K. Revue trans-européenne de philosophie et arts — Deux rencontres à Paris — juin 2026
La revue K. vous convie à deux événements parisiens qui, à quelques jours d’intervalle, posent une même question fondamentale : qu’est-ce que la guerre fait à nos consciences, à nos langages, à nos façons d’habiter le monde ?
Gaza et nous. Vivre au temps du génocide
Vendredi 5 juin 2026, 18h — Les Relais Solidaires, 61 rue Victor Hugo, Pantin
Nous regardons. Nous savons. Et pourtant la vie continue — les courses, les réunions, les conversations ordinaires. Comment vivre avec ça ? Comment penser avec ça ?
La rencontre-débat organisée par K. ne prétend pas offrir de réponses consolatrices. Elle veut au contraire ouvrir un espace rare : celui d’une pensée qui accepte de se confronter à ce qui se passe à Gaza sans détourner les yeux, sans euphémismes, sans la distance commode de l’analyse abstraite.
Étienne Balibar, l’un des philosophes politiques les plus importants de notre temps, dont l’œuvre n’a cessé d’interroger les frontières, la violence et les formes contemporaines de l’exclusion, sera présent pour penser avec nous ce moment historique.
À ses côtés, Thierry Labica, spécialiste des littératures postcoloniales et des dynamiques impériales, apportera les outils critiques nécessaires pour déchiffrer ce que les discours dominants cherchent à obscurcir. Sophie Mendelsohn, psychanalyste engagée dans les questions de trauma collectif et de résistance subjective, interrogera ce que cette période fait à nos psychés, à notre rapport au réel et à l’autre. Luca Salza, enfin, dont la trajectoire intellectuelle traverse la littérature, la philosophie et l’histoire des conflits, liera cette rencontre à la suivante — car c’est lui aussi qui, deux jours plus tard, présentera son ouvrage sur une autre forme de refus de la guerre.
Vivre au temps du génocide : la formulation est volontairement frontale. Elle nomme ce que beaucoup hésitent encore à nommer. C’est précisément ce courage du mot juste, de la désignation exacte, que cette soirée entend défendre et pratiquer.
La désertion. Une cartographie littéraire et artistique — Italie, Grande Guerre
Dimanche 7 juin 2026, 17h — Association Nationale Les Garibaldiens, 20 rue de Vinaigriers, Paris 10e.
Deux jours plus tard, dans un autre lieu de mémoire et de solidarité, Luca Salza présente son ouvrage paru aux Éditions Mimésis en 2025 : La désertion. Une cartographie littéraire et artistique. Italie, Grande Guerre.
La désertion : le mot sonne comme une faute, une honte, une trahison. C’est précisément ce renversement moral que le livre de Salza entreprend de déconstruire. Car qui déserte, dans l’Italie de la Première Guerre mondiale ? Des hommes épuisés, souvent analphabètes, jetés dans des tranchées pour des causes qu’on ne leur a jamais expliquées. Des hommes qui refusent — et ce refus, quand il parvient à se formuler, prend des formes littéraires et artistiques d’une intensité remarquable.
En cartographiant ces expressions du refus — poèmes clandestins, lettres saisies par la censure militaire, dessins griffonnés dans la boue, témoignages recueillis après-coup — Salza révèle une contre-histoire de la guerre : non pas celle des héros et des batailles, mais celle des corps qui résistent, des voix qui s’élèvent contre le sacrifice imposé. Une histoire qui résonne avec une acuité troublante dans le présent.
Davide Luglio, professeur à la Sorbonne Université et spécialiste des littératures italienne et comparée, discutera avec l’auteur de cette cartographie de la résistance intérieure. La conversation promet d’être dense : entre histoire littéraire, théorie politique et questions éthiques sur la guerre, le consentement, et le courage véritable — celui qui consiste parfois à ne pas obéir.
Deux événements, une seule urgence
Ces deux rencontres ne sont pas juxtaposées par hasard. Elles forment un diptyque cohérent, habité par une même conviction : que la littérature, la philosophie et les arts ne sont pas des refuges hors du monde, mais des instruments pour le comprendre et pour y résister.
De l’Italie de 1917 à Gaza aujourd’hui, les formes changent, les contextes diffèrent radicalement — mais quelque chose persiste : la question de ce qu’une conscience peut endurer, de ce qu’elle peut refuser, et de la façon dont ce refus cherche à se dire.
K. Revue trans-européenne de philosophie et arts est cet espace : un lieu où la pensée s’expose, où les disciplines dialoguent, où l’urgence du présent rencontre la profondeur de l’histoire.
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