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Liberté, égalité, canicule

vendredi 22 août 2025, par Jessica Chétif

« Veritas est in puteo – La vérité est au fond du puits »
Démocrite

1- Les voici déjà devenus vieux avant que d’avoir trouvé le temps d’être jeunes.

2- Je me rappelle la rue Felix Dzerjinski, à Pantin, en Seine-Saint-Denis. Rebaptisée sans risque rue de Moscou, après la chute du régime soviétique.

3- Il suffit d’y réfléchir un peu pour réaliser que l’expression « vachement sympa » est complètement débile. Ni les vaches, ni la sympathie n’y trouvent leur compte.

4- Rendu furieux par la médiocre qualité du fourrage livré le jour même, le vieil éléphant défonce les grilles délimitant son espace et sème la panique parmi les visiteurs. Dégât des zoos.

5- On se passera(it) volontiers de l’Etat d’Israël... Oui, mais alors, qui paiera aux peuples voisins et aux Palestiniens qu’il spolie et dont il saccage l’existence depuis tant des générations les colossales réparations qu’il leur doit ?

6- La moindre des politesses communicationnelles consistera à tourner sept fois sa langue dans la bouche de l’autre avant de raconter une connerie.

7- Devenez le roi (la reine) des allitérations, répétez après moi : le pasteur aspirait à passer l’aspirateur.

8- Chaque fois que j’entre dans une boîte à livres où règne le plus grand des désordres, avec des magazines, des livres de jeunesse et des jeux de cartes tapissant le sol, je ne peux m’empêcher d’y faire un peu le ménage, rangeant les ouvrages selon leur taille, remettant les jaquettes en place, emportant les exemplaires détériorés en vue de leur restauration, etc. Le bordel dans une boîte à livres, je le prends toujours comme un outrage personnel.

9- Un couple. Elle invariablement affable et lui affabulateur invétéré. Affable vient du latin affabilis, signifiant : « à qui on peut parler ». L’affabulateur, lui, raconte des histoires, le mot étant pris ici en mauvaise part – des « fables », des bobards. Dans les deux cas, est en jeu la parole – le milieu des échanges verbaux, le vecteur des histoires. Avec l’affable, on peut échanger des histoires en confiance. L’affabulateur, en revanche, on se méfiera de ses histoires – toutes ses histoires. C’est un faiseur d’histoires.

10- La grande escroquerie du libéralisme tient à son nom même, lequel tendrait à accréditer l’idée de son pacte avec la liberté, avant tout. Or, sa matrice, son cœur battant, ce n’est pas la liberté, sous quelque espèce que ce soit, mais bien le marché. Sous le régime libéral, la dite « liberté de la presse » est placée, la chose est aisément vérifiable, sous les conditions du marché – la presse n’est effectivement libre que pour ceux qui ont les moyens de se l’offrir. Il en va de même de la liberté de penser, de la liberté d’opinion : elles sont, en tout premier lieu, soumises aux conditions du marché. Si vous n’avez pas accès au marché des idées, vos pensées et vos écrits sont inaudibles et invisibles. Plus généralement, la démocratie libérale est entièrement tributaire des conditions du marché. Mieux : elle est, et d’une manière toujours plus intégrale, un marché elle-même. En démocratie libérale, ce n’est pas la liberté qui fixe les conditions du marché, c’est l’inverse : le marché qui dicte ses conditions en toutes choses – la « libre entreprise ».

11- Vieilles pierres et dernier cri : dans nos sociétés, coexistent sans grande tension apparente culte de l’ancien, valeur d’ancienneté (Alterswert, Alois Riegel) et fétichisme de la nouveauté – la valeur de nouveauté entendue comme irrésistible tropisme vers le nouveau, novisme. A y regarder de plus près, cette coexistence apparaît toujours plus problématique et contentieuse – étrange alliance du dernier cri technologique et de la célébration de l’ancien vénérable, lors de la remise en état de Notre-Dame. Il se pourrait aussi que la valeur d’ancienneté, cela devienne avant tout un truc de vieux, justement, de collectionneurs, d’antiquaires, de conservateurs de musées – avec la teinture souvent réac de la chose. Le novisme, de l’autre côté, fait bon ménage avec le jeunisme. Pour s’intéresser à un film du siècle dernier, il faut avoir dépassé l’âge du siècle nouveau – who wants yesterday’s paper ? Une des raisons pour lesquelles les jeunes sont prématurément fatigués : vivre au rythme haletant de ce qui vient de sortir, c’est proprement épuisant...

12- Le spectacle s’est généralisé comme le simulacre indétectable (plus vrai que vrai) de l’action.

13- Mark Zuckerberg : une sorte de Woody Allen bodybuildé, et qui aurait réussi dans les affaires. La Silicon Valley comme nouveau Nouveau monde, à l’âge et aux conditions de Trump, contre New York, relégué du côté ringard du Vieux continent. Le full contact et le culte décomplexé de la force, plutôt que les blagues yiddish.

14- Mieux vaut un long épisode de canicule qu’une double fracture de la clavicule.

15- Pour le marcheur, la terre n’est ni plate ni ronde, elle est accidentée.

16- Ce qui manque dans nos sociétés, c’est une éducation (y compris scolaire, pour commencer) à la mort. Que les gens soient familiarisés dès leur plus jeune âge avec l’idée que la mort n’est pas une chose si terrible que ça et qu’elle peut être même, en certaines circonstances, souhaitable, préférable à la vie sans qualité, à défaut d’être désirable. Ce qui continue de prévaloir, c’est la peur panique de la mort. On pense ménager les enfants en évitant le sujet devant eux. C’est tout le contraire – on les désarme face à la mort.

17 – Certains soutiennent qu’un vieux chausse-pied en corne peut faire très convenablement office de marque-page, d’autres s’insurgent contre cette idée même. On a vu d’interminables guerres civiles s’enflammer pour moins que ça.

18- L’étranger, dans son obscurité native, est capable de tout, y compris de confondre une chambre aérée avec une chambre à air. La raison pour laquelle la vigilance des Retailleau, Darmanin, Bardella, Zemmour (…) nous est si précieuse. C’est bientôt qu’on vote ?

19- Alaska : Les aventures de Poutrump et de Titine (« J’ai retrouvé Titine, Titine oh mon Titine, que je ne trouvais pas... »).

20- Tout allait beaucoup mieux depuis que l’éclairage au gaz avait remplacé les Lumières et le bac à compost la philosophie, pérenne et non-pérenne.

Jessica Chétif