Ici et Ailleurs

Pour une philosophie nomade

À la une : Le colonialisme nucléaire : Une histoire mondiale des exclusions technologiques
23 janvier 2026 — PAR Dragos Panneton

En redescendant de Gorbio (roulez, jeunesse !)

Ils laissaient parler leur cœur, avec les demi-vérités et les échappatoires particulières à cet organe, qui n’a jamais eu la réputation d’un outil de précision. (Francis Scott Fitzgerald, À la sueur de son front (1929)

1- Toute l’agitation de Netanyahou, de ses protecteurs et consorts (ils sont légion) autour de l’antisémitisme galopant n’est jamais que la version discursive et bavarde du Dôme de fer protégeant l’État criminel israélien des missiles à courte et moyenne portée.

2- Déscolariser la société (Ivan Illitch) : urgence d’arrêter l’école (l’École) qui n’est jamais qu’une machine à infliger des camouflets aux mouflets.

3- Tester l’intelligence de l’IA : quelle probabilité authentiquement probable que mon chat, avec sa sale habitude de marcher sur le clavier de mon ordi, écrive mon nom et mon prénom sans faute, en toutes lettres ?

4- Les Allemands ne se seraient pas fait particulièrement de scrupules à propos d’Auschwitz s’ils avaient gagné leur guerre. C’est la défaite qui les a rendus vertueux (et démocrates). La preuve, par association : les États-Uniens face à Hiroshima et Nagasaki. Une heureuse initiative pour la majorité d’entre eux, aujourd’hui encore, destinée à « sauver des vies » en abrégeant la guerre en Asie orientale et dans le Pacifique.

5- Dieu n’est qu’un vieux chien à la renverse – god, dog, etc.

6- Étendre le domaine des communs : sur le modèle des boîtes à livres. Installer, à tous les coins de rue, des boîtes à confitures, à enfants, à animaux domestiques, à mauvaises pensées – les gens, en général, ont trop de tout ça et ne savent pas comment s’en débarrasser.

7- J’ai la berlue, me dit mon chat – mais en vérité, il ne sait pas ce qu’il dit. Il confond les mots. Ce chat a été mal éduqué, à cause de la vie chahutée de ses maîtres, il ne maitrise pas la langue. Ce qu’il tente de me dire, c’est : j’ai la diarrhée, la raison pour laquelle il fait ces allers-retours incessants vers sa caisse. Pourquoi il dit berlue à la place de diarrhée, je l’ignore. Une overdose de CNews, sans doute.

8- Quand ça va mal pour les humains, les animaux trinquent avec eux. Quand ça va bien (mieux) pour les premiers, les seconds continuent de trinquer.

9- Le fascisme ne passera pas – en effet, ce qui ne passe pas, c’est ce qui est entré dans les mœurs, la bagnole, le blue-jeans, la machine à café, le smartphone... et le fascisme, donc – il suffit d’ouvrir les yeux.

10- Joie maligne : cela fait des jours et des jours que Studio, roman étique de l’infâme Sollers, n’en décolle pas de la boîte à livres où un usager peu scrupuleux (ou dégoûté) l’a déposé. Justice immanente.

11- Il me revient à la mémoire le souvenir familier du temps où je portais des chemises en polyester avec de fines rayures blanches et bleues. Je trouvais ça très chic, con (et inconsciemment sioniste) comme j’étais, à l’époque.

12- Les gens qui se croient autorisés à déposer des ceintres et des Tupperware en plastique dans les boîtes à livres feraient aussi bien de tenter de stocker un litre de soupe dans un volume de la Série noire ou de faire sécher un t-shirt sur Manon Lescaut, en Livre de poche.

13- Les morts sont des humains fatigués qui vivent désormais couchés en permanence et ont changé de régime alimentaire. Ils ont cessé de bouffer les saloperies vendues sous plastique en supermarché et se nourrissent exclusivement de bonne terre grasse. Ils ne s’en portent pas plus mal, la preuve : ils ne vont plus jamais chez le médecin.

14- Principe des vases communicants : plus le fascisme monte, plus se multiplient les descentes de police. La question de savoir si une descente de police présente davantage de dangers qu’une descente d’organes sera abordée ultérieurement.

15- Grâce au smartphone, la délation, sport dans lequel les Français ont toujours excellé, connaît un regain de popularité et de nouveaux perfectionnements. On filme le chien du voisin en train de pisser contre les poubelles de l’immeuble, on envoie la vidéo au syndic – on gagne sur tous les tableaux : on agit civiquement tout en s’adonnant au plaisir fétide du mouchardage. Ambiance de cour de récréation, version noire, régression à tous les étages.

16- Bien sûr que la stagnation, voire la diminution de l’espérance de vie dans beaucoup de pays du Nord global (États-Unis, France, Taïwan...) est un signal d’alarme et un indice sûr de la dégradation générale des conditions de vie du plus grand nombre... Pour autant, on peut douter que l’allongement (potentiellement infini) de l’espérance de vie, sans autre qualification, constitue, en soi, un objectif nécessairement, inconditionnellement désirable – et progressiste, comme ils disent. Encore faudrait-il, en effet, que les existences appelées à se prolonger (s’attarder ?) toujours davantage se maintiennent dans le champ de la vie qualifiée – de la vie valant d’être vécue. Ce qui, aujourd’hui, est l’exception plutôt que la règle.

17- Que la bicyclette a été inventée pour les hommes plutôt que pour les femmes. Démonstration : rien de plus facile pour un homme, avec un peu d’entraînement, de pisser sans descendre de vélo, opération impossible à réaliser pour une femme. La même en version machiste : une preuve évidente de la supériorité de l’homme sur la femme : il peut pisser sans descendre de vélo, alors que, etc. La même en version féministe : le vélo, même quand il s’appelle bicyclette, a été inventé par les hommes pour nuire aux femmes, les humilier. La preuve – etc.

18- La musique au cinéma (dans les films) ne sert qu’à une seule et unique chose : faire monter l’affect, quand le spectateur menace de piquer du nez.

19- Ce n’est parce que Brigitte Bardot est morte que vous devez vous sentir autorisé à descendre dans la rue en glapissant : « Et mes seins, tu les aimes, et mes fesses, comment tu les trouves, etc. ? ».

20- Je me souviens d’un pape qui n’en finissait pas de mourir en hoquetant. La radio en parlait, dans un restaurant où je dînais avec mes parents, au retour des vacances. J’avais 12 ans, ce pape s’appelait, de son nom de pape, Pie XII. Mais peut-être ce souvenir se trouve-t-il déjà dans Je me souviens, de Georges Perec (1978) – je ne sais pas, je n’ai pas le livre sous la main. Difficile de se souvenir du souvenir d’un autre. En tout cas, moi, je me souviens bien : le restaurant, à Belfort, et la radio qui parlait du hoquet du pape, et nous qui dînions tranquillement – les papes, on s’en foutait un peu.

Dragos Panneton

NOTES
← Retour à la navigation