ceci plutôt que l’inverse – hélas.

4- Encore une fois sur les illusions du progrès : on se demande bien comment on faisait pour s’orienter dans une ville inconnue quand le GPS n’existait pas ; on se demande bien comment on faisait pour échanger des messages à distance quand le télégraphe, le téléphone, Internet n’existaient pas ; on se demande bien comment on faisait pour se rendre de Paris à Toulouse quand le TGV n’existait pas ; on se demande bien comment on faisait pour supporter l’existence quand les tranquillisants n’existaient pas... etc., etc.
Et pourtant : on ne sait pas, on ne sait plus comment on faisait – mais on faisait...

5- Rogo, encore un effort pour être tout à fait lévinassien ! Dans une tribune publiée par Le Monde le 6 février dernier, le philosophe Jacob Rogozinski verse beaucoup de larmes – sur les Palestiniens victimes de la destruction en masse de Gaza, mais davantage encore sur les Juifs qui avalisent silencieusement ces crimes innommables qui se commettent en leur nom – ceci comme l’indique suffisamment le titre de son papier – « Qui nous pardonnera ? ».
Ce ne sont pas les fortes paroles qui manquent dans ce texte dont l’auteur met en avant son titre de fils de rescapés de la Shoah : « Pour la première fois de ma vie, j’éprouve la honte d’être juif » – une nouvelle sorte de honte, celle de se situer du côté du bourreau et non plus des victimes. Jamais, note également le disciple de Jean-François Lyotard et Jean-Luc Nancy, il n’a été le témoin ni la cible d’un acte antisémite en France – un belle pierre au passage dans le jardin de Darmanin, Retailleau et toute la clique qui surfe sur la « vague » d’antisémitisme déferlant aujourd’hui sur la France.
S’affirmant juif par fidélité aux morts davantage que par foi religieuse, la belle âme met en scène sa peine et sa souffrance. Les Palestiniens passent à l’arrière-plan, ne sont plus que le prétexte de ce show narcissique et lacrymal. Ceux qui ont survécu au massacre de Gaza, ceux qui subissent en ce moment en Cisjordanie les assauts des corps d’élites de l’armée israélienne se moquent bien de la demande de pardon pathétique du philosophe à la retraite. Ce qu’ils veulent, ce ne sont pas des excuses (lesquelles ne ressuscitent pas les morts) mais leur terre. Rogozinski, dans son lamento, n’a pas un mot pour réclamer l’évacuation des territoires palestiniens occupés par Israël. Pas un mot de politique, à proprement parler, dans ce texte. Le show christique de ce pénitent blanc n’abuse personne, l’exhibition morale du philosophe est ici un écran de fumée devant la réalité – aux dernières nouvelles, c’est, sous l’égide de Trump, d’un nettoyage ethnique en grand de la bande de Gaza qu’il est avant tout question. Et puis, nous n’avons pas oublié que ce maître de la philosophie larmoyante fut l’un des premiers, après le 7 octobre, à sonner l’hallali contre le Hamas, incarnation de l’obscurantisme islamo-terroriste et barbare entre tous les barbares – dans les mêmes colonnes du Monde. Pauvre philosophie que celle qui n’a que le soupir de la créature accablée à nous faire entendre...

6- Je me rappelle Ivan Rebroff qui faisait de fréquentes apparitions sur les plateaux de télévision de l’ORTF dans les années 1960, pour y interpréter d’une voix grave des rengaines empruntées au répertoire populaire russe, affublé le plus souvent d’une tenue cosaque et d’un bonnet de fourrure. En fait, Rebroff était allemand et s’appelait Hans Rolf Rippert. Son frère, aviateur dans la Luftwaffe pendant la Seconde guerre mondiale, se vantait d’avoir abattu le Lockheed P-38 Lightening piloté par l’auteur du Petit Prince.

7- Quand un quidam oublie sa photo de mariage dans un bouquin qu’il dépose dans une boîte à livres, il est bien difficile de décider s’il commet un acte manqué caractérisé, s’il est juste merdique et désordonné – ou bien carrément s’il vient de divorcer.

8- Depuis qu’il a été équipé d’un bracelet électronique fixé à la cheville, Sarkozy porte un kilt par mesure d’économie – celui lui évite de devoir découper au ciseau tous ses bas de pantalons. Il ne peut plus prendre de douche, forcément. Alors, Carla le lave au gant avec soin, chaque matin, comme un vieillard en EHPAD.

9- La meilleure façon d’éviter de se faire couper l’herbe sous le pied, c’est encore de marcher sur le trottoir.

10- Avec l’Intelligence artificielle, on n’en est plus simplement au stade de la colonisation des esprits (la capture du marché de l’attention à l’ère de la télé puis du digital), mais à celui de la commodification of the mind – la transformation des esprits en marchandise.

11- Avis aux étrangers prompts à abuser de l’hospitalité française et qui seront désormais soumis à des tests de langue : mettez-vous bien dans la tête qu’un sale gosse et un gosse sale, ça n’est pas du tout la même chose. Un sale gosse peut être d’une propreté irréprochable, un gosse sale peut être, au demeurant, un enfant modèle qui a juste joué dans une flaque, ce qui n’est pas pendable.

