Lucrèce est un auteur qui est essentiellement au carrefour : à la fois fondateur et héritier ; à la fois philosophe et poète ; à la fois grec et latin. Et dans la philosophie même, ce n’est pas la pensée plus simple, la plus facilement exprimable qu’il s’est donné pour tâche de transcrire, mais celle qui doit dire le divers du monde, qui doit dissoudre les illusions funestes de la superstition, celle qui doit expliquer le visible par ce qui est structurellement invisible, et pourtant le (…)
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Portraits philosophiques
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Ni miel, ni couronne ! Lucrèce, ou de « la très haute pauvreté » de la langue
16 septembre 2025, par Orgest Azizaj -
Explorer le passé/présent en compagnie de Victor Klemperer [10]
8 août 2024, par Alain BrossatEcrire jusqu’au bout de ses forces (2/2)
La capacité autoréflexive est indissociable de l’écriture, de la prise de notes de (sur)vie (à la différence des notes de lecture). Mais cette activité même tend vers sa disparition lorsque ce que le scripteur consigne est, précisément, une disparition collective. La pensée se rétrécit, se replie sur elle-même lorsque le diariste en vient à écrire : « Toujours cette seule et unique pensée : ’il y en a tant qui meurent autour de moi, et moi, je vis (…) -
Explorer le passé/présent en compagnie de Victor Klemperer [10]
5 août 2024, par Alain BrossatEcrire jusqu’au bout de ses forces (1/2)
Le 17 janvier 1942, Klemperer note dans le Journal : « Le Curriculum se traîne. Mais je m’y tiens fermement. Et je voudrais tant être aussi l’historiographe de la catastrophe présente ». Double programme, donc : poursuivre le travail en cours, celui qui en est venu depuis le début de la guerre à accaparer toute l’énergie du scribe – la rédaction de l’autobiographie – et, simultanément, tenir la chronique (dans le Journal) de ce dont il a en tête, (…) -
Explorer le passé/présent en compagnie de Victor Klemperer [9]
28 juillet 2024, par Alain BrossatL’écriture comme signe de vie (4/4)
L’écriture est, on l’a dit, un baromètre : lorsque la situation générale inspire à Klemperer un dégoût particulièrement prononcé, celui-ci se traduit en découragement sur le front de l’écriture. L’évolution rapide des conditions générales (la menace de la guerre qui se précise) et les conséquences qui semblent en découler pour les Juifs demeurés en Allemagne produisent des déplacements dans les dispositions des proscrits, lesquels, à leur tour, (…) -
Explorer le passé/présent en compagnie de Victor Klemperer [9]
24 juillet 2024, par Alain BrossatL’écriture comme signe de vie (3/4)
L’élément (le milieu) de l’écriture, c’est la solitude, tandis que la production littéraire se produit dans un espace plus ou moins densément peuplé – celui de la réception attendue du texte. L’écriture du Journal est un exercice variablement ascétique ou (auto)-disciplinaire durablement et pour ainsi dire intrinsèquement placé sous le signe de la solitude – le Journal, on le tient pour soi en tout premier lieu. La singularité de la situation de (…) -
Explorer le passé/présent en compagnie de Victor Klemperer [9]
18 juillet 2024, par Alain BrossatL’écriture comme signe de vie (2/4)
Lorsque Klemperer évoque les conditions de l’écriture du désastre qu’il pratique, il ne les place, lui, ni sous le signe du geste, ni sous celui de la compulsion, mais bien sous celui de la loi – le devoir : évoquant le difficile processus d’écriture de tous ses livres, avec les moments d’ « affreux désespoir » qui l’accompagnent, particulièrement à cette date (août 1934), un chapitre sur « Voltaire et le XVIIIème siècle », il consigne : « Puis, quand je (…) -
Explorer le passé/présent en compagnie de Victor Klemperer [9]
11 juillet 2024, par Alain BrossatL’écriture comme signe de vie (1/4)
Dans le récit qu’il consigne de son emprisonnement d’une semaine, fin juin 1941, Klemperer distingue rigoureusement deux phases : les premiers quelques jours pendant lesquels il se trouve privé de tout moyen d’écrire et donc voué à des ruminations solitaires impossibles à consigner ; et la seconde durant laquelle son épreuve se trouve allégée par la grâce d’un bout de crayon que lui a fait passer un gardien et avec lequel il peut griffonner des notes sur (…) -
Explorer le passé/présent en compagnie de Victor Klemperer [8]
8 juin 2024, par Alain BrossatLe sauvetage pris dans les plis du désastre (3/3)
Après un désastre majeur, les vivants sont habités par un puissant désir de retour à la normalité, généralement associée à la paix et au cours de la vie qui reprend, dans toutes ses dimensions. Mais ce désir si impérieux est un cache-misère et il dresse des écrans entre le présent post-catastrophique et ceux qui en sont les protagonistes. On peut ici se référer au corpus immense et infiniment riche des films d’après-guerre, notamment les (…) -
Explorer le passé/présent en compagnie de Victor Klemperer [8]
5 juin 2024, par Alain BrossatLe sauvetage pris dans les plis du désastre (2/3)
Le relevé opéré par Klemperer de l’anéantissement de Dresde se définit moins comme une description du désastre que comme une phénoménologie des perceptions et sensations éprouvées par celui qui s’y trouve pris, totalement immergé. C’est, en vérité, une succession de chocs, avec les images et les mouvements qui en découlent. Les sensations et les visions, les moments se suivent, sans enchaînement, une succession d’intensités pures : « On a (…) -
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1er juin 2024, par Alain BrossatLe sauvetage pris dans les plis du désastre (1/3)
Le chapitre 36 (« La preuve par l’exemple ») de LTI s’ouvre sur ces mots : « Au matin du 13 février 1945, on reçut l’ordre d’évacuer les derniers porteurs d’étoile qui restaient à Dresde. Préservés jusqu’ici de la déportation parce qu’ils vivaient en couples mixtes, voilà qu’ils étaient promis à une fin certaine ; il fallait s’en débarrasser en cours de route, car Auschwitz était depuis longtemps aux mains de l’ennemi et Theresienstadt très (…)
Ici et ailleurs