12- La normalisation fasciste bat son plein. Giorgia Meloni bat tous les records de popularité dans son pays, comme à l’international. Au train où vont les choses, on lui attribuera bientôt un Prix Nobel – peu importe lequel.

13- « Or, un haïku sans fraîcheur, n’est plus du tout un haïku » (Kenneth White, Lettres de Gourgounel) . Comme les sushi, donc.
Tant qu’à faire dans la fraîcheur, on pourra toujours préférer les sushi sans obligatoirement devoir passer pour un beuh...

14- Albert Camus n’est certainement pas l’immense écrivain que ne se lassent pas de célébrer ses adeptes, mais ses nouvelles et ses romans les plus célèbres proposeraient au fond une description passable et assez fidèle, documentaire, de la société coloniale – n’était cet insupportable parfum de morale à bon marché dont ils sont enveloppés. Ils me rappellent ces employés de bureau qui, le matin, s’inondent d’after-shave de supermarché avant de partir au boulot, espérant combattre ainsi les miasmes du métro. Sur le fond, Camus demeure constant : le représentant appliqué, exalté parfois, d’une sorte de barrésisme pied-noir.

15- Plus le droit pénal s’encombre de normes empiétant sur le domaine des subjectivités, des dispositions, de l’infra-liminaire, de l’intime, comme on dit – et plus, en étendant son champ d’exercice il s’enfonce dans l’impasse et régresse vers un subjectivisme pénal ajusté sur l’humeur du temps. Ce n’est pas pour rien que l’expertise psychiatrique étend son emprise d’une manière croissante dans les prétoires. L’expert psychiatre guide le juge dans le labyrinthe des subjectivités, des dispositions cachées, du non-dit, du refoulé. Or, l’expert psychiatre, c’est le sergent de l’inconscient et, par ce biais, le flic des conduites. Pour tout ce qui concerne le domaine des mœurs, des relations entre les sexes, de la sexualité, le droit pénal s’éloigne toujours davantage du domaine des faits avérés, tangibles et vérifiables, pour s’égarer dans le maquis et les zones grises de l’intersubjectivité, des interactions entre sujets dominées par l’affect, les flux pulsionnels, les inclinations, les gestes plutôt que les actes – un vaste domaine dont le propre même est de résister à son emprise. La normation, pour ne pas parler de la normalisation, du subliminaire est, en la matière, une prétention dérisoire, vouée à l’échec. L’impérialisme pénal est ici aussi puéril que celui de Trump lorsqu’il entreprend de régler en deux temps trois mouvements la question de Gaza, à ses propres conditions. Ou bien encore : c’est comme si le Ministère de l’Intérieur prétendait fixer l’heure à laquelle je dois aller me coucher, et avec qui.

16- Ce qui se passe sur les écrans ne se passe pas (du tout). C’est l’impalpable fumée du présent.

17- Prendre les choses du bon côté : mourir dans son sommeil, s’endormir dans la paix du Seigneur, c’est comme s’offrir une grasse matinée perpétuelle et royale.

18- L’espèce dangereuse par excellence ce ne sont ni les loups et les serpents venimeux mais bien évidemment les enfants – la preuve, ces panneaux qui prolifèrent à proximité des écoles – « Attention, danger, enfants, etc. ».

19- Le supposé peuple israélien étant à l’évidence devenu une tribu fasciste plus ou moins homogène, nihiliste, vandale et suprémaciste, il serait temps de songer à sa remigration en forme de dispersion – on peut évidemment l’exhorter à déserter la colonie de son propre mouvement, à faire raisonnablement son alya à l’envers, mais on peut douter du résultat. Alors, il va falloir envisager sérieusement des OQTP, des obligations de quitter le territoire palestinien.

20- J’ai connu une fille dont le pantalon changeait de couleur quand on lui posait la main sur le genou – de vert moiré, il devenait pourpre, rouge de colère. Un pantalon #Metoo, en somme.

Germinal Poltron

Messages

  • OQTP, belle trouvaille. Jacob Rogozinski, mais aussi Joan Sfar, qui, sur les plateaux de télévision, se lamente sans cesse sur le sort des Juifs, les dangers imminents auxquels ils seraient supposément confrontés en France, tout en nous tympanisant avec sa quête identitaire, sa judéité, etc. Bref, ça papote sur son petit « moi juif », dans un contexte où la Palestine reste sous occupation et où les Palestiniens survivent (ou « sous-vivent », comme vous l’aviez si bien remarqué dans un Un Peuple Debout) sous les yeux indifférents des dirigeants du Nord global. Il aurait été bien plus couillu et humain d’intituler sa dernière bédé : Que faire des Palestiniens ? (Ce que Joe Sacco a finalement déjà accompli dans son admirable Palestine). Une question que les États-Unis, en revanche, se posent avec le plus grand des sérieux. Trump, avec le tact qu’on lui connait, y a répondu, à peu près, de cette manière : « Nous éradiquerons cette vermine terroriste et transformerons Gaza en un paradis balnéaire pour milliardaires. » C’est ça, la véritable « abjection absolue » (dixit l’autre con de Retailleau), pas la menue dégradation de la tombe de l’autre infâme borgne